A Plozévet le 1er février 1815
Le maire de la commune de Plozévet
A Monseigneur l'évêque de Quimper
Monseigneur,

Je ne mérite pas l'honneur de vous écrire, mais tout honnête homme doit tenir avec fermeté sa parole. Lors de votre dernière visite notre discussion avait porté sur la maison où loge notre desservant et la façon de l'aménager à votre goût. Je vous avais promis de faire tout ce qui m'aurait été possible et ceci pour le printemps prochain. Le printemps arrivé j'avais appelé, en trois ou quatre occasions, dix hommes par jour pour extraire des pierres et les charroyer. Une vingtaine de charrettes de pierres a été ainsi déposée auprès de la maison à aménager. Bien que j'ai appelé les hommes en qui j'avais le plus confiance il en a toujours manqué plus du tiers.

De ce fait je me doute que j'aurais de la peine à tenir complètement la promesse faite à Monseigneur. En outre, le recteur de Plogastel m'a de nouveau informé du départ de notre desservant. Mon chagrin a beaucoup augmenté de savoir que vous persistiez dans votre intention de nous retirer notre desservant pour ne pas avoir obéi à vos ordres. Depuis je ne me repose que très peu voyant que malgré ma volonté je ne peux empêcher qu'on nous retire notre bon pasteur, le gouverneur de nos âmes qui ne cesse, de jour comme de nuit, de vouloir nous sauver. Ô quel malheur ce serait si nous le perdions. Que deviendrons nous, nous qui vivrions tel des animaux. Non,non Monseigneur, préservez nous de ce malheur, car s'il y a parmi nous des méchants, il y a aussi des bons, Dieu merci.

Moi, pauvre imbécile, qui entraperçois la fin de mon existence, ayant si je vois le douzième jour de juin prochain, 80 ans révolus, j'ai pitié de ceux qui resteront après moi car si nous perdons notre pasteur nous serons les plus misérables du monde.

Mais, Monseigneur, comme vous êtes l'homme le plus éclairé du monde et que vous désirez seulement le bonheur de vos peuples, je me recommande à votre bienveillance. Une parole de vous sera mieux écoutée que cent de moi. Ayez Monseigneur la bonté de prendre la peine de parler à Monsieur le comte de Saint-Luc [le préfet] pour demander et obtenir une autorisation de lever une contribution en proportion de la capacité de chacun soit pour faire la réparation dont il est question, soit pour acheter le vieux presbytère qui est la propriété de M. Hignard. Ce dernier est content de le céder en échange de la maison où habite actuellement notre recteur et de ses dépendances et de 6000 francs en équipollence [pour rendre les propositions équivalentes] à raison de 2000 francs par an pendant trois ans. Quitte à payer, cela vaudrait mieux, Monseigneur, j'en ai parlé avec les meilleurs administrés de la commune et ils sont tous d'avis d'adopter cette mesure. En effectuant cette acquisition, l'affaire serait plus tôt faite, alors qu'en croyant mettre l'autre en très bon état on ne sait quand les travaux seraient finis. Et encore on devrait forcer les habitants à y participer et il y aurait plusieurs qui riront de ceux qui obéiraient.

De plus il est à prévoir qu'il faudra avoir recours à la force car nous sommes trop imposé et le commerce est peu développé. Tout ce qui est nécessaire pour les pauvres cultivateurs, journaliers, ouvriers et domestiques, est la moitié trop cher depuis les assignats.

Mais malgré ça nous sommes obligé de passer par une autorisation que M le Préfet aura la bonté d'obtenir pour nous le plus tôt possible, s'il ne peut décider par lui-même. Notre intention est d'acquérir au plus tôt le vieux presbytère,

J’ai l’honneur de vous saluer avec le plus profond respect. Votre très humble et très obéissant serviteur. Pardonnez-moi car je suis actuellement malade.

Signé :

Le Guellec maire

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A Plozévet le 10 février 1814

Le maire de la commune de Plozévet à Monseigneur l'Evêque

Monseigneur,

Voilà le printemps qui approche et nous avons toujours l'intention d'arranger la maison de notre desservant en fonction des moyens dont nous disposerons. Mais nous nous voyons dans une triste situation tant par défaut d'hommes que de matériaux. Je crois que vous le savez aussi bien que nous. Du fait des hommes et des contributions que nos devons fournir au gouvernement, auxquels il faut ajouter les augmentations continuelles, nous sommes dans une situation où nous ne pouvons pratiquement rien faire. Bientôt le terre elle-même restera inculte n'ayant pas de quoi payer les domestiques ni les journaliers tellement ils sont chers. Et encore on n'en trouve pas. En ce qui concerne les travaux à effectuer nous comptons nous servir de ce qui reste des deniers de nos églises après qu'on en ait oté le sixième pour le séminaire et le tiers pour notre desservant. Il faut savoir que la plus grande partie des habitants murmurent contre le sixième affecté au séminaire, disant que ces derniers sont plus riches qu'eux-même, et que l'intention de ceux qui font des offrandes est d'entretenir les églises et leurs ornements. Je suis le seul à avoir consenti que notre desservant donne le sixième des deniers au séminaire, les autres habitants ne sont pas de cet avis. Malgré tout ceci et si on m'y oblige mon intention est d'essayer d'effectuer les réparations que vous recommandez avec le surplus des offrandes des églises. Sinon, ni par décret ni en pratiquant d'autres augmentations je ne pourrai  arracher l'argent de leurs poches et d'ailleurs je ne pourrais rester maire si je pratiquais ces augmentations. Ayez, Monseigneur, la bonté de m'honorer de votre réponse, je suis avec tout le respect possible et tout en vous souhaitant toutes les satisfactions possibles,

votre très humble et très obéissant serviteur

Signé : LeGuellec maire

J'ose vous écrire, du mieux que je peux, ces quelques lignes, tant le sort des habitants de ma paroisse me tracasse, du fait de l'absence d'un pasteur, alors même que nous sommes dans la période de Pâques. Cela nous désole, tant pour les adultes que les enfants. C'est pour cela que je vous ai envoyé deux ou trois hommes vous prier, au nom de Dieu, de nous désigner au moins un prêtre, si vous ne pouvez nous en accorder deux. Vous savez mieux que moi quels sont nos devoirs, et quoique nous vous avons désobligés, nous vous demandons pardon, tout comme nous demandons pardon à Dieu.

Il y a environ 15 jours que nous avons écrit à Monsieur le Préfet, pour le prier de s'entendre avec vous Monseigneur, pour vous supplier de nous accorder un pasteur, et si possible deux. Ils seront assez bien logés, car nous avons un nouveau presbytère ; nous avions passé un marché avec Mr. Bigot, entrepreneur, et je ne sais trop ce qui l'a retardé.

Même si nous voulons suivre la religion, nous ne pouvons rien faire d'autre que d'avertir les administrés de travailler sur les chemins vicinaux, de payer les contributions, ce que nous ne pouvons faire qu'à la sortie de l'église après la messe.

Monseigneur, ayez pitié de nous, je suis avec le plus grand respect, votre très humble et très obéissant serviteur

le Guellec maire,