Jacques le Guellec

Roland le Bail ( Pierre Marie Rolland dit) (-1857)

Si Jacques le Guellec ne fut pas reconduit dans ses fonctions on peut imaginer que le clergé n'y ait pas été pour rien. Ce non renouvellement sera pour lui une très mauvaise surprise. Le choix du préfet de l'époque, le Baron Germain Boullé va porter à nouveau sur un notaire.

Pierre Marie Rolland le Bail, mieux connu comme Roland le Bail, était originaire de Pleyben qu'il avait quitté en 1833 car ses positions anti-royalistes lui avaient valu quelques déboires. Il réalisait les 3/4 des transactions de Plozévet en tant que notaire.

Arch. dept Finistère ; Recencement de 1836 à Landudec

Il résidait au bourg de Landudec. En 1836, lors du recencement, il y habitait avec avec son épouse Magdalène Cuzon, ses trois enfants Hyacinthe l'aîné, Lucien et Alexandrine, un valet de 23 ans, François Kernou et une domestique Jeanne Quemener âgée de 38 ans.

Il avait accepté le mandat qui lui avait été proposé par le préfet et avait fourni le nom de ses adjoints, tout semblait donc aller pour le mieux. Mais dès que l'occasion se présenta, Jacques le Guellec écrivit au préfet pour se plaindre du maire. Ce dernier n'habitant pas Plozévet mais Landudec il lui était plus difficile d'assurer sa présence sur la commune. Il prend prétexte d'un mariage qui ne peut avoir lieu pour reprocher au maire son manque de disponibilité. De plus il s'est arrangé pour que l'ensemble du conseil municipal ne se rende pas à la mairie le jour de la prise de fonction du nouveau maire. En tant qu'ancien maire c'est normalement lui qui doit installer le Bail dans son poste. Va alors commencer un travail de déstabilisation.

Archives départementales Quimper 2M 85

Plozévet le 17 septembre 1837
Monsieur le Préfet,
Nos conseillers municipaux, que j'ai moi-même fait avertir dans le lieu ordinaire de nos publications, ne se sont point rendu pour connaître Mr le Bail pour leur Maire. Il est bien malheureux qu'une commune tel que Plozévet, soit privée de fonctionnaire public pour la diriger, nous avons des noces qui pressent. Les futurs époux sont venus m'avertir que leurs jours sont fixés pour mardi à 8 heures précises du matin 19 du courant.(*) J'attends Monsieur le Préfet, votre Réponse qui revêtira quelqu'un de ce pouvoir. Je suis toujours disposé à obéir aux lois. Je ne suis il est vrai qu'un cultivateur de la commune de Plozévet, mais personne ne connait mieux que moi l'esprit des habitans.
Agréez je vous prie Monsieur le préfet, les sentiments d'affection de votre très humble et très obéissant serviteur.
Le Guellec Jacques ex-maire de Plozévet.

(*) il s'agit sans doute du mariage de Louis Jacques le Batard et Marie Françoise Yvonne le Bris qui aura lieu le 2 octobre 1837.

Si l'on considère la taille de certains passages de sa lettre, on a l'impression en la lisant qu'il est fou de rage contre la décision du préfet. Quelques jours plus tard le 27 septembre, Roland le Bail est installé comme maire, prêtant serment : "Je jure fidélité au Roi des français, obéissance à la Charte Constitutionnelle et aux Lois du Royaume".

Le 30 septembre, il présente au préfet deux noms qui seront ses premier et second adjoints, Allain le Corre un cultivateur aisé de Bremphuez, âgé de 32 ans, et Yves Corre aubergiste au bourg.

En décembre ses adjoints sont officiellement installés par arrêté de la préfecture. Mais il y a un hic, en effet les adjoints désignés, et qui, à priori, avaient acceptés le poste, le refusent.

Archives départementales Quimper 2M 85

Le 26 décembre 1837
Mr le Bail,
Je suis très fâché de me voir obligé de vous répéter mon refus des fonctions dont vous daignez m'honorer, je vous fais le renvoi de ma commission en vous priant de me conserver toujours votre amitié.
Allain le Corre

Ô les méchantes gens ...

Roland le Bail se retrouve dans une situation difficile comme il va l'évoquer dans un courrier au préfet :

Archives départementales Quimper 2M 85

En mairie à Plozévet le [lundi] 8 janvier 1838
Monsieur le préfet
Je viens de faire une maladie de près de cinq semaines pendant lesquelles je suis resté sur le lit et sans manger une bouchée pendant au moins vingt jours avec une fièvre continuelle ou typhoïde comme la nommait le docteur. Depuis 8 à 10 jours me voilà convalescent et je me suis empressé dès le moment que j’ai pu monter à cheval de me rendre à la mairie de Plozévet où je suis depuis samedi midi pour m’occuper des affaires administratives de Plozévet qui ont été un peu négligées pendant le cours de ma longue maladie, n’ayant personne pour me seconder dans l’administration de cette commune.
C’est donc dans le paroxysme de ma maladie, lorsque j’étais sur le point d’expirer que des habitants de Plozévet sont allés vous porter plainte, Monsieur le préfet, que j’étais presque toujours absent de la Commune. Ô les méchantes gens ! on sait d’où le coup part, c’est un amour propre froissé.
J’ai aussi reçu, incluse dans votre honorée lettre du 21 décembre dernier les commissions d’adjoint d’Allain le Corre et d’Yves Corre que je m’empressai de leur transmettre dans le fort de ma maladie ; ce dernier me fit renvoyer sa commission, disant qu’il ne pouvait accepter. Mais Allain le Corre a gardé la sienne huit jours avec l’intention d’accepter pour au moins trois mois ; mais dans l’intervalle une cabale infernale dirigée toujours par la même main est venu détourner ce brave homme d’accepter les fonctions d’adjoint, et le décider à me renvoyer sa commission, ainsi M le Préfet j’ai les deux commissions puisque les deux adjoints me les ont renvoyées, ne voulant pas accepter aujourd’hui quoique Allain le Corre fut venu de lui-même à Pont-Croix, le 6 octobre dernier me dire qu’il accepterait les fonctions de 1er ou 2eme adjoint. A présent il refuse, on ne peut donc pas compter sur la parole de nos bas-bretons. Dans tout le conseil il n’y a plus que deux signataires qui sont, Jacques le Guellec ancien maire, et son cousin Louis le Guellec, du moulin de Kersuot, qui je pense n’accepteraient pas non plus les dites fonctions. Je ne sais que faire dans cette position embarrassante, c’est à votre haute sagesse, Monsieur le préfet, à trancher la difficulté. Il y a encore un nommé Louis Prigent de Kergoff qui sait signer et qui était du conseil mais qui ne se présenta pas pour prêter serment le jour désigné aux nouveaux conseillers élus. Mais je ne pense pas que c’est par répugnance à prêter serment qu’il n’est pas venu à cette séance.
Y a-t-il lieu à le remplacer ou bien s’il était nommé adjoint et qu’il prêtât serment, cela ne corroborait-il pas le manque premier de serment. Il y a aussi quatre à cinq conseillers municipaux qui n’ont jamais paru au conseil depuis mon administration. N’y aurait-il pas lieu à leur remplacement.
Par arrêté de ce jour je viens de nommer mr le Batard ancien juge au tribunal de commerce de Quimper. Et actuellement négociant en ce bourg.
Je pense M le préfet qu’en redoublant d’activité et avec le secours de mon nouveau secrétaire, l’administration de Plozévet marchera bien sans le secours d’adjoints.
J’attends votre décision touchant cette affaire, vous priant de bien vouloir me faire savoir si je dois vous retourner la commission des adjoints.
Agréez …

Le préfet répond au maire et rajoute une petite note en marge avec quelques conseils généraux qui n’aideront guère Roland le Bail

Archives départementales Quimper 2M 85

'Vous avez à ce qu’il parait, Monsieur, beaucoup de préventions et d’intrigues à vaincre dans cette commune pour vous y concilier la confiance générale. Cette position demande de votre part beaucoup de sagesse, de bienveillance envers tout le monde, de sollicitude pour les intérêts communaux et d’exactitude dans l’accomplissement de tous vos devoirs administratifs.'

Jacques le Guellec n'avait pas admis d'être évincé de sa propre succession. Pour lui Roland le Bail n'était pas légitime, c'était un étranger à la commune, en effet il habitait à 2 lieues du bourg. Pour aggraver son cas il était, de plus, originaire de Pleyben en centre-Finistère et dixit le Guellec, les habitants de la commune étaient des gens susceptibles et attachés au fait que leur maire soit originaire de Plozévet.

La cabale Le Guellec

Dans cette lettre, Roland le Bail ne nomme pas encore explicitement les Guellec, c'est à dire Jacques et Louis-Alain, même si on le devine.

Le 16 janvier il est plus précis dans sa lettre au préfet :

Archives départementales Quimper 2M 85

... je crois avoir plus d'amis que d'ennemis faisant plus des 3/4 des affaires de cette commune en ma qualité de notaire. C'est la cabale le Guellec, qui a une famille nombreuse dans la commune, qui a profité de ma maladie pour intriguer ...

Un évènement passera inaperçu le 17 janvier 1838, il s'agit de la naissance, à Merros Creis, de Marie-Anne Gentric. Mais c'est une autre histoire ...

Le 29 janvier 1838 , le Louët nouveau desservant de Plozévet, relance le maire au sujet des travaux sur la crèche. Ils ont besoin que ces travaux soient exécutés rapidement pour pouvoir déposer le blé de l'Eglise dans les mansardes qui doivent y être pratiquées. Pour l'instant les blés sont dans la maison neuve [la maison Perrot] où ils sont foulés aux pieds par les enfants de l'école.

Roland le Bail demande fin janvier l'autorisation de lancer l'adjudication des travaux pour remettre en état l'écurie [la crèche] qui tombe en ruine. Il fait remarquer qu'actuellement la vache et le cheval de M le Louët sont dans un petit local de la maison servant de mairie et d'école [maison Perrot]. Il demande aussi à pouvoir créer un octroi. C'est M le Guellec cultivateur, qui est choisi. Roland le Bail n'est pas rancunier, il y a peu il parlait de cabale des Guellec, voici ce qu'il en dit le 25 mars 1838.

Archives départementales Quimper 2O 1472

...quant à mon opinion sur la garantie que peut offrir le sieur le Guellec sous le rapport de la bonne confection des dits travaux, je dois vous faire observer que cet individu est expert assermenté ; qu'il possède une assez jolie tenue au lieu de Brenizennec en Plozévet, qu'il a été souvent à même de faire de grandes réparations, et même quelques constructions neuves ...

Le 9 septembre Jacques le Guellec annonce que les travaux ont été exécutés. Il réclame donc son dû, soit 1498 frs. Le maire en informe le préfet et lui demande s'il souhaite que l'Architecte principal du département se déplace à Plozévet. Il s'agit en l'occurrence de M Bigot, qui s'occupe de bâtiments officiels ... le préfet répond que l'indemnité de déplacement serait dû et qu'il faudrait dans ce cas en faire la commande... Roland le Bail répond qu'il n'y a pas lieu de faire se déplacer l'architecte du département. Il s'agit d'une crèche quand même ...

les comptes de la commune sont sains en ce mois d'octobre 1838:

Recettes 3641,61 frs
Dépenses 808,90 frs
Fonds placés au Trésor 1695,14 frs
Reste dans la caisse de service 1137,57 frs

Toute fin 1839, autour de Noël, 6 cadavres furent retrouvés sur la grève de Plozévet, un quelconque naufrage sans doute. L'année précédente, en décembre, avaient été trouvés également 2 cadavres, les corps appartenaient à des marins de "l'Aimable Jenny" qui avait coulé peu avant.

Fin du mandat de Roland le Bail

Roland le Bail tiendra ainsi jusqu'à la fin de son mandat en octobre 1840, non sans difficultés. On retrouve dans les délibérations du conseil municipal les préoccupations de l'époque :
Les foires, l'entretien des chemins vicinaux, le garde champêtre, les travaux sur l'église, souvent le conseil statuera que ces travaux sont nécessaires mais que par manque de ressource... ce n'est pas possible. Chaque commune doit aussi payer pour la confection de la route de grande vicinalité allant de Quimper à Audierne. Chaque commune paie une part au prorata de l'intérêt que la commune retire de cette construction. Cette route suivra de manière générale le tracé du chemin préexistant. Pour ces travaux la commune choisira la conversion en travail à la tâche.

Le préfet, souhaitant remplacer Roland le Bail, fera appel au maire de Plogastel M Hervieu, qui était également notaire. Dans sa lettre au maire de Plogastel il commencera par indiquer qu'il souhaite remplacer R le Bail car sa gestion laisse beaucoup à désirer puis il se ravise et trouve un argument autre : s'il demande le remplacement de Roland le Bail c'est parce que celui-ci n'habite pas la commune qu'il administre et que le ministre insiste pour qu'il soit mis fin à cette situation. Le ministre a bon dos. Hervieu notaire et maire à Plogastel se rend un dimanche à la messe à Plozévet, et après celle-ci rencontre des notables. Finalement il conseille au préfet de choisir Louis-Allain le Guellec. L'honneur est sauf pour Roland le Bail qui restera néanmoins conseiller municipal. Roland le Bail continuera ses activités de notaire, jusqu'en 1855, moment où son fils Lucien prendra sa suite. Lucien dont on entendra parler dans ...30 ans. Il décèdera le 9 décembre 1857 à Quimper.



Jacques le Guellec