Ancien Régime

Charles le Guellec 2ème partie 1800-1821

Le 18 brumaire de l’an 8 (9 novembre 1799) a lieu un coup d’état mettant fin au Directoire, le Consulat se met en place. La banque de France est créée, les préfets installés. La commune de Plozévet ayant moins de 5000 habitants, c’est le préfet qui nomme le maire parmi une liste de notables. Il doit avoir un minimum d’instruction : savoir lire le français et l’écrire, savoir compter, le minimum étant de savoir signer. Dans la pratique le préfet se renseigne au préalable sur ceux qui seraient à même de tenir et d’accepter le poste ; souvent se seront des notaires qui seront choisis du fait de leur formation. En l’an VIII Charles le Guellec devient maire de Plozévet et prête serment à la République. Né en 1735 il a donc 65 ans. Alors qu’il devait avoir des adjoints, il se retrouve seul à exercer ses responsabilités, les personnes pressenties n’acceptant pas le poste.

En mai 1804 Napoléon Bonaparte proclame l’Empire, devenant l’Empereur des Français.

Cette année-là une épidémie règne à Plozévet, le recteur Jannou, revenu de l'exil en Espagne où l'avait envoyé la Révolution, est épuisé, il se plaint de ne pas être secondé, il se plaint aussi de la division de la paroisse entre les constitutionnels et les autres. La révolution a fait chuter drastiquement le nombre de prêtres, il faudra des décennies avant de rétablir la situation.

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Plozevet 6 janvier 1804, de Jannou à Mr Donnart de Goulien à Plozévet,

Je suis seul depuis près d'un mois; je travaille jour et nuit, il y a une grande maladie dans cette paroisse avec tout cela j'aime mieux être seul que d'avoir un secondaire qui détruirait ce que je battirai. Si on est résolu à m'en donner un, que ce soit un imbécile, je le dresserai à ma guise. Si on me donne un entêté ,comme cette paroisse est divisée en deux partis, je perdrai mon temps. Les constitutionnels sèment la division parmi nous. Ils n'obéissent ni à l'évêque ni au concordat qui cependant est une loi de la République. Si Monseigneur ne peut pas les punir autant vaut-il renoncer au ministère....

...le diocèse monsieur, fait de grandes pertes, Mr Kerdreach vient de mourir, Mr Lasbleis si le bon dieu n'y m'est (sic) la main reste invalide. Ces pertes sont irréparables. La moisson est grande et il y a peu d'ouvriers... Jannou 6 janvier 1804

Après Jannou, en 1807, vient Henry Mevel originaire de Plogoff. Peu après il sera rejoint par un prêtre, Julien. Ce dernier va vite déchanter, il ne se plait pas à Plozévet, il l'écrit à l'évêque en juillet 1807 :

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... les confessions qui se font ordinairement dans ce païs négligé et abbrutis étant forts longues, c'est à dire depuis fort long tems...

...un peu plus tard, alors qu'il fait très froid, il écrit, toujours à l'évêché, d'une main tremblante car pris de fièvre, l'écriture est peu lisible, le style est décousu, il fait part de la misère dans laquelle il vit :

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"je vous écrivais aujourd'hui huit jours que mon intention était d'aller me faire traiter à Quimper, j'avais arretté (?) un cheval pour le lundi ; mais ma fièvre avait changé de jour depuis le samedi où elle fut si forte que j'en devint fou, je ne pus dire la messe le dimanche et depuis je n'en pu dire, ma fièvre est quotidienne et même continue le tems est terrible et je suis dans l'impossibilité de me tenir à cheval, je suis sans secours, je ne fais rien pour me défendre de la mort. Sans debtes, sans argent, sans crédit et sans rétribution de messes, je suis assez bien en chemises, bas et mouchoirs; mais je suis en haillons. J'ai trente boisseaux (*)de bled, cela m'empêcherait de mourrir de faim si je pouvais manger du pain; ils ne m'empêcheront pas de mourir de froid  dans le climat le plus terrible du finistère, ou le feu [?]est très petit. Je vous prie d'informer Monseigneur l'évêque de ma triste situation ..."

Henry Mevel sera recteur de Plozévet jusqu’en 1816, époque à laquelle il demande à quitter la paroisse de Plozévet car on ne peut lui adjoindre un vicaire du fait de l’impossibilité de le loger. Pendant plus de trois ans Plozévet sera privé de clergé. Mais nous n’en sommes pas encore là.

En 1810, le 28 septembre Henry Mevel recteur informe l’évêché de la composition du conseil de fabrique (*).

Composition du conseil de fabrique
Henry Mevel, recteur
Charles le Guellec, maire
Jean Gentric
Henri Cabillic
Henri Gourlaouen
Allain Strullu père
Michel Phuez

A cette époque le clergé de Plozévet ne dispose plus de presbytère car vendu pendant la Révolution en tant que bien du clergé. Le recteur Mével occupe une maison louée au maire de Pont-Croix. Le 2 décembre 1811 Henry Mével, dans un courrier, décrit le lieu où il habite en ces termes :

A gauche le presbytère, une petite maison couverte de chaume avec, devant, ses 5000m2 de terrains.

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la maison que j’habitte est petite il est vrai, mais elle est assez grande pour moi. Monsieur le maire de Pont-Croix à qui elle appartient a commencé à y faire les réparations faisables en cette saison et a promis de la couvrir en neuf au printems prochain, il est trop galant homme pour ne pas tenir parole."(*)

Le 23 juin 1812 le recteur Henry Mével écrit à l’évêché, pour leur parler du prebytère à acheter ainsi que du moyen que le conseil de fabrique va utiliser pour payer l'ensemble.

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la municipalité de Plozévet vient d’acquérir une maison pour servir de presbytère et suivant ce que j’entends, elle doit prendre les deniers des chapelles pour aider à en faire le paiement et les réparations.

C’est en fait un peu plus tard que la maison sera acquise officiellement. Un lundi, le 22 octobre 1812, trois hommes se rendent à Pont-Croix chez les notaires Danielou et le Bris . Il s’agit d’ Allain Strullu de Lessunus, Michel le Phuez de Keroueret et Allain le Corre de Brumphuez(*) . Avec le conseil de Fabrique ils ont décidé de se cotiser pour acheter une petite maison, qui appartient au sieur Gueguen, ainsi que ses dépendances et qui est située au bourg de Plozévet. Il est vraisemblable qu’il s’agisse de la maison qu’occupe Marc Mével. Ils devaient, selon Mével, se rembourser grâce aux deniers des chapelles.

C’est une petite maison couverte de roseaux et de paille avec un jardin, une crèche, une cour et un champ nommé Parc an Ilis. Cette petite maison et ses dépendances serviront à loger le recteur mais aussi de permettre à ce dernier d’y mettre une vache et un cheval, ce dernier étant nécessaire du fait de l’étendue de la commune. L’ensemble représente une surface qui devait avoisiner les 5000 mètres carrés. Le prix de l’ensemble est de 1800 francs. Aujourd’hui, en 2015, seule une partie du terrain est une dépendance du presbytère qui lui n’a pas changé de place mais n’a plus rien à voir avec la chaumière dont il est question ici. Sur le plan du cadastre qui sera finalisé bien plus tard, en 1828, on peut identifier, les terrains et bâtiments concernés, ici en vert incluant le champ Parc an Ilis (champ de l’église).

centre ville
Centre ville de Plozévet en 1828

Allain Strullu est un nom porté par plusieurs personnes à Plozévet mais il ne peut y avoir d’ambigüité sur la personne comme le démontrera un second acte notarié datant de 1836, acte dont nous parlerons plus tard.

Lors de sa visite épiscopale Mgr Pierre Vincent Dombidau de Crouseilhes en profite pour rencontrer le maire et lui faire part de son souhait de voir le presbytère aménagé pour recevoir un vicaire. Le maire s'engage auprès de l'évêque à faire réaliser les travaux nécessaires pour l'aménagement, conscient de la nécessité que le recteur soit aidé dans sa tâche. Tâche qui est immense vu l’étendue de la commune. La commune est également caractérisée par une forte natalité et une forte mortalité ce qui entraine une charge considérable pour le recteur. Le 10 février 1814 le Guellec averti l’évêché qu’il aura du mal à tenir sa parole quant aux réparations à faire au presbytère. Le texte ci-dessous est "réécrit" ici.

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A Plozévet le 10 février 1814 (archives archevèché)

Le maire de la commune de Plozévet A monsieur leveque de leveché du departement du finistere

Monseigneur,

La le printemps qui aproche et notre intention est toujour de faire accommoder la maison de notre deservant suivant les faculte quil nous sera possible ; me nous nouvoÿons dans une situation triste tant par deffaut des bras que par deffaut des bien. Je crois que vous le scavois si bien que nous ; tans des hommes et des contribution que nous noutrouvons obligé de rendre au gouvernement sur les quels on ajoute des ocmantations qui nous mette hore d’etat de ne presque rien faire ; Bientot meme la terre resrera inculte naÿant pas de quoi pour payer les domestiques et journaliers si chaire qu’il sont. Encore on ne le trouve pas ; me a l’egard d’accomode le maison nous comptons de nous servire du restant des deniers de nos eglisse d’apré tirer le sixieme pour le seminaire et le tiere a notre deservant ; encore meme la plus grand partie des nos habitants murmure beaucoup pour a cause on accorde le sixieme au seminair disant quil sont plus riche que nous ; et que l’intention des ceux qui donne des offran n’est que pour entrethenir leur eglisse et les hornement qui les dependent ; il ni a que moi qui a consentie a monsieur notre recteur de donner le sixieme au seminaire pour les autre habitants ne sont pas de meme avis ; quoique tout sa si on moblige mon intention est daproché de faire la reparation que vous nous recommandé de faire vouÿ avec les surplus des offrants des eglisse ; pour autrement ni par decret ni autres ocmantation déttre oblige de tirer largent de leur poche ne sera pas possible meme je ne pourre pas durer avec eux ; ayé la bonté de me honnorer de votre responce si vous plait monseigneur je suis avec tout le respect posible et en vous souhaitant tout fort bonne satisfaction que vous dessirer Votre tres humble et tres obeissant serviteur (*) Signé : LeGuellec maire

* Dans ce courrier le maire fait comprendre à l'Evêque que les prélèvements effectués par l'église sont déjà importants et ne vont pas là où ils devraient aller. Il fait aussi référence au coût de la vie. Il laisse aussi entendre qu'il n'y aura pas d'augmentation des prélèvements dans le but d'aménager le presbytère.

Napoléon abdique le 6 avril 1814; Louis XVIII devient roi de France, 1ere Restauration

Le 23 décembre 1814 Marc Mével informe l’évêché que le maire de Plozévet et son conseil se sont finalement entendus pour faire, dès le printemps, les réparations exigées par Monseigneur lors de sa visite. Le maire en a profité aussi pour demander à l’évêque par quels moyens il pourrait forcer les habitants à payer pour les travaux s’ils ne le veulent pas.

Charles le Guellec renvoie ainsi la balle dans le camp de l’évêque, cela passera rapidement pour de la mauvaise volonté.

Le 1er février 1815 le Guellec réécrit à l’évêché et explique qu’il a de nouveau des difficultés à finir les travaux même s’il a réussi à faire charroyer une vingtaine de charrettes de pierres. Il lui manque des bras et malgré qu’il ait fait appel aux personnes en qui il avait le plus de confiance, environ un tiers des personnes ne sont pas venues. Il supplie l’évêque de ne pas priver Plozévet d’un pasteur.

Voici une des lettres écrite à l’évêché, j’ai conservé le texte original sans corriger les "fautes" de français ; il ne faut pas oublier que pour Charles le Guellec le français n’est qu’une deuxième langue après le breton qui est sa langue d'usage. J’ai simplement rajouté quelques ponctuations. J'ai également "réécrit" le texte sur cette page.

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A Plozévet le 1er février 1815
Le maire de la commune de Plozévet
A monseigneur Levecque de Quimper
Monseigneur Levecque,

Je ne merite pas l’honneur de vous ecrire, me comme tout honnet homme doit thenir ferme a sa parolle et comme au jour de votre dernier visite a Plozévet en la conferance que je avoit eû l’honneur davoir avec vous au sujet de la maison ou y loge notre deservant pour l’enthréténir a peupré a votre gou telle que vous me lavié dit, je vous avoit promis que je auroit fait tous ce qui m’auroit eté possible et au preintemps prochain venant ; alore le preintemps rendu je avoit appellé par trois ou quatre fois dix hommes par jour a tirer des pieres et d’autres a les charoyeret que on peut avoir rendu au pre de la maison en question environ une vingtaine de charrette des pieres, et avoir appellé les habittans dans lesquels j’avoit le plus confiance et du nombre que je avoit appellé manquoit plus du tiere.

Et par la je doute que je aurois bien de la paine a completter ma promesse faite a mon seigneur, en outre le renouvellement que j’ai eu l’honneur de recevoir de monsieur le recteur de plogastel a beaucoup ocmanté mon chagrein en voyant mon seigneur que vous continué en votre intention de nous reittirer notre deservant a deffaut d’obeissance a vos ordre et de depuis je ne peut pas me reposer que tres peux voÿant que malgre la ferme volonté que j’ai d’empecher que on nous reittire notre bon pasteur le gouverneur de nos ames qui ne scaise ni jour ni nuit des ce qu’il lui est possible voulant nous scauvé O quel malheur si nous le perdons et que ferons nous alore que comme une bande des annimaux ; non non monseigneur preservé nous de ce malheur si il ya des mechant il y a aussi des bon parmis nous dieu mercie.

Moi pauvre imbicille je commance de connettre la fuitte de ce mondes aÿant si je vois le 12eme jour de juin prochain quatre vingt ans fini. C’est que j’ai pittié contre les ceux qui resteront apre moi si nous aurons le malheur de perdre notre pasteur la que nous somps des plus miserables du mondes.

Me mon seigneur comme vous est comme le plus eclairé du mondes et que ne dezire que rendre bonne survie a vos peuples, je me recommande a vos bien faizance et une parole de vous sera mieux ecoutté que cent de moi ayé monseigneur la bonté de prendre la paine de parler a Monsieur le comte de saint Luc (*) pour nous demander et obtenir une hôtorisation de faire une contribution a proportion de la faculté de chaqu’un de la commune, soit pour faire la reparation du [ici il y a un trou dans la feuille il semble que ce soit : quel il est ] question ou pour achetter le vieux presbitaire que monsieur hignard a qui il apartien qui et content de le vendre en echange avec la maison et se dependance ou notre recteur demeure actuellement et de lui donner six mille frans en equipolement (*) a raison de deux mille frans par an trois ans : pour payer encore sa vos mieux monseigneur, j’ai conferé avec les meilleurs administrés de la commune et y sont toutes d’avis de prendre cette mesure En faizant cette acquisition laffaire sera plus tot fait au lieu que en croyant mettre lautre en tres bonne etaton ne scait quant lavoir finis encore on ne le fera jamais que par force il y aura plusieur qui ne feront que rire sur les ceux qui obeiront.

Et on prevois que on faudra avoir recour a une force quoique nous noutrouvons trop charge et les commerces tres faible tous ce qui est necessaire aux pauvres cultivateur journallier ouvrier et domistiques a la mottié trop chere depuis les assignat.

Me malgré sa il faut nous forcé de passer cette affaire par une hotorissation que messieurs les préfet auront la bonté d’obthénir de nous de plus hôt si ils ne pouvons pas de eux meme et le plus tot possible, notre inbtention est d’acquérir le vieux presbitaire,

J’ai l’honneur de vous saluer avec le plus profond respect. Votre tres humble et tres obeissant serviteur. Pardon je me trouve malade.

Signé :

Le Guellec maire

La Restauration, le clergé quitte Plozévet

Après les Cent-Jours, Louis XVIII est remis sur le trône

M Hignard, propriétaire à Plozévet considère le cimetière et sa source, comme insalubres. Il demande au médecin des épidémies de jeter un oeil sur ce cas.

Archives départementales Quimper 2O-1476

Quimper le

18 novembre 1815

,

Monsieur Hignard propriétaire et percepteur à Pont-Croix,
Monsieur,

Sur votre invitation, lors de mon passage dans la commune de Plozévet, j’ai examiné de concert avec Mr le desservant [ Mével] , le lieu destiné aux sépultures, qui sous le rapport de salubrité offre de grands inconvénients, et peut même devenir funeste à ses habitants.

Ce cimetière mal situé, trop petit pour une population de 1800 à 2000 âmes, et n’ayant presque pas de profondeur, présente une fontaine située au midi, dont les habitants ont l’imprudence de faire usage. Personne n’ignore combien les substances animales en putréfaction corrompent l’atmosphère et la rendent dangereuse aux personnes et animaux qui la respirent, ce qui donne naissance à des maladies épidémiques qui se répandent souvent au loin et dont on ignore la véritable cause.

L’insouciance et les préjugés des gens de campagne sur d’anciennes habitudes, leur font négliger de prendre des précautions utiles à la conservation de leur santé ; ils ne sentent pas la nécessité de se prémunir contre les dangers auxquels les émanations infectes exposent. Mr le desservant m’a affirmé qu’il n’y avait pas plus d’un pied de terre sur le dernier cadavre inhumé.

D’après toutes ces considérations, je pense que le cimetière de Plozévet offre le plus grand danger pour les habitants et qu’il est urgent de faire intervenir l’autorité supérieure en demande d’un autre emplacement situé au nord, position la plus convenable et la plus salubre pour les inhumations. Agréez monsieur, l’assurance de la parfaite considération avec laquelle j’ai l’honneur de vous saluer.

Signature :Décamp

Archives départementales Quimper 2O-1476

Pont-Croix 22 novembre 1815

Monsieur de Martillat Sous-préfet à Quimper

Monsieur,
propriétaire d'une maison à Plozévet dont le petit jardin la joignant n'est séparé du cimetière, que par un mur je suis interessé à ce que le cimetière n'occasionne pas des maladies épidémiques et d'auatant plus interessé que pour faire la perception j'habite de tems en tems ma maison.

Sur mon invitation M Décamp médecin des épidémies passant à Plozévet a bien voulu visiter le triste lieu, à tous égards, destiné aux sépultures, et faire un rapport que j'ai l'honneur de vous adresser avec la présente; je suis bien persuadé que vous le prendres en grande considération. Je dois vous oberver que la fon taine ne peut être comblée parce que l'eau refluerait dans l'église et que pour la supprimer il faudrait faire une maçonne en voûte au-dessus. Il y a un restant en caisse , dans la caisse municipale, qui suffirait je pense.

Si comme il est à désirer Monsieur le Préfet ordonne que le cimetière soit placé ailleurs il sera, je crois, obligé de nommer des commissaires hors la commune pour faire exécuter l'arrêté qu'il prendra. car les habitants des campagnes tiennent à leurs habitudes et ne voyent point de nécessité de les changer. J'ai l'honneur de vous saluer avec respect.

Hignard

P.S. Le cimetière de Plozévet n'est pas le seul dans cette partie de votre sous-préfecture qui doive fixer l'attiv ?? de l'autorité; mais il est peut-être le seul en France où il y ait une fontaine dont on fasse usage.

Malgré l'évidente nécessité de régler le problème du cimetière, Charles le Guellec répondra systématiquement au préfet qu'il n'est pas possible de lui changer de place. En fait Charles le Guellec a toujours essayé de ne pas augmenter les contributions directes. Ce sera également vrai en ce qui concerne le nouveau presbytère où il fera le minimum de travaux ou alors contraint et forcé, cela lui sera reproché par son successeur Allain Strullu.  Charles le Guellec a tenté de minimiser l'effort à consentir pour que le presbytère soit aménagé conformément à ses promesses. Nous reviendrons sur ce sujet au début du mandat d'Allain Strullu.

En conséquence de ce qui est considéré par l'évêché comme de la mauvaise volonté de la part de la municipalité de Plozévet, il est décidé que le clergé se retire de la commune. Cette décision est d'autant plus facile à prendre qu'à cette époque le diocèse manque cruellement de prêtres. Les décès sont nombreux, et les séminaires ne peuvent pas fournir suffisamment de prêtres, les vocations bien moindre que pendant l'Ancien Régime, surtout que les revenus du clergé dans une paroisse donnée ont beaucoup baissés. Beaucoup de communes sont sans prêtres. A Plozévet, à ce moment là, Mével est seul dans une paroisse de 2200 habitants et fatigué. Il demande, en accord avec l'évêché, à changer de paroisse. En mai 1816 Mével quitte Plozévet, le presbytère ne peut accueillir un vicaire pour aider le recteur. Il n’y a pas de place pour le loger. Ceci veut dire qu'il n'y plus ni messes ni confessions et personne pour porter le viatique à un malade ...

Dans les mois, années qui vont suivre, Charles le Guellec écrira régulièrement à l'évêché et au préfet de façon à obtenir un recteur. Le préfet se fait l'écho du maire. Le 13 mars 1817, le préfet demande à l’évêque de bien vouloir fournir un desservant à Plozévet. Le 5 avril 1817, cest le maire qui formule la même demande ; des députés (c'est à dire des représentants de la communes qui vont plaider sa cause, dont Allain Strullu) sont envoyés à l’évêché. Il écrit dans son style habituel. Il ne connait ni les apostrophes ni les ponctuations. A se demander s'il n'en a pas rajouté un peu ...

La lettre ci-dessous réécrite ici.

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

A Plozévet le 5 avril 1817,

Le maire de la commune de Plozévet,

A Monseigneur Leveque de leveché de Quimper Corentin,

Je oze vous ecrire quelque ligne du facon que je peu. Tant que les habitants de ma paroise me tracase a déffaut d'un pasteur au moins sur tout a presant dans le temps de pasque nous noutrouvons tres dessollé tant pour les grands que pour les petits. Ce que me fait deputté deux ou trois hommes d’aller à vous trouvé pour vous prier en grace et au non de dieu de nous dessigné un prettre si vous ne pouvé pas nous accordé deux vous scavez mieux que moi la necessitté et le devoir que nous deuvons faire, et quoique nous vous avons desobligé nous vous demandon pardon comme nous espéron pardon du Bon dieu, il y a environ quinze jour que nous avons ecrit a Monsieur notre prefet pour lui prier d’avoir la bonté de s’entendre avec vous monseigneur pour vous suplier de nous accorder des pasteur au moins un s’il n’est pas posible davoir deux soyé sur il seront assez bien logé à l’egard du nouvaux presbitaire nous avions fait marché avec monsieur Bigot entrepreneur daccomoder la maison et le jardin et la cour telle que vous avié dit et je ne scai que exceque lui retarde, outre que nous desirons suivre la religion nous ne pouvons rien fair des ce que on nous ordonne comme davertire les administre de travailler sur les chemain vicinaux de venir a payer les contributions que nous ne pouvons faire que en sortant de leglise dapre la messe Monseigneur ayé pittié contre nous, je suis avec un tres parfait respect

votre tres humble et tres obeisant serviteur

le Guellec maire

La dernière partie de la lettre est un peu obscure. En fait le maire indique que son seul pouvoir est d'informer, à la fin de la messe, les personnes concernées, qu'elles doivent des journées de travail à la commune. Il ne peut pas forcer les gens à travailler à la réfection du presbytère. Le Guellec fait allusion aux annonces qui sont faites à la fin de la messe, comme celles annonçant le montant des contributions directes pour la commune, ou les contributions en nature à effectuer (travailler à la réfection des chemins vicinaux, charroyer des pierres pour construire un bâtiment etc ..., par exemple). La lettre réécrite ici.

Le 4 mai 1817 le maire écrit à l’évêché pour lui demander si une maison avec 10 pieds de plus suffirait.

Le 13 juillet 1817 le maire réplique à une réponse verbale faite aux députés de la commune qui se sont rendus à l'évêché. Il demande si:

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" un salon, un vestibule, une cave, une cuisine, deux chambres à coucher, un cabinet, deux greniers, suffiront pour le logement du pasteur que nous désirons ou s'il est de rigueur qu'on [ allonge ?] la maison en y ajoutant de nouvelles pièces . Ce qui nous occasionnera une dépense dificile a suporter..."

Le 6 août 1818 le préfet écrit à l’évêché pour lui demander de bien vouloir envoyer un desservant à Plozévet

Le 10 décembre 1818 Le Guellec écrit à l’évêché et fait son mea culpa :

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Le maire de la commune de Plozévet aux noms des conseil municipal et habitants de la commune à monseigneur l'éveque membre de la légion d'honneur a quimper
Monseigneur
J'ai l'honneur de vous présenter mes très humbles respects daignez si vous voulez bien les agréer vous priant d'oublier le passé dont je convien avoir eu tort et trop de faiblesse pour ne pas avoir agit de rigueur, je m'en repand ; a tous pechés misericorde je convien ma faute; j'ose vous prier de nous accorder, si vous voulez bien, un pasteur qui est notre désir; la religion crétienne dans laquelle nous avons été élevé dont nous avons toujours fait profession nous occasionne une sancibilité qui nous persuade etre regardé irélionaires (*) ; Bien loin de notre pansée jusqu'à la mort nous devons la défandre. Comme décidé à le faire, regardez nous avec un oeil de pitié. Si pour nous vous ne voulez pas avoir égard, ayez pour nos dessandants, que nous voulons élever comme nous avons été par nos ancêtres dans la religion crétienne ! Sans pasteur ils ne peuvent avoir des connoissances ni d'instructions. Nous n'ignorons pas que votre humanité connue, voudra bien nous en accorder un si vous ne pouvez nous en donner deux gettez si vous voulez bien les yeux sur des pauvres abandonnés qui se gettent à vos pieds vous supliant humblement de leur accorder leur demande dont ils seront éternellement reconnaissant. S'il vous est possible pour les fettes de noël je suis avec l'umiliation et le respect possibe Votre tres humble et obeisant serviteur Le Guellec maire

Le 14 décembre 1818 des députés de la commune écrivent à l’évêché, et sobrement demandent un pasteur pour leur paroisse, indiquant que la commune avait dépensé 3000 francs pour rénover le presbytère. La lettre est signée Strullu, il s'agit probablement d'Allain Strullu fils et futur maire de Plozévet.

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

Le 14 décembre 1818

Monseigneur

La commune de Plozévet nous a député vers votre Grandeur pour vous exposer que depuis près de trois ans les fidèles sont sans pasteur.

Il se murmure de se voir quatre communes de suite sans pasteur, scavoir Lababan, Plozévet, Guiler et Landudec.

C'est un grand malheur, Monseigneur, on en souffre d'une manière affligeante. La commune s'est cotisée et a employé 3000 frs à réparer le presbytère et à murer un beau jardin.

Faites, Monseigneur, que ce sacrifice ne soit pas perdu en nous accordant au moins un pasteur. Deux écclésiastiques suffiraient même à peine, pour une population de 2500 âmes.

Nous sommes avec un profond respect, Monseigneur, vos très humbles et obéissant serviteurs

Strullu

Le 22 avril 1819 le préfet, après avoir discuté avec le maire, réitère sa demande à l’évêché.

L’évêque répond au préfet par une lettre où il explique les raisons qui ont fait qu’il a enlevé le recteur, c’est-à-dire l’attitude du maire ; il explique que le clergé a perdu, dans son diocèse, 68 prêtres en 15 mois et que 47 paroisses sont privées d’un desservant. Mais il informe le préfet que :

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Cependant M le préfet votre recommandation donne à la paroisse de Plozévet un titre que je ne puis que respecter. Soyez assuré que je lui donnerai un desservant et un vicaire le plutôt que je le pourrai.

Le 2 octobre 1819 un recteur, Monsieur Perrot, est enfin affecté à Plozévet, il marquera de son empreinte la commune de Plozévet. Il y restera 15 ans. Perrot et Guellec sont deux caractères ; le second pense que c’est le maire qui dirige la commune et que le recteur suit. L’avis de Perrot n’est pas le même et il a comme avantage que la commune a dû beaucoup insister pour qu’un pasteur y soit affecté.

Fin de mandat

Il est probable que les relations entre Perrot et Guellec aient été tendues dès le début et que le ton soit monté entre eux bien des fois.

En juin 1821 Charles le Guellec est destitué par le préfet, il lui laisse entendre qu’à 87 ans, après tous les services qu’il a rendus à sa commune et à l’administration, il est temps qu’il prenne un repos bien mérité. Les motifs qu’avancent les préfets pour ne pas renouveler un mandat ou destituer un maire seront toujours extrêmement diplomatiques. Il est aussi plus que probable que le préfet se soit appuyé sur la proposition de Pierre Perrot pour choisir le nouveau maire.

Charles le Guellec, à peine destitué, va demander à bénéficier de faveurs, vu les nombreux services qu’il a rendus à l’administration. Dans cette lettre, qui ressemble à un curriculum vitae, il énumère toutes ses activités au service de l’administration. Ensuite il demande au préfet qu’au vu de tous ces services rendus gratuitement il mériterait une récompense et réclame que soit ses deux derniers fils soient exemptés de tirage au sort sachant qu’ils sont petits de taille, soit qu’on le nomme titulaire du bureau de tabac de Plozévet car l’actuel est un bourgeois qui n’habite pas Plozévet. Charles le Guellec a, en 1821, 86 ans et sa demande qui porte sur une durée de 50 ans concerne bien sûr ses enfants.

« De me ottariser du débit de tabac dans la commune de Plozévet pendant une cinquantaine d’année qui est actuellement avec un bourgois sans enfans : qui na jamais rendu ancun servic a la commune ni ailleur et qui a sa demeur a pontcroix une lieue et demie de la commune ; a cent ans dessie on en trouvera pas un autres qui rendra tant de service a la paroisse en vrai conssiance que jai rendu assuré votre volonte soit faite »

Le Préfet de l’époque, le Baron de Chaulieu, sera touché par la lettre de Charles le Guellec.

A Charles le Guellec il répondra donc, le 25 juillet 1821, qu’il ne peut pas favoriser ses fils par principe d’égalité, mais et même s’il n’est pas de sa responsabilité de lui procurer le poste demandé, si jamais le poste se libérait il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour qu’il l’obtienne.

Le préfet tiendra ses engagements car il prendra la peine d’écrire au Directeur des impositions indirectes de Quimper en ces termes également le 25 :

Archives départementales Quimper 2M69

« Monsieur, on m’a porté plainte par ce que le titulaire du débit de tabac de Plozévet demeurait à Pont-croix et qu’il faisait gérer son débit par un autre, ce qui est contraire aux règlements. J’ai cru devoir vous transmettre cet avis afin que vous preniez à cet égard les mesures que vous jugerez convenables. S’il arrivait que ce débit devint vacant, je verrais avec infiniment de plaisir que vous puissiez le procurer à Monsieur le Guellec, ancien maire de cette commune, vieillard respectable et qui par les longs services gratuits qu’il a rendu à l’administration et à ses concitoyens semblerait avoir quelques titres à l’obtention du débit dont il s’agit. »

Dans la lettre de Charles le Guellec au préfet il finissait dans celle-ci par reconnaître l’erreur d’avoir fait confiance à son greffier qui aurait négligé son travail :

« De plus de tore que on peut me blamme est d avoir pris trop de confiance en un fouttu greffier traiteur judas dit gueguen guapet ( ?) que depuis qui voyoit que mes yeux sont malade il y a longtans a negligé son ouvrage qui ma coutte chaire les mettre en regle et sa ne mauroit arrivé sans que je avoit perdu la vû. Ce traiteur a scu la manier de tirrer son traittement du percepteur sans avoir eu des bons de ma part y les a usurpé et lessé son devoir a faire, il apris 60 frans injustement »

Que l’on peut traduire par :

'Le plus grand tort dont on peut me blâmer est d’avoir donné ma confiance à un foutu greffier, traître et judas, un certain Gueguen [illisible : guapet ?] qui, voyant que ma vue baissait, avait depuis longtemps négligé son ouvrage, ce qui m’a beaucoup coûté pour tout remettre en ordre; cela ne serait point arrivé si je n’avais pas perdu la vue. Ce traître a su tricher pour obtenir son traitement du percepteur sans avoir eu de bons de ma part. Il les a volés et a laissé son devoir à faire ; il a pris 60 francs injustement. '

On peut donc estimer qu’en fin de mandat certains actes de l’état civil se sont trouvés négligés et c’est probablement, vu l’âge du maire et ses problèmes de vue, ce qui a incité le préfet à effectuer le changement de maire. On peut aussi noter que la réaction du préfet, tout en mesure et compréhension montre qu’il n’y a eu rien de grave à reprocher à Charles le Guellec, ce qu’il confirme dans sa lettre :

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« .. je me fais un devoir de vous en témoigner toute la reconnaissance de l’administration. Si je vous ai remplacé dans vos fonctions de maire, c’est [uniquement parce] que vous avez supporté cette charge assez longtemps et qu’il était temps [enfin] de vous rendre au repos que votre âge semblait réclamer pour vous. »

La lettre de Charles le Guellec, elle, se terminait par :

' Monsieur et tres respectable préfet je vous salud du fon de mon cœur avec respect et confiance et en vous souhaitant toute sort bonne satisfaction que vous pouvé dessirer dans ce mondes et de jouire de la gloire eternelle au paradis dabore dapré votre more et pareillement a madame votre epouse et a tous vos enfans si il plait a dieu Votre tres humble et tres obeissant serviteur Le Guellec Charles ex maire de Plozévet '

La carrière administrative de Charles le Guellec se termine donc en juin 1821 alors qu'il a 86 ans, un an plus tard, le 16 décembre 1822, il décédait. Catherine Kerloch, sa dernière épouse, décèdera le 26 novembre 1853.

En juin 1821 il avait été remplacé par Allain Strullu qui devenait maire de Plozévet avec l'aval de l'évêché.



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