Yves le Faucheur

Jacques le Guellec (1798-1848) 1er mandat 1833-1837

Yves le Faucheur étant gravement malade en ce mois de janvier 1833, il fut décidé par le Préfet, de changer de maire. C'est ainsi qu'un Guellec, 12 ans après Charles, allait revenir à la mairie. Il s'agissait de Jacques le Guellec. Il était fils d'Yves et de Jeanne Gueguen et donc petit-fils de Charles le Guellec, l'ex maire, et de Marie Kersual. Etant né en mars 1798, il avait près de 35 ans lors de sa nomination. Le moins que l'on puisse dire est que ceci n'enchantait guère le recteur Perrot. La famille de Charles le Guellec avait, par la passé, montré qu'elle n'était guère conciliante avec le clergé. Hors de question pour eux de laisser le curé diriger la commune : le curé à l'église ! Pierre Marie Perrot s'attendait au pire, il ne fut pas déçu...l'évêque, Jean Marie Dominique de Poulpiquet de Brescanvel, non plus.

Année 1833

Il est installé comme maire le 20 janvier 1833. Il va gérer la demande de mise en place d'un octroi sur les boissons. L’octroi permettrait de créer un impôt qui n’aurait été payé que par les aubergistes ou débitants de boissons et donc par les consommateurs qui pouvaient être des gens extérieurs à la commune qui seraient de passage. L'objectif est de ne pas augmenter les impôts indirects et donc de ne pas rajouter de centimes additionnels. Il va aussi s'occuper de Pierre Perrot, le recteur de la commune depuis 1819. Pierre Perrot se serait bien passé de tant d'attention de la part du maire. La création d'une école de garçon sera aussi un sujet de préoccupation quant aux filles, malheureusement, elles ne verront rien venir avant une trentaine d'année.

L'enseignement primaire dans le district de Pont-Croix an2 et an3 (pages 179,183,184 pour Plozévet)

L'octroi et l'école des garçons

Dès le début de son mandat, Jacques le Guellec va s'attaquer à une des principales préoccupations du conseil municipal : trouver des ressources financières. Il leur semble que mettre en place un octroi sur les alcools procurerait à la commune des ressources considérables. L'octroi est une taxe qui porte sur les boissons alcoolisées. Cet octroi, vu les grandes quantités d'alcool consommées, devrait rapporter dans les 1200 fr. Plozévet est à un carrefour où convergent les routes Quimper-Audierne et Pont-l'Abbé-Audierne, les foires sont nombreuses dans le pays. Pour se faire une idée de ce que représente la somme de 1200 frs, il faut savoir que le budget annuel de la commune est de 320,05fr, ce qui est très peu, alors que les recettes sont, cette année-là de 315,66frs. Les recettes supplémentaires sont d’autant plus nécessaires qu’il n’y rien de prévu dans le budget pour entretenir les chemins vicinaux. Il faut dire qu'avec un budget de 320frs, on ne va pas très loin ! Il faut se rappeler qu'un ouvrier agricole gagne environ 1 franc par journée de travail.

On remarquera aussi que si la recette anticipée de l'octroi était à 1200 frs cela veut dire qu'on estimait la consommation globale à 100 000 litres de boissons alcoolisées par an (j'ai pris comme hypothèse qu'une taxe de 1,20frs par hectolitre entrerait dans les caisses). Si on prend une hypothèse que seules 1000 personnes consomment de l'alcool alors ceci ferait 100 litres de boissons alcoolisées consommées par personne et par an soit à la louche un litre tous les trois/quatre jours. Si l'on considère que la consommation durant les foires, les noces était souvent excessive on peut en déduire que nos ancêtres étaient des modèles de sobriété le reste de l'année !

En août 1833 le Préfet approuve l'établissement d'un octroi pour la commune de Plozévet : la taxe serait de 1,20fr par hectolitre de vin, 1 fr pour le cidre et le poiré (*) et 4 frs pour l'alcool (*).

* le poiré est un cidre où la poire remplace la pomme

* par alcool on entend eau-de-vie ( à fort degré alcoolique), le vin et le cidre étant des boissons dites "hygiéniques".

Le Préfet soutenant la mise en place de cet octroi, cette implémentation semble bien partie. Reste au préfet à avoir l'aval du ministère.

Le conseil de fabrique, qui gère les biens de l'église sur la commune, n'avait pas été mis en place ou du moins n'avait jamais été réuni. Il était donc nécessaire de l'organiser.

Yves le faucheur avait poussé lors de son mandat pour qu'une école soit créée, ce pour quoi le conseil avait voté en mars 1832. Pierre Perrot, qui s'entendait parfaitement avec le précédent maire avait proposé que l'école et la mairie soit installées dans le bâtiment qu'il avait fait construire dans les dépendances du presbytère, juste à l'entrée sur la gauche.

L'animosité existant entre le curé et le maire va vite créer un climat délétère. Il ne faudra pas bien longtemps pour que le maire se plaigne du recteur et pour cela il va attaquer là où le curé est en difficulté : l'absence de conseil de fabrique et donc de comptes. Or pour que le conseil de fabrique n'ait pas été mis en place il fallait au minimum la connivence des anciens maires. Jacques le Guellec ne va pas perdre de temps et dès le début de son mandat, le 18 mars 1833, il écrit à l'évêque pour se plaindre de M. Perrot.

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

Plozévet le 18 mars 1833

Monseigneur l'Evêque,

Le 18 mars 1833

J’ai fait de mon possible pour vouloir plaire à Mr Perrot notre desservant et plus je fais [plus] il dit que je le désoblige.

Je suis, mon Seigneur l’Evêque, depuis quelque tems nommé maire de ma commune et je me suis entretenu avec mes conseillers municipaux, et après leurs délibérations ils m’ont fait connaître qu’il n’existait pas de conseil de fabrique et que monsieur notre pasteur n’avait fait que jouir et disposer des revenus annuels de notre Eglise et chapelles paroissiales sans en avoir rendu aucun compte depuis 13 à 14 ans qu’il est notre desservant.

En vertu de la lettre de M. le Préfet, conformément à l’article six du décret du 30 décembre 1809 notre conseil doit être composé de cinq membres pour notre commune dont trois à votre nomination, monseigneur l’Evêque, et deux à celle de M. le Préfet. J’ai donné connaissance de cela à M. Perrot et il n’a point voulu m’écouter, et je pense qu’il est fort juste qu’il soit rendu compte au moins à l’avenir s’il était possible parce que la commune de Plozévet est mineure il y a quelque temps et elle a besoin de grandes réparations et nous n’avons rien dans notre caisse.(*) Je suis fort chagriné d’être obligé de vous donner connaissance de ce que dessus. J’ai l’honneur de vous prier en conséquence mon Seigneur l’Evêque d’avoir la bonté d’inviter M. Perrot à nous rendre quelques comptes et de vous présenter trois candidats et je présenterai deux à M. le Préfet.

* La fin de la phrase apparaît peu compréhensible : je pense qu'il veut dire que l'église a besoin de réparations et que les caisses sont vides

Peu de temps plus tard, le 11 mai, il écrit au préfet pour également se plaindre de M Perrot. J'ai conservé le texte original sans le modifier, sinon quelques fautes.

Archives départementales Quimper 2O 1472

Plozévet le 11 mai 1833

monsieur le Préfet

J’ai eu l’honneur de recevoir de votre autorisation en date du 3 avril dernier pour la réunion du Conseil de fabrique. Nous avons été réunis dans la salle du presbytère, différents dimanches comme le voulait M. Le desservant, et à sa volonté nous avons pu dresser un budget, pour l’année 1834.

Nous lui avons ensuite parlé, relativement à la maison qu'il a fait bâtir sur le terrain appartenant à la commune et il s’est tellement surmonté qu'il a pensé de nous épouvanter; il nous a répondu qu’il nous aurait rendu un compte pour les années précédentes qui est depuis 14 ans. Nous lui avons dit qu’il ne s’agissait point de cela, qu’il ne s’agissait seulement qu’un compte pour l’avenir, vous connaîtrez dit M. Le desservant, de combien vous me serez redevables. Je suis persuadé M. le Préfet, que nous serons obligés d’en faire venir des experts. Cette maison est aujourd’hui utile à la commune, attendu qu’elle n’a point de mairie ni maison d’école. Nous sommes contents de nous arranger avec M. le desservant à l’amiable ; mais M. le Préfet il est impossible ; car il passe très souvent des jours à Quimper consulter MM. les avocats.

En conséquence je vous prie M. le Préfet d’avoir la bonté de dire à M. L'évêque de nous en désigner un autre. En le faisant vous rendrez un très grand service aux habitants de la commune de Plozévet.

Recevez l’assurance des sentiments respectueux avec lesquels j’ai l’honneur d’être

M. le Préfet

Votre très humble et très obéissant serviteur

Le maire de Plozévet

J le Guellec

L'Evêché reçoit du préfet une lettre où le ton monte. Le mot procès est prononcé. J'ai repris cette lettre car elle résume bien la situation :

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

Quimper le 18 mai 1833

Monseigneur,

Par délibération du 11 mars 1832, le Conseil municipal de Plozévet a voté l'établissement d'une école primaire dans cette commune. Aux termes de cette délibération l'école doit être établie dans une maison que M. Le desservant a fait construire sur les dépendances du presbytère, et qu'il a lui-même offerte pour cette destination. D'après ces arrangements, des secours ont été sollicités et obtenus du gouvernement, pour approprier à sa destination la maison dont il s'agit. Mais suivant ce que m'écrit M. Le Maire, il paraîtrait que M. Le desservant ne serait plus dans l'intention de laisser à la commune disposer de la maison susmentionné, quoiqu'on lui ait offert de lui en payer le prix à dire d'experts ; delà l'impossibilité de réaliser le projet d'établissement d'une école.

Cependant, si comme on l'allègue, M. Le desservant a construit sans autorisation, sur un terrain communal, la commune serait en droit d'exiger la cession de la construction dont il s'agit au terme de l'article 555 du code civil.

Dans le but d'éviter d'en venir à un procès qui serait fâcheux sous tous les rapports, je vous prie, Monseigneur, de vouloir bien employer votre intervention pour déterminer M. le desservant à ne point revenir sur des arrangements qui ont été arrêtés de concert avec lui.

J'ai l'honneur d'être avec respect,

Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

le Préfet du Finistère

peu de temps après le projet s'oriente non pas sur la maison Perrot mais sur la construction d'une nouvelle maison, toujours dans les dépendances du presbytère. c'est l'ingénieur Chevallier qui est en charge d'en dresser les plans et d'en suivre les travaux. Le gouvernement accorde un secours de 500 francs.

En août, l'ingénieur Chevallier descend à Plozévet pour réconcilier le maire et le curé et essayer de trouver un compromis au sujet de l'école. Il en profite pour dresser les plans et rédiger un devis qui se monte à 3571 fr77. Il est prévu que c'est la commune qui fournira les charrois, les pierres, les différents matériaux. Le 2 septembre il informe le Préfet :

Archives départementales Quimper 2O 1472

Quimper le 2 septembre 1833

Monsieur le Préfet,

En vertu de vos ordres que m'a transmis Mr Lavenant par la lettre en date du 19 août dernier, je me suis transporté le 21 au bourg de Plozévet où j'ai réconcilié le maire avec le recteur en leur faisant faire à chacun quelques petites concessions, relativement au terrain destiné à la construction d'une école primaire et que cède M. Perrot. La paix faite et les nouvelles conditions arrêtées et convenues entre les parties j'ai levé le plan du terrain et de ses abords pour vous donner une idée de la concession faite par Mr Perrot, et vous adresse ci-joint tout ce travail dont le devis monte à 3571,77 frs déduction faite de la fourniture des pierres et de tous les matériaux que la commune s'engage à effectuer.

J'ai l'honneur d'être avec respect, M le Préfet, votre très humble et obéissant serviteur signé :Chevallier

M Chevallier était un grand optimiste ...

Le jour même Mr Perrot écrit au préfet, il lui fait part de sa volonté de collaborer.

Archives départementales Quimper 2O1472

Plozévet le 21 août 1833

Mr le Préfet

Je suis on ne peut plus sensible à la bonté que vous avez bien voulu avoir, en m'envoyant un homme entendu pour la construction d'une maison de maître d'école et une maison de la mairie dans la même. Je fais et je ferai toujours toutes les concessions possibles pour le bien général et particulier. Mr le Préfet, Mr votre bien aimable envoyé vous dira de sa mission plus que je ne saurais vous en dire.

Agréez, je vous prie, mr le Préfet, les assurances de mes sentiments du plus profond respect, et de mes désirs de pouvoir vous être utile à quelque chose. Tout est chez moi à votre service au Presbytère de Plozévet

p:m: Perrot prêtre desservant à Plozévet

Manifestement Mr Chevallier est un homme charmant ...

Le 3 novembre les membres du conseil municipal se réunissent et votent l'établissement de l'octroi, car estiment-ils la commune ne dispose d'aucune ressource. Ils considèrent également qu'il n'est pas possible d'augmenter les impôts car les contribuables ont déjà du mal à payer ceux existants.

Le maire et le conseil on exposés

qu'il était impossible que la commune de Plozévet prenne à sa charge aucune portion de la dépense qui serait faite, pour la construction du nouvel édifice de mairie et de maison d'école, vu qu'il n'existe point de fonds dans la caisse qui puissent être affectés.

Si ce n'est de pourvoir au surplus par travail et souscription volontaires.

impossible de voter pour aucune imposition extraordinaire vu que la plus grande partie des administrés souffrent pour payer leurs contributions actuelles.

le maire et le conseil municipal de la commune de Plozévet votent et consentent, pour l'établissement d'un octroi qui pourra donner annuellement à la commune une somme de 1000 à 1200 francs.

Si on avait cru que les relations entre le maire et le curé s'étaient arrangées du fait de l'intervention de Mr Chevallier on allait vite déchanter. En novembre toujours, Jacques le Guellec porte l'estocade à Pierre Perrot. Le conseil de fabrique démissionne. Il l'écrit à l'évêché, n'hésitant pas à grossir le trait, comme cette histoire de jeune paroissienne manifestement très sensible ... :

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

Plozévet le 7 novembre 1833

Le maire de Plozévet à Monseigneur l’Evêque du diocèse de Quimper

Monseigneur l’Evêque,

J’ai été bien honoré de votre lettre en date du 17 mars dernier, et vous m’avez accusé réception de la mienne en date du 18 du même mois. Par la vôtre j’ai vu que votre grandeur et votre diligence ont été sur-le-champ écrire à M. le desservant de ma commune, à concourir avec moi, en ce qui le concernait à la formation légale et à l’organisation régulière du conseil de fabrique. Ce conseil, Monseigneur, avait été formé en 1830 et installé et il n’a jamais été enduré, par M. le desservant à remplir ses fonctions et actuellement il n’est pas plus avancé.

Aujourd’hui je suis forcé de vous déclarer, Monseigneur, avec le plus grand déplaisir, que ce conseil de fabrique, demande sa démission, vu que lorsqu’il est appelé à ses fonctions, il n’a que des propos insultants à recevoir de M. le desservant. Vous avez dû voir Monseigneur, par le budget de 1834, que M. notre desservant, avait demandé à son conseil de fabrique, un délai de trois mois pour rendre ses comptes.

Les trois et les six mois sont expirés, et notre desservant ne discontinue pas de prendre les recettes de la fabrique, il ne souffre point que l’on lui en demande compte.

M. le desservant, a pour son vicaire, M. Nivo (*), homme d’une capacité étonnante, capable avec ses paroles de toucher le cœur du pauvre pêcheur; mais on ne lui permet jamais de nous donner aucune instruction, il ne peut nous dire simplement que la basse messe tous les dimanches et fêtes. M. le desservant nous fait honneur de nous dire toujours la grand-messe, il la commence continuellement, entre midi et 1h00 pour la finir à 2h30-3h00, et les administrés, Monseigneur l’Evêque en sont mécontents.

M. le desservant, a placé dans les deux côtés de son église, des têtes de mort et autres reliques, qui empêchent plusieurs des administrés à venir à l’office divin et surtout les enfants ; ces jours derniers, Monseigneur l’Evêque, une jeune femme se trouvait à l’église à entendre la messe, cette femme a été tout d’un coup saisie de voir ces reliques, et malheureusement aujourd’hui elle est folle ; et les administrés désireraient qu’il y eut une ordonnance pour enterrer ces reliques.

Je viens Monseigneur l'Evêque, vous supplier de vouloir bien inviter Monsieur notre desservant,

  • 1° - de commencer les dimanches et fêtes l'office divin à peu près à l'heure où l'on commence dans les communes voisines
  • 2° - d'enterrer après votre ordonnance les reliques
  • 3° - de laisser son vicaire (*), nous donner des instructions vu que nous avons malheureusement grand besoin, et quelques fois de nous dire la grand-messe
  • 4° - de s'entendre avec le conseil de fabrique par donner pour la gestion de ses comptes que nous n'exigeons que depuis le commencement de la présente année.

Monseigneur, le soussigné n’est qu’un cultivateur, et il ne désire aucun mal à son desservant, ni à qui que ce fût ; mais on lui a recommandé par des personnes les plus notables de sa commune de vous déclarer la vérité et rien que la vérité.

Recevez l’assurance des sentiments respectueux avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monseigneur l’Evêque, votre très humble et très obéissant serviteur.

J. le Guellec

Maire de la commune de Plozévet

* Monsieur Nivo avait été recueilli enfant par Pierre Perrot alors qu'il mendiait pour survivre. Pierre Perrot l'avait envoyé faire des études au petit séminaire. Quelques années plus tard, en 1829, alors qu'il était seul sur Plozévet il avait demandé à l'évêché à ce qu'il le rejoigne, ce qui avait été accepté. A cette époque, en 1833, Pierre Perrot est un homme de 67 ans.

La demande de créer un octroi fut expédiée par le Préfet au ministère du Commerce et des Travaux Publics qui devait entériner la demande. La réponse du ministère, le 20 décembre 1833, dut surprendre le Préfet car elle était négative. Le ministère rappela à l'ordre le Préfet. Le ministère fit savoir qu'il existait, pour pourvoir aux dépenses de l'instruction primaire, l'imposition extraordinaire des 3 centimes additionnels (*) et qu'il fallait s'y tenir. D'autre part les droits d'entrée, pour les villes en-dessous de 4000 âmes avaient été supprimés par les lois du 12 décembre 1830 et du 21 avril 1832. Le Préfet insista faisant remarquer que d'autres communes, comme Mahalon, y avaient été autorisées, qu'il fallait budgéter un garde-champêtre, entretenir les chemins vicinaux, rien n'y fit, le ministère persista, refusant qu'un octroi sur les boissons fut autorisé à Plozévet. Le Préfet Lepasquier dû donc faire machine arrière et prévenir le conseil municipal du refus du ministère.

Archives départementales 2O 1478

Ministère du Commerce et des Travaux public Paris le 20 décembre 1833

M. le Préfet, en adressant une délibération par laquelle le conseil municipal de Plozévet a voté l'établissement d'un octroi sur les boissons, pour subvenir aux dépenses de l'instruction primaire, vous m'avez informé que, par suite de cette délibération, vous avez cru devoir inviter M. le Directeur des contributions directes à ne point porter au rôle de Plozévet, pour 1834, les 3 centimes additionnels autorisés aux 192 communes de votre département en vertu de la loi du 28 juin.

Vos instructions à cet égard étaient au moins prématurées, puisque vous ne pouviez préjuger ce qui serait statué sur la proposition du conseil municipal relative à l'établissement d'un octroi ; en tous cas, vous n'étiez pas compétent pour arrêter l'effet d'une ordonnance royale qui devait recevoir son exécution tant qu'elle n'était pas rapportée par une autre ordonnance.

Au fond, l'imposition extraordinaire autorisée parait le moyen le plus convenable de pourvoir aux dépenses de l'instruction primaire dans une commune dont la population n'excède pas 2496 habitants, et où les produits de l'octroi seraient absorbés en grande partie par les frais de perception et par le prélèvement du dixième pour le Trésor. Les lois des 12 décembre 1830 et 21 avril 1832 ayant, d'ailleurs supprimé les droits d'entrée dans les villes au-dessous de 4000 âmes dans le but principal de faire cesser les exercices, et indiqué à quelles conditions ils pourraient être supprimés dans les villes d'une population supérieure, il paraît contraire à l'esprit de ces lois de rétablir les exercices dans les communes peu populeuses, par la création d'octroi sur les boissons, lorsque le gouvernement a renoncé à ces mesures pour les droits d'entrée.

Je ne puis donc que vous inviter à révoquer les instructions que vous avez cru pouvoir donner à M. le Directeur des contributions directes, et s'il est trop tard pour que l'ordonnance royale du 15 octobre puisse recevoir son exécution dans cette commune, vous prescrirez la formation d'un rôle spécial. Vous informerez en même temps le conseil municipal des motifs qui s'opposent à l'établissement de l'octroi qu'il a voté sur les boissons, et qui militent, au contraire, pour qu'il soit pourvu aux dépenses de l'instruction primaire par la voie de l'imposition annuelle.

Recevez, M. le Préfet, l'assurance de ma considération la plus distinguée

le ministre du commerce et les travaux publics

Il faut bien comprendre que l'octroi aurait été payé par les nombreux consommateurs d'alcool (*), une sorte de TVA avant l'heure, et aurait rapporté dans les 1200 frs. Les centimes additionnels, étaient eux payés par ceux qui étaient assujettis aux impôts dont les membres du conseil municipal qui étaient choisis parmi les plus notables de la commune.

Le Préfet ne désarma pas et relança le ministère arguant que d'autres communes, ayant une population bien en-dessous de 4000 âmes, avaient autorisé cet octroi : il s'agissait de Plogastel-st-Germain, Meilars, Mahalon et Trégunc. Il précisa que cet octroi servirait à financer outre l'école primaire, comme les travaux d'arts et travaux neufs des chemins vicinaux et l'établissement d'un garde-champêtre. L'octroi ne fut pas autorisé, le ministère persista dans son refus le 26 février 1834:

Archives départementales Quimper 2O 1478

"... il ne vous aura pas échappé que la législation a mis à la disposition des communes des moyens spéciaux d'y faire face. Ainsi pour les besoins de l'instruction primaire, la loi du 58 juin 1833 autorise une imposition de 3 centimes additionnels. Celle du 28 juillet 1824 autorise des prestations en nature et 5 centimes additionnels pour la confection et la réparation des chemins vicinaux. Enfin d'après l'article 109 de la loi du 21 avril 1832 le traitement du garde-champêtre doit être compris, à titre de centimes additionnels, dans le rôle de la contribution foncière.

D'après ces considérations, je ne puis que persiste et dont le refus d'autoriser la création d'un octroi sur les boissons et je vous laisse le soin de donner des instructions en ce sens à l'autorité municipale de Plozévet. ... le Ministre du Commerce et des travaux publics, signé Thiers."

Autrement dit le ministre demande aux élus de Plozévet d'augmenter leurs impôts via les centimes additionnels et non de faire payer les consommateurs. Un octroi ne sera autorisé que bien des années plus tard. Adolphe Thiers devait quelques semaines plus tard, en avril, changer de ministère pour devenir ministre de l'Intérieur.

* les x centimes additionnels reviennent à augmenter l'imposition de x pour cent sur une durée à définir

* la montée de l'alcoolisme, on utilisait le mot d'ivrognerie, y compris chez les femmes, fut un véritable problème, durant la plus grande partie du 19eme. Des alcools forts et très bon marché firent leur apparition. Ces alcools étaient de piètre qualité. Malgré tout, il semble que contrairement aux dires de certains historiens du début du 20 ème siècle, la quantité d'alcool consommée en Basse-Bretagne était très nettement inférieure à la moyenne française (la moitié moins). Le Finistère en 1906 faisait partie des départements, où la mortalité par cirrhose du foie, était la plus faible de France. Alcoolisation et comportements alcooliques en Bretagne au XIXe siècle (Persée)

1834 - La maison Perrot

L'hiver 1833-34 fut rude. La tempête avait en janvier 1834 drossé le "Désirée Saint Vallery en Croix" sur la côte de Plozévet. Jacques le Guellec écrira au préfet le 23 janvier 1834 :

Archives départementales Quimper 2O 1472

"J'ai l'honneur de venir vous donner connaissance que dimanche dernier [le 19], après la basse-messe, je m'étais entendu avec des personnes des plus notables de ma commune pour acheter la Désirée St Vallery en Croix ...je me suis transporté à la côte où il y avait plus de 2000 personnes, sans compter les messieurs des villes. J'étais tellement poussé par mes administrés que j'ai fait en sorte que tout a été acheté et jugé à mon nom".

S'en suis une longue liste de poutres, bordages, chevrons, bouts de mâts, bopré, mâts de hunes ... pour une estimation de 1252,10 frs, faite par des charpentiers de Pont-Croix. La carcasse du navire avait été démontée en quelques jours par des groupes de 40 à 50 hommes. Il propose au préfet que ce bois, si inespéré et si rare à Plozévet(*), soit utilisé dans la construction de la nouvelle école. Le Préfet est très réticent, il préfèrerait que soit l'entreprise remportant l'appel d'offre, qui ait la responsabilité de la fourniture des bois nécessaires. Il envoie néanmoins l'ingénieur Chevallier sur place voir ce dont il s'agit.

Le bois, du moins les essences nobles comme le chêne, le chataignier, le hêtre etc ... sont rares car le cultivateur n'a aucun intérêt à planter ces arbres. Le domaine congéable, qui régit les droits des propriétaires et des cultivateurs, fait que les arbres de ce type ne sont pas la propriété du cultivateur mais du propriétaire foncier. Donc, si pas d'intérêt à en planter pas d'arbres.

Le 3 mars l'ingénieur Chevallier annonce qu'il fait des recherches pour déterminer à qui appartenait le placître que Perrot propose ; mais cela n'avait rien donné.

Le 5 mars Jacques le Guellec réécrit au préfet pour l'informer que la carcasse du navire lui a été adjugée pour un montant de 2068 frs et qu'il a eu un délai de 3 jours pour payer. Il a donc trouvé parmi les notables 9 individus qui se sont joint à lui pour récolter la somme demandée ainsi que celle nécessaire à la démolition de l'épave.

Archives départementales Quimper 2O 1472

Maire de Plozévet le 5 mars 1834

Monsieur le Préfet

J'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre de hier, dans laquelle vous me dites que M. Chevallier, auteur du projet de l'édifice à construire dans ma commune pour servir de mairie et de maison d'école se transportera à Plozévet pour faire le choix et l'estimation du bois que moi et plusieurs autres intéressés de ma commune avons destinée pour la susdite construction. Je vous prie de vouloir bien me donner connaissance du jour que M. Chevallier viendra à Plozévet, et que je puisse avertir quelqu'un des intéressés pour remuer le bois dont il s'agit, afin que M. Chevalier puisse mettre à côté le bois qui jugera à propos.

Je vous ai annoncé, M. le Préfet, que j'avais acheté au nom de ma commune le navire naufragé et qui fournit le bois dont il s'agit.

La carcasse de ce navire me fut adjugée à raison de 2068 frs, il me fut accordé le délai de trois jours à en faire le paiement ; comme le délai n'était pas le long , j'ai cherché parmi les notables dans ma commune, neuf individus lesquels ont contribué à lever la somme ci-dessus pour en faire le paiement et ensuite pour faire la démolition de la dite carcasse. Comme le bois est très rare dans ma commune j'ai voulu profiter de l'occasion pour en avoir meilleur marché, ainsi je suis persuadé que M. Chevalier ne le trouvera pas cher.

Veuillez bien, M. le Préfet, agréer les sentiments d'affection de votre tès humble et très obéissant serviteur.

Le maire de Plozévet Jacques le Guellec

Le 9 mars l'ingénieur Chevallier rend son rapport au préfet. Il douche l'enthousiasme du maire de Plozévet.

Archives départementales Quimper 2O 1472

Quimper le 9 mars 1834

M. le Préfet

Conformément à votre lettre du quatre courant je me suis transporté à Plozévet à l'effet d'y vérifier les bois achetés dans l'attention de les employer à la construction d'une maison d'école dans ce bourg. Voici le résultat de mon examen.

Les bois sont de bonne qualité, mais l'estimation en est trop élevé ; car les poutres estimées à raison d'un franc le pied courant, ce qui fait ressortir le pied cube à 3,80 frs, ne sont autre chose que des courbes de pont ayant 19 pieds de longueur, 6 pouces d'écarrissage et 9 pces d'arc remplies de clous qui en empêcheraient le travail. On ne pourrait même les employer qu'en plaçant une droite entre deux courbes pour faciliter la pause des planchers et des cloisons.

Les mâts sont tellement chers que la douzaine de planches (ou 100 pces) reviendrait à 15 frs prix trop élevé.

Les bordages fixés à 50 c le pied courant n'ont que 2 pouces 72 d'épaisseur, tandis que les madriers du nord portant trois pouces et ne valent que 90 c le pied courant. Cet article est encore trop fort. J'estime donc que le chêne qu'on pourrait employer ne vaudrait que 1,50 frf le pied cube. Les bordages 20 c le pied courant. Les mâts 1,25 le pied cube.

Mais M. Le maire ne peut adhérer à cette estimation attendu qu'il n'est que le douzième co-associé de l'achat de ce bois et que l'un d'eux qui habite Pont-Croix offre de tout prendre au prix établi par les charpentiers.

Il paraîtrait qu'on a voulu faire de cet achat un objet de spéculation et je pense qu'il serait plus convenable de laisser l'entrepreneur maître de choisir son bois où il voudra afin de n'entraver cette construction par des conditions trop rigoureuses qui éloignerait les concurrences.

M. le recteur Perrot soulève une nouvelle difficulté sur l'abandon qu'il a fait d'un terrain à la commune. Il base son motif sur le bien faible argument d'être privé du soleil dans sa chambre par le fait de l'élévation de la maison projettée. Il désire qu'on la construisit sur un terrain qu'il dit avoir appartenu à l'église et qu'il dit communal aujourd'hui, ne donnant d'autres preuves que celles d'avoir lui-même fait clore ce terrain il y a 4 ans sans qu'il y ait eu de réclamations, ajoutant que le cadastre a déclaré dans ses opérations c'était une propriété d'église.

Mr le maire pour qui ces données sont insuffisantes ne veut pas consentir à bâtir sur un terrain qu'on pourrait plus tard lui réclamer et il a raison.

Cependant ce terrain situé à la sortie du bourg et sur le revers de la route serait bien préférable sous le rapport de son isolement de toutes maisons, par sa belle exposition et enfin par une surface assez grande pour y faire plus tard une cour pour les élèves, un jardin pour l'institution. Je conçois que l'établissement gagnerait beaucoup à l'échange de terrain et et avant que d'abandonner cette idée je vais faire des recherches dans les archives pour m'assurer si le clergé a été propriétaire de ce terrain, s'il y a eu vente comme bien national, et s'il n'existe aucun indice, il faudra bien que M. Perrot tiennent à l'abandon qu'il a consenti

Je joins ici le projet des travaux et l'estimation des bois que vous m'avez adressé en communication.

J'ai l'honneur d'être avec respect, M. le Préfet, votre très humble serviteur Chevallier

Le 13 mars M Perrot écrit une belle lettre au préfet pour lui faire part du fait que la nouvelle construction va ôter du soleil au presbytère et que le terrain en sortie de bourg est plus approprié. Dans les faits M Perrot a raison, le bon sens voudrait que l'on construise cette école/mairie sur ce terrain nommé Verret Nevez mais ... le maire fait savoir qu'un de ses administrés, aurait des droits en tant que colon sur ce terrain, sans préciser qui !

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13 mars 1834

Monsieur le Préfet

Le compte de fabrique est rendu tel que M. Le maire l’a demandé ; il est signé des membres du conseil le sachant faire. Aujourd’hui se présente un autre embarras. Une maison de maître d’école qui doit servir de plus à la mairie, doit être bâtie sur une dépendance du presbytère. D’après le plan, cette maison sera considérable et nécessairement ôtera le soleil à une grande partie du presbytère. Par esprit de pays j’y ai consenti ; mais d’après les lois et les ordonnances royales, mon consentement pour cet objet ne suffit pas sans être approuvé par Mgr l’évêque. Je pense que l’on peut éviter cet embarras. Il y a au bourg de Plozévet un local vu et bien examiné par M. L’ingénieur Chevalier qui peut vous en rendre compte. Ce local ne peut être contesté puisqu’il est clos comme appartenant à l’église par le cadastre même, il a cinq à six ans.

Les riverains se sont dans le temps présentés avec leurs propres titres qui les ont condamnés parce qu’on y trouve le terrain en question déclaré appartenir à l’église. Dans le même terrain il y a une croix de mission depuis un temps considérable. Je pense qu’il ne peut y avoir d’opposition légale à ce que l’on y bâtisse la maison de maître d’école. Etant clos depuis cinq à six ans il y a possession pour la commune. Il n’y aurait donc à craindre que le pétitoire (*) qu’il faudrait prouver et que l’on ne prouvera pas. La maison bâtie il y aurait tout au plus aller, quelques cris des ennemis du bon ordre.

Quelles craintes fondées peut avoir M. Le maire de Plozévet ni son conseil en bâtissant sur le dit terrain clos une maison de maître d’école… bien airée et par cette raison parfaitement salubre. Si le fond de ce terrain avait appartenu à quelque particulier il serait depuis longtemps travaillé. Je pense donc que l’on pourrait en toute sûreté bâtir sur le sus dit terrain et je désire qu’on le fasse pour le bien général de Plozévet. Voyez M. le Préfet dans vos lumière bien étendues, dans votre grande sagesse et parfaite prudence, ce que vous croirez de mieux ; pour ce qui me concerne je vous prie d’être sûr que je serai toujours parfaitement reconnaissant des services signalés que vous avez bien voulu me rendre dans toutes mes demandes.

J’ai l’honneur d’être M. le Préfet avec le plus profond respect et la considération la plus distinguée votre très humble et très obéissant serviteur

p:m : perrot desservant à Plozévet

(*) action de revendiquer une propriété

Le 3 avril l'ingénieur Chevallier fait savoir que ses recherches sont restées vaines : "je n'ai rien trouvé qui prouve que le terrain ait appartenu au clergé ou qu'il soit communal". Il conseille de ne plus attendre et de faire construire la maison sur les dépendances du presbytère.

De façon a bien torpiller la proposition de Pierre Perrot de faire construire la maison d'école/mairie sur un terrain libre Verret Nevez, le conseil municipal décrète, le 6 avril 1834 :

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"les membres ci-dessus [le conseil municipal] ont tous formellement déclaré qu'ils ne consentiront jamais que la mairie se trouve hors du bourg outre que le placitre que Mr Perrot, desservant, de la commune veut bien désigner pour la dite construction se trouve écartée du bourg, ce placître appartient à différents administrés et qui peut-être feront valoir leurs droits. Ce terrain pourrait nous être d'un très grand usage en l'employant à notre salubrité personnelle. Si l'on pouvait en disposer on ne tarderait pas à le réclamer pour cimetière, effectivement le cadastre l'a désigné sous le nom de cimetière neuf." (verret nevez)

Les arguments de Jacques le Guellec sont vraiment tirés par les cheveux. S'il est vrai que le terrain en question est à Lesplozévet et non au bourg, force est de constater qu'il n'est qu'à quelques mètres de l'église, d'autre part rien n'empêche à ce qu'une mairie soit installée en dehors du bourg :

cadastre bourg de Plozévet en 1828

Le conseil décide que la mairie/maison d'école sera construite là où il avait été décidé, et donc dans les dépendances du presbytère. D'ailleurs M Perrot a été convoqué à la délibération du conseil municipal. Il semble que la rancune qui manifestement existe entre la maire et le curé empêche toute solution venant de ce dernier. Et pourtant Pierre Perrot était dans le vrai ...

Pierre Perrot, qui n'a pas confiance dans le maire, décide alors de lancer ses propres recherches pour retrouver le propriétaire de ce terrain nommé Verret Nevez. Il se renseigne auprès d'un ami, Joseph Moreau juge de Paix à Pont-Croix, pour qu'il lui dégote le propriétaire de ce terrain. Celui-ci répond le 19 avril. Olivier Melain, lui aussi de Pont-Croix, a retrouvé un acte notarié. Cet acte passé à l'étude de Me Morvant et datant de décembre 1751 concerne le terrain en question. Le terrain s'appelle en Parc-pez (champ de petit-pois) et contient 22 cordées et tiers.(1 corde= 0.625 ares)

Le 21 avril Pierre Perrot plaide sa cause auprès du préfet mettant en avant les avantages du terrain proposé; il informe le Préfet que le document établissant la propriété du terrain a été trouvé. Il fait preuve de tact dans sa lettre laissant le Préfet décider.

Le 26 avril Jacques le Guellec est annoncé mourant, les médecins désespérant de le guérir.

Début mai le Préfet relance l'évêché, réclamant une décision.

Le 19 mai c'est l'évêque qui écrit au préfet lui indiquant qu'il ne peut donner son assentiment à l'aliénation du terrain. Même si Mr Perrot a fait de vagues promesses, ce dernier n'avait pas le pouvoir de décider. Au final l'évêque sursoit sa décision.

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19 mai 1834

M. le Préfet

Par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 7 de ce mois vous me demandez mon avis au sujet d’un projet de construction d’une maison d’école sur une partie des dépendances du presbytère de Plozévet.

Après avoir examiné les pièces que vous m’avez adressées en communication et dont les principales sont des lettres de M. Le desservant de Plozévet en date du 21 août 1833, et une délibération du conseil municipal de cette commune sous la date du 6 avril dernier, je viens vous faire connaître M. le Préfet, que la production de ces documents ne me détermine nullement à émettre une opinion favorable à la construction projetée.

D’abord en supposant que la lettre de M. Desservant contint autre chose que des offres générales de services et l’assurance vague qu’il est disposé à faire toutes les concessions possibles pour le bien général et particuliers, cet ecclésiastique n’avait aucun titre pour faire des aliénations, échanges, concessions de servitude sur son presbytère. L’article huit du décret du 6 novembre 1813 lui en fait une prohibition expresse, et vous avez reconnu vous-même, M. le Préfet, que la proposition contenue dans sa lettre révoqué par une lettre postérieure est insuffisante. En second lieu où la délibération du conseil municipal ne peut suppléer à ce qui manque du côté de M. Le desservant. Ce n’est point le conseil de la commune, mais celui de la fabrique qui devait être appelé à donner son avis dans cette affaire. Il est vrai qu’une décision ministérielle intervenue précisément sur la matière en question, à la tête du 7 février 1807, établi que les conseils municipaux constateront par une délibération la possibilité d’employés les partis superflus des presbytères à des objets d’utilité publique, mais il faut considérer qu’à la date de 1807 le gouvernement n’avait pas d’autres corps que les conseils municipaux qu’il put appeler à délibérer sur l’objet dont il s’agit. Ce n’est que par le décret du 30 décembre 1809 que les fabriques ont été organisées régulièrement comme administration indépendante et substituées aux pouvoirs et aux attributions des conseils municipaux en ce qui concerne la gestion des biens des églises. S’il restait quelques doutes à cet égard on pourrait consulter une décision intervenue sous l’Empire du décret précité du 30 décembre 1809 : elle est du 23 juillet 1811 et émane de l’ancien directeur général de la comptabilité des communes et des hospices.

D’après ces considérations, M. le Préfet, je dois suspendre mon opinion au sujet de la construction projetée sur les dépendances du presbytère de Plozévet., jusqu’à savoir quelles sont en définitive les dispositions de M. Le desservant à cet égard ; qu’elles sont la convenance ou les inconvénients du projet de construction, quelles mesures seraient prises pour isoler entièrement le presbytère du nouvel édifice, pour le garantir de toute servitude gênante et enfin ce qu’en pense le conseil de fabrique. C’est dans cette vue que je vais écrire à M. Le desservant a convoquer extraordinairement ledit conseil.

J’ai l’honneur, M. le Préfet de vous saluer avec une respectueuse considération

Le 7 juin l'évêché réécrit au préfet pour lui indiquer que finalement il ne voit pas d'inconvénient à ce que la construction se fasse comme voulu par la mairie, à la condition que le conseil municipal s'engage à ce que cette maison ne serve jamais d'auberge ou de maison de jeu.

Le conseil municipal est averti de la requête de l'évêché et se réunit le 22 juin 1834. Il s'engage à ce que la maison construite ne soit jamais utilisée comme auberge ou maison de jeu mais exige en retour que le recteur Perrot s'engage à ne jamais transformer la maison qu'il a construite en auberge ou salle de jeu. On imagine M Perrot en tenancier d'auberge...

Le 18 juillet 1834

Le Préfet fait part de la demande de la commune de Plozévet à l'évêché. Le 23 juillet M Perrot en reçoit la demande, le 27 il rédige le document voulu. Le document a été rédigé de façon à qu'on ne puisse en déduire que le terrain est communal mais qu'il appartient au clergé. Pierre Perrot fait savoir ensuite que malgré tous ses regrets il doit quitter Plozévet. Il y aura passé une quinzaine d'année, on peut le croire lorsqu'il dit partir avec regrets, après tout il n'aura eu à supporter Jacques le Guellec, qu'un an et demi.(*)

* Pierre Marie Perrot quitte Plozévet et est affecté à la commune de Pluguffan, il décède en 1843 ou 44 vers l'âge de 77ans.

La réponse de Perrot quant à la propriété de la bâtisse n'est pas du goût de Jacques le Guellec et il le fait savoir au préfet. Pour lui la bâtisse a été construite avec l'aide de ses administrés.

Le maire écrit au préfet le 6 août 1834.

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Plozévet le 6 août 1834

Monsieur le Préfet,

Notre desservant tout en nous témoignant les grands regrets qu'il a de nous quitter, cherche encore à jeter le trouble parmi nous, en voulant faire passer dans des mains étrangères la nouvelle batisse qu'il a fait construire sur les biens fonds dépendant de notre presbytère. Tous mes administrés, MM les membres des deux conseils, surtout, ne cessent de me presser, pour prévenir toute discussion qui en pourrait naître, de vous en demander avis.

les renseignements que vous avez daigné nous donner avant ce jour, à ce sujet, joins à la faculté que nous accorde l'article 555 du Code Civil, nous engagent à ne rien négliger pour défendre nos droits. Si M Perrot voulait s'arranger à l'amiable avec nous, loin d'encourir les rigueurs des lois, il n'aurait qu'à féliciter de notre Généralité.(*) Vous sentez comme nous, Monsieur le Préfet, qu'outre que nous n'avons fourni nous mêmes les matériaux qui ont servi à cette construction et dont nous n'avons aussi fait les charrois qu'à condition qu'elle retournât à la Commune.(sic)

Les comptes de 13 années consécutives que Mr Perrot n'a jamais voulu rendre au conseil de fabrique, nous donnent encore le droit de l'invincer (sic) de notre propriété. Osons vous prier, Monsieur le Préfet, dont la Sagacité et la Sagesse ont toujours su nous guider, de daigner par vos conseils nous tracer la marche que nous devons suivre dans cette discussion.

Recevez l'assurance des sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être,

Monsieur le Préfet,

votre très humble et très obéissant serviteur

Le Maire de Plozévet

J. le Guellec

* je suppose qu'il a voulu écrire : "il n'aurait qu'à se féliciter de notre générosité"

Le Préfet recevant ce courrier à charge, ne tarde pas à faire part de son mécontentement à l'évêché. Le 12 août, il écrit à l'évêque en menaçant M Perrot, si celui-ci persiste à se considérer propriétaire du bâtiment, d'un procès. Ci-dessous les brouillons de ces courriers :

Archives départementales Quimper 2O 1472

12 août 1834

A l'Evêque de Quimper

Monseigneur,

je suis informé que M Perrot, desservant de Plozévet doit quitter cette commune, et qu'il fait des tentatives pour la vente de constructions qu'il a établies sur les dépendances du Presbytère.

La commune mettra opposition à cette vente, et elle y est fondée attendu que M. Perrot a construit sur un terrain communal. Il est évident que l'autorité municipale n'a pu tolérer ces constructions que parce qu'elle les a considérées comme étant faites dans le seul intérêt du presbytère. C'est étant dans cette persuasion que les habitants ont contribué à l'oeuvre en fournissant des matériaux et des charrois.

D'un autre côté M. Perrot n'est pas en mesure de justifier qu'il a payé les dépenses de ses propres deniers, puisque qu'il n'a point rendu de comptes pendant 13 années consécutives à l'égard des deniers de la fabrique qu'il a lui-même gérés.

Je viens en conséquence vous prier, Mgr, de vouloir bien intervenir pour déterminer M. Perrot à renoncer à son projet de vendre des constructions qu'il a sans doute établies pour son utilité mais dont il avait seulement la jouissance pendant qu'il desservait la commune.Cette détermination préviendra une procédure dont l'issue ne saurait être douteuse pour la commune et qui donnerait lieu à des discussions fâcheuses pour M. Perrot.

Puis le Préfet informe le maire de sa démarche :

Archives départementales Quimper 2O 1472

M. Le maire, vous m'informez sous la date du six de ce mois que M. Perrot desservant de votre commune vous a témoigné ses regrets de vous quitter et qu'il a fait des tentatives pour vendre des constructions qu'il a établi sur les dépendances du presbytère. Mr perrot ayant construit sur un terrain communal, et encore avec le concours de vos administrés puisqu'ils ont fourni les matériaux et des charrois, il ne peut prétendre à la propriété des dites constructions. Je prie M. l'évêque d'intervenir pour le déterminer à se désister de pareilles prétentions. Si cette intervention n'a point les résultats que j'en attends, et si M. Perrot trouve quelqu'un qui veuille acquérir je vous invite à protester immédiatement contre la vente et à faire notifier opposition au nom de la commune en assignant M. Perrot devant les tribunaux pour voir juger la question de propriété. Vous réunirez aussitôt le conseil municipal qui prendra une délibération à l'effet de demander au conseil de préfecture l'autorisation de plaider. Agréez ...

Il est curieux que le Préfet s'en prenne à Mr Perrot qui lui ne fait que suivre les conseils des juristes de l'évêché ! Quant à la commune, elle n'a aucun document laissant entendre qu'elle serait propriétaire du bâtiment incriminé, alors aller à un procès semble peu vraisemblable. Un procès est couteux surtout si on le perd.

Le 28 septembre les choses se calment. Le conseil municipal se réunit, reconnait que la bâtisse est un bien presbytéral et non communal, et décide d'allouer à M Perrot ou au conseil de fabrique une somme de 3000frs pour racheter la maison.

La situation semble sous contrôle, la commune a sa mairie/ maison d'école et M Perrot 3000 frs. Mais non ...

M Perrot lui était parti loin du tumulte de Plozévet, il avait été affecté à une commune près de Quimper, Pluguffan, quant au préfet il avait changé, M Lepasquier partait pour son affectation à Alger, où il n'entendrait plus parler de la maison Perrot, et était remplacé par un ancien avocat, le baron Thomas Louis Mercier... et Jacques le Guellec allait réexpliquer la situation au nouveau venu, du moins il allait donner sa version.

M Mercier, nouveau préfet, considère au vu des éléments en sa possession que la bâtisse est sur un terrain communal et que l'ancien desservant n'a pas à priori à recevoir d'indemnité. Il demande donc au maire de réunir le conseil de fabrique pour statuer sur la situation. Le 21 décembre le conseil municipal statue finalement que 3000frs seraient alloués à M Perrot.

Année 1835

Le 4 février 1835, Jacques le Guellec insiste auprès du préfet afin de pouvoir installer l'école dans la maison Perrot:

Archives départementales Quimper 2O 1472

"On vient de me faire remarquer que le plus grand nombre des enfants de la commune qui désirent fréquenter notre école, ne peut y être reçu, vu que le local où notre instituteur est obligé de la tenir ne le permet pas. Je viens en conséquence, M le Préfet, vous prier de vouloir bien me permettre de faire entrer mon instituteur dans la maison en question dont l'abandon nous est fait par cette raison qu'elle ne peut appartenir qu'à la commune. Veuillez ..."

Le 16 février 1835

Le Préfet Mercier revient sur la légitimité des droits de propriété de M Perrot, il demande à l'évêque de demander à M Perrot de justifier les dépenses effectuées.

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

Quimper le 16 février 1835

Monseigneur,
J'ai l'honneur de vous communiquer une lettre de M. Le maire de Plozévet, et une délibération du conseil municipal du 21 décembre suivant, relative à la maison construite par M. Perrot, ex-desservant de cette commune sur les dépendances du presbytère.

Il a été approuvé, par mon prédécesseur, un projet pour la construction, dans les dépendances du presbytère, d'un édifice destiné à servir de mairie et de maison d'école. Le conseil de fabrique a donné son consentement à cette construction, moyennant l'engagement qui a été pris par le conseil municipal de s'opposer à ce que le nouvel édifice ne devienne jamais auberge ou maison de jeu.

Renonçant aujourd'hui à ce projet le conseil municipal demande que la mairie et l'école soient placées dans la maison construite par M. Perrot. Il offre à payer soit à la fabrique soit à M. Perrot, s'il justifie n'avoir point employé les deniers de la fabrique à cette construction, une somme de 3000 frs.

Il est d'ailleurs évident que M. Perrot ne serait pas fondé à revendiquer la propriété de cet édifice puisqu'il a construit sur un terrain communal. L'autorité municipale n'a pu tolérer cette construction que parce qu'elle a considéré comme étant faite dans le seul intérêt du presbytère Et c'est aussi dans cette persuasion que les habitants ont contribué à l'oeuvre, en fournissant des matériaux et des charrois.

Aux termes de l'ordonnance royale du 3 mars 1825, il ne peut être distrait aucune partie des dépendances du presbytère, pour être affecté à un autre service, sans que le conseil de fabrique n'ait été préalablement entendu et sans qu'il ne soit intervenu une autorisation du gouvernement.

Il reste donc à examiner si la maison construite par M. Perrot n'est pas nécessaire au logement de son successeur, et dans le cas de la négative, si la fabrique se désiste de toute prétention à l'égard de la somme de 3000 frs qui seraient payés par la commune. Sur ce dernier point, vous jugerez peut-être convenable, mgr, de mettre M. Perrot en demeure de justifier, dans un délai déterminé, des dépenses qu'il a faites, préalablement à la réunion du conseil de fabrique, afin que ce conseil puisse apprécier la situation des choses sous le rapport des fonds dépensés, en même temps qu'il examinera les deux pièces ci-incluses

En me faisant le renvoi de l'affaire, je vous prie d'avoir la bonté d'y joindre votre avis particulier. Je suis avec respect, mgr, votre très humble et très obéissant serviteur.

le Préfet du finistère

Le 29 février le recteur Buzaré qui avait remplacé Perrot, donne son avis sur la situation :

"...il est certain que cette maison est plus incommode qu'avantageuse".

On le comprend. Il s'est également mis d'accord avec le maire pour que la commune accepte de clôturer toutes les ouvertures donnant sur le jardin et de construire un mur de part et d'autre de la bâtisse pour l'isoler du jardin du presbytère. Tous ces travaux à effectuer sont imposants. Pour les ouvertures cela signifie, boucher toutes les ouvertures côtés ouest, nord et sud et en rouvrir côté est. Il eut mieux valu que le maire écoutât M Perrot qui conseillait de construire un nouveau bâtiment sur le terrain appelé Verret Nevez (ou Parc ar pez) !

La maison Perrot était déjà dans un état qui nécessitait des travaux, il fallait monter 2 murs pour l'isoler du jardin et fermer toutes les ouvertures pour en réouvrir d'autres. Comme ce n'était pas suffisant vint l'ouragan de mars 1835 qui fit de gros dégâts dans le canton. La maison elle-même en souffrit, surtout la toiture. Les habitants commençaient à se plaindre voyant l'état de la bâtisse, et en demandait l'ouverture. Les fenêtres et portes n'avaient pas été ouvertes depuis six mois. Le mur ouest se dégradait.

Le27 mars 1835

l'évêque accepte que la maison Perrot soit cédée à la commune moyennant les travaux décrits ci-dessus. Pour ce qui est des justificatifs à fournir par M Perrot l'évêque estime:

Archives départementales Quimper 2O 1472

Quant à la reddition de compte exigée, je ne puis y voir Monsieur le Préfet, qu'une mauvaise chicane de la part de M le Maire de Plozévet et du conseil municipal. Cette municipalité sait très bien que l'Eglise de Plozévet ayant été sans fabrique pendant près de 12 ans, une reddition de comptes est impossible... il est notoire que M Perrot a dû dépenser plus de 3000frs de ses propres fonds ...

Le 9 avril, le Préfet donne ses consignes au maire pour réunir le conseil municipal de façon à ce que cette affaire soit soldée rapidement.

Le conseil municipal se réunit le 7 mai et vote les 3000frs dus à la fabrique ainsi que 1200 frs de travaux de remise en état.

Le 6 juin le maire de Plozévet demande à ce que M Bigot architecte principal du département descende à Plozévet pour estimer les travaux à effectuer sur la maison.

Le 2 juillet à la demande de l'évêque et du préfet le conseil de fabrique se réunit pour statuer sur la maison Perrot. Il est convenu que la commune prendra à sa charge l'élévation de deux murs pour isoler la maison et prendra à sa charge la réparation des écuries. Le maire demande une aide de 900 frs du département.

Peu de temps après M Perrot, en présence des membres du conseil municipal, accepte de céder ses droits sur la maison pour la somme de 3000 frs. L'affaire va être soldée, il ne manque plus que l'aval du gouvernement.

Le Préfet demande le 7 août à l'ingénieur Chevallier de monter un dossier avec plans, en estimant les travaux à effectuer sur la dite maison.

Le 27 octobre le Préfet demande au ministère de valider la transaction concernant la maison Perrot.

Le 13 novembre le ministère répond qu'en l'état il ne peut valider la transaction. En effet il lui faut les preuves que Mr Perrot était bien propriétaire de la maison concernée.

Le 29 décembre et suite à la réponse du ministère, le Préfet demande à l'évêché de prouver qu'il est bien propriétaire du presbytère. C'est reparti pour un tour. Ah, si Jacques le Guellec avait écouté M Perrot ...

Année 1836

Le 12 janvier 1836, le conseil de fabrique se réunit et acte qu'il n'y a pas de titre de propriété.

Le 1er février 1836 le recteur Buzaré écrit à l'évêque, d'une part pour reconnaître qu'ils sont embarrassés pour démontrer qu'ils sont bien propriétaire du presbytère et transmettre le tarif pratiqué pour ses services ( 9frs le grand enterrement, 3,50frs le petit). Il en profite pour glisser quelques commentaires sur ses paroissiens :

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

... de sorte que les paroissiens ne devraient pas se plaindre du présent tarif, vu la diminution que j'y ai faite; quoique j'ai affaire à de bien méchants sujets. Je vous prie, Monseigneur, de considérer en cela la situation de mon vicaire, à qui je suis obligé de fournir presque tout le nécessaire, la pauvreté du pays et le nombre des mauvais payeurs ...

A la demande du préfet le conseil municipal se réunit le 7 février 1836, pour statuer sur la propriété du presbytère. Il conclut que le presbytère et ses dépendances appartiennent bien la fabrique.

Bientôt le document notarié datant de 1812 et actant de l'achat du bien est retrouvé. Le bien est décrit sans ambigüité mais le problème est que l'acte n'est pas rédigé en faveur de la fabrique mais des trois individus qui se sont rendus à Pont-Croix pour acheter le presbytère. A ce jour deux des trois individus sont décédés. Il reste Michel le Phuez qui est infirme et réside en dehors de la commune, à Mahalon.

Le 25 avril 1836, le Préfet répond au maire que la demande de faire descendre M Bigot n'est pas pertinent puisque ce projet a été traité par M. Chevallier. Il se trompe, on peut le comprendre, le projet de M Chevallier concernait une maison neuve ; ici on ne parle plus de maison neuve, mais de réparation de la maison Perrot qui doit être acquise.

Le 30 juin le Préfet Mercier constatant que l'acte notarié est aux noms de trois notables et non de la fabrique, demande à l'évêque d'en justifier la propriété.

M Buzaré est de nouveau prié par l'évêque de traiter le dossier. Il commence à s'impatienter et le 11 juillet répond à son interlocuteur à l'évêché:

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

... cette vilaine affaire a pris la tournure que précisément je craignais, et cela de la faute de mon caméléon de maire qui va après avoir signé les déclarations des deux conseils constatant la propriété de ces biens à l'Eglise, trahir inconséquemment le secret de la fabrique. M le Préfet aurait dû s'en apercevoir...

M Buzaré fait part de ses inquiètudes quant à la position du gouvernement. Il rencontre le notaire de Plogastel M Hervieu qui lui conseille de réunir les descendants d'Allain Strullu, d'Allain le Corre qui sont décédés et de Michel le Phuez, pour qu'ils reconnaissent n'avoir aucun droit sur le presbytère.

Le 18 juillet on retrouve tout ce beau monde devant Me Hervieu notaire à Plogastel. On reconnait à cette occasion que les trois personnes se sont rendus à Pont-Croix en 1812 pour acheter le presbytère en agissant au nom de la fabrique.

Le 10 août le Préfet demande à l'évêché de faire se réunir le conseil de fabrique et demande, de façon à éviter d'autre soucis, de ne faire référence qu'à un achat pour 3200frs de la dite maison en ne parlant surtout pas des travaux que par ailleurs la commune s'est engagé à réaliser, à savoir les deux murs, la clôture des ouvertures donnant sur le jardin, l'ouverture de fenêtre coté rue, la réparation de l'écurie. Il fallait présenter au ministère une situation toute simple car sinon on risquait de repartir dans des explications sans fin.

Le 20 l'évêque répond positivement, le conseil de fabrique s'est réuni mais le courrier de l'évêque comporte toujours une référence aux travaux à effectuer. Monseigneur se méfie, Jacques le Guellec n'inspire aucune confiance à l'évêché ...et il a bien raison ! Le Préfet lui demande donc de revoir sa copie, lui donnant sa parole que les travaux seront bien effectués, arguant que sinon on repartirait dans des procédures interminables ... L'évêché répond qu'il a bien donné ces consignes, ne cachant pas sa joie de voir cette affaire se terminer.

Archives départementales Quimper 2O 1472

"Aujourd'hui ce conseil triomphant du peu de confiance que lui inspirent les intentions du Maire de cette commune, m'envoie une délibération telle que vous la désirez. Je m'empresse de vous adresser cette délibération revêtue de mon approbation, en vous exprimant combien j'apprendrai avec plaisir la fin d'une affaire qui traine depuis trop longtemps. Je suis avec respect, M le Préfet votre très humble et très obéissant serviteur."

On sent le soulagement du côté de l'évêché, reste au maire à tenir ses engagements, l'évêché pouvait craindre que le maire soit tenté de traîner des pieds par la suite car les travaux à effectuer étaient très importants et le budget de la commune très petit. Cette crainte s'avèrera justifiée.

Il ne resta plus au préfet qu'a demander au maire de présenter les choses sous forme d'acquisition sans parler des travaux additionnels!

Le 31 du mois d'octobre le Préfet peut donc présenter le dossier au ministère de l'Intérieur. Le baron Thomas Louis Mercier quitte son poste en cette fin octobre, sans regrets, pour rejoindre la préfecture de la Manche. Il est remplacé par un préfet qui va enfin rester en place dans la durée : le baron Germain Joseph Boullé.

1837- fin du mandat

Début 1837 la commune de Plozévet demande un vicaire qui ne peut lui être attribué du fait de l'absence de budget, sauf à supprimer ailleurs un vicariat.

Le 10 mars 1837, le recteur Buzaré fait part au préfet Boullé d'un sujet qui lui tient à coeur, il s'agit d'une maison qu'avait construit un ex-desservant M Perrot. Il lui résume la situation et rappelle que la mairie avait promis un certain nombre de travaux. Il lui fait savoir que comme les murs n'ont pas été construits, les enfants de l'école lui piétinent son jardin. De plus il aurait été heureux que les travaux promis soient effectués avant la visite épiscopale de Monseigneur qui a lieu en mai. Pour l'instant nous sommes en mars 1837 et on attend toujours l'Ordonnance Royale qui entérinera l'achat de la maison Perrot. Enfin cette dernière arrive le 25 avril, signé par M de Montalivet, Ministre au département de l'Intérieur. le Préfet Boullé informe le maire, lui faisant savoir que la commune disposera d'une aide de 1000frs.

Le total des dépenses s'élèvera à
Objet Montant
acquisition 3000,00frs
travaux convenus 1621,67frs
travaux d'appropriation 1514,19frs
total 6135,86frs
secours à déduire 1000,00fs
reste à charge 5135,86frs

En juillet 1837 l'acte notarié est validé par le Préfet.

Le mandat de Jacques le Guellec, arrivait à échéance mais en septembre 1837 il ne lui est pas renouvelé par le Préfet Boullé. La même année, M Buzaré quitte Plozévet, remplacé par M. le Louët.

Jacques le Guellec ne comprend pas la décision du préfet. Si on ne sait pas si l'évêché est intervenu dans le choix fait par le Préfet, une chose est sûre, le clergé n'a surement pas fait des pieds et des mains pour conserver Jacques le Guellec à la mairie.

Le nouveau maire est nommé, il s'agit de Roland le Bail. Bien plus tard d'autres le Bail, Lucien son fils puis Georges fils de Lucien, occuperont la mairie trois-quarts de siècle  durant. Mais nous n'en sommes pas encore là. En attendant Roland le Bail prend la mairie, il ne sait pas encore ce qui l'attend et c'est préférable !



Yves le Faucheur