Yves le Goff

Lucien le Bail 2ème mandat(1876-1898)

Archives départementales du Finistère :3M426, 427 et 663

Le 8 octobre 1876 Lucien le Bail est donc élu maire de Plozévet par le conseil municipal par 13 voix contre 7.

Mairie de Plozévet le 2 janvier 1877
Monsieur le Préfet, J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre me faisant connaître ma réintégration dans les fonctions de maire de la commune de Plozévet. Le maire, L le Bail,

La France vit une grande instabilité politique dans ces années 1870, tiraillée entre les monarchistes (réactionnaires) et les républicains comme Lucien le Bail ainsi que des bonapartistes. Le 10 septembre 1877 il est révoqué par décret du Maréchal Mac Mahon(1). C'est, Christophe Bolzer, premier adjoint qui va faire office de maire. Le 28 décembre 1877 Henri Gourlaouen remet au préfet sa démission d'adjoint au maire de Plozévet. Christophe Bolzer lui démissionne le 31 décembre. Les démissions sont acceptées par le préfet dès le 4 janvier. De nouvelles élections étaient prévues en janvier 1878 pour un renouvellement général des conseillers municipaux.

Plozévet le 31 décembre 1877
Monsieur le Préfet
J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien accepter, à partir de ce jour, ma démission de 1er adjoint faisant les fonctions de Maire, ainsi que ma démission de conseiller municipal de la commune de Plozévet.
Le Maire, C Bolzer.

Mac Mahon avait été élu président par la majorité royaliste le 24 mai 1873, il tentera de restaurer la monarchie. En janvier 1875 les lois fondamentales établissenr la république .En 1876 les élections législatives donnent la majorité aux républicains.Il démissionnera le 30 janvier 1879.

le 6 janvier 1878 les électeurs sont convoqués pour élire les 23 conseillers municipaux. Il y a 784 inscrits. C'est François le Guellec de Kersuot qui obtient le meilleur score avec 580 voix.

Le 21 janvier le maire est élu par les conseillers municipaux. C'est Lucien le Bail qui l'emporte avec 21 voix sur 23. Pierre Keravec est élu 1er adjoint et Auguste le Guellec 2eme adjoint.

En octobre 1878 le sujet du cimetière revient sur le devant de la scène. Dans un courrier au préfet le maire lui décrit l'état dans lequel il se trouve : surface insuffisante, profondeur trop faible. Vu le nombre moyen de décès par an, 110, on ne peut pas attendre les délais raisonnables pour réutiliser une tombe. Le cimetière ne fait que 526 m2 plus 200 m2 pour les allées et la fontaine. Le maire préconise d'en changer l'emplacement. Cela restera un voeu pieux jusqu'au début du 20eme siècle.

En janvier 1881 les conseillers sont renouvelés. Lucien le Bail est réélu par le conseil municipal avec 19 voix sur 21. Pierre Kéravec et Auguste le Guellec sont respectivement 1 er et 2eme adjoint.

On verra par la suite que le clergé n'était pas neutre quand il s'agissait des élections. Il n'y avait pas d'un côté les républicains anticléricaux et sectaires et de l'autre un clergé victime de ce sectarisme. Dans le 'Courrier du Finistère' de janvier 1881 voici ce que disait Bonhomme Corentin dans un de ses articles parlant des religieuses que l'on chasse des hôpitaux, des crucifixs que l'on enlève ...:

Archives départementales du Finistère, 'le Courrier du Finistère' 8 janvier 1881

"Lisez l'article que le 'Courrier' publie sur les sacrilèges commis à Paris par la République et vous saurez désormais à quoi vous en tenir sur ce que la République vous réserve.
Dieu vous défend de voter pour les républicains. Ils sont excommuniés parce qu’ils approuvent tous les crimes commis contre lui.
Si vous êtes chrétiens, vous devez tous voter pour des chrétiens. Si vous ne remplissez pas ce devoir, vous attirerez sur vous les malédictions de tous les honnêtes gens et les châtiments de Dieu.
Bonhomme Corentin "

Une terrible épidémie va frapper Plozévet entre mai et octobre 1881. C'est à cette époque, en septembre, que le Conseil Général va voter un budget de 6000frs pour favoriser la protection de la population par la vaccine, pour lutter contre une épidémie de variole qui sévit durement dans le Finistère.

Le 20 octobre 1881 le conseil municipal statue sur les travaux à faire sur la fontaine de Kerfily et vote une somme de 25 francs pour couvrir les dépenses.

Le 9 octobre 1882 une lettre de Lucien le Bail au préfet laisse à penser que la tension entre le clergé de Plozévet et la mairie est bien présente.

Plozévet le 9 octobre 1882
Monsieur le Préfet
En réponse à une lettre de rappel qui m'est adressée à la date du 7 octobre courant de vos bureaux, j'ai l'honneur de vous informer que j'ai certifié, il y a trois semaines, la présence du desservant monsieur le Roux et du vicaire Mr Marrec dans la commune.
Quant au 3e qui est, il parait, un Mr Calvez, j'ai déclaré qu'il m'était inconnu, et que je ne pouvais constater sa présence attendu qu'il ne s'est jamais fait connaitre au maire de sa commune depuis son arrivée dans la localité.
Je crois donc, Mr le Préfet, différer tout certificat de présence à son endroit jusqu'à ce qu'il se soit fait connaitre officiellement au maire, au moins par une carte de visite, très disposé que je suis à lui éviter tout déplacement.
Ce n'est pas trop demander à ce Monsieur, que de se faire connaitre au chef de la municipalité, qui aura à certifier chaque trimestre dans la commune. (affaire de simple convenance)
Recevez ... Le maire de Plozévet, L. le Bail

La préfecture renvoie la réponse du maire à l'évêché qui répond :

Archives diocésaines série 1P Plozévet

le 24 octobre 1882
M le préfet,
Je suis étonné que Mr le Bail maire de Plozévet refuse un certificat de résidence à Mr l'abbé Calvez vicaire de cette paroisse sous le pretexte qu'il ne le connait pas.
Mr l'abbé Calvez n'a pas quitté Plozévet depuis qu'il y est arrivé. Il y exerce son ministère avec zèle. Mr le Bail peut en être témoin le dimanche mais tous les jours de la semaine.
Il me semble qu'il y a dans son refus un abus d'autorité. Je vous prie dès lors de délivrer à Mr Calvez le mandat du traitement qu'il lui est dû.

le 25 août 1883 Roland le Bail écrit au préfet et l'informe que suite aux élections du 12 et 19 août le conseil municipal est très divisé. Il donne sa démission :

Le conseil municipal de la commune se trouvant très divisé depuis les élections du 12 et 19 courant qui ont eu lieu dans les conditions de corruption que vous connaissez, je crois devoir renoncer, au moins temporairement et jusqu'au prochain renouvellement de ce conseil, à mes fonctions de maire de la commune de Plozévet.
J'ai en conséquence l'honneur de vous prier d'accepter ma démission de ces fonctions, et de croire Monsieur le Préfet, que vous pourrez compter à l'avenir comme par le passé sur mon concours le plus empressé toutes les fois où les circonstances le réclameront car je suis persuadé que cette absence momentanée de la Mairie de Plozévet aura pour effet de faire regretter à un grand nombre des habitants de la commune le moment d'égarement auquel plusieurs d'entre eux se sont laissés entrainer récemment.
note: Mon 1er adjoint qui m'est très attaché (*) et qui se trouve par les même motifs que moi dans la même situation par rapport au conseil municipal en ce moment très divisé doit prendre une même détermination.

* Effectivement Pierre Kéravec accompagnera fidèlement les le Bail, comme adjoint au maire, jusqu'au 21 novembre 1916 jour de son décès.

Le 26 août Pierre Kéravec, fidèle à son maire, donne sa démission au préfet.

Une note rajoutée sur la lettre de Lucien le Bail, par la Préfecture, indique qu'il a finalement repris ses fonctions.

le 10 octobre 1883 Lucien le Bail fait part au préfet de sa volonté de ne pas accepter un nouveau mandat, puis revient sur sa décision.

Plozévet le 12 octobre 1883
Mon cher Préfet
Après nouvelle réflexion, à la suite de l'entretien que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous, mercredi dernier 10 courant, relativement à la demande que j'avais présentée à l'effet d'être relevé de mes fonctions de maire de la commune de Plozévet, je crois devoir revenir sur cette détermination d'autant plus que peu de semaines nous séparent du renouvellement des municipalités et que, dans un mois environ, aura lieu l'achèvement de notre nouvelle maison d'école.
Je ne veux point clore ma lettre sans vous exprimer mes plus vifs remerciements pour la bienveillance particulière avec laquelle vous avez bien voulu accueillir ma demande de débit de tabac pour Mme veuve ???uby
La situation très digne d'intérêt de cette dame, son titre de parente d'un de mes meilleurs amis qui était son seul soutien depuis la mort de son mari sont autant de raisons qui augmentent ma satisfaction dans la circonstance.
Recevez donc mes meilleurs remerciements et croyez, mon cher Préfet, à la nouvelle assurance de mon plus constant dévouement.
L le Bail

En 1884 Lucien le Bail suite au renouvellement du conseil municipal est réélu par 20 voix sur 21.

Lors du conseil municipal de mai 1885, Lucien le Bail fait remarquer "que la maison d'école des filles se trouve dans un état de délabrement complet et propose de voter une somme de 300 frs et de demander un secours pour parvenir à effectuer les réparations urgentes. Le conseil regrette que l'état des finances de la commune ne lui permet de voter la somme proposée...". Il faut dire qu'un devis avait estimé le montant des travaux à au minimum 1400 frs. Lors du conseil municipal il est proposé d'allouer sur le reliquant du montat affecté à l'école des garçons une somme de 400 frs. Le conseil demande une aide du département. Il serait aussi nécessaire de relever la fontaine du fait de la proximité du lavoir qui s'y déverse parfois.

En août 1886 ilest question de créer un pensionnat pour l'école des garçons du fait de l'éloignement de certains villages, sachant que l'école est déjà pourvue d'un dortoir.

Dans les élection suivantes Lucien le Bail voit son mandat renouvelé.

En mars 1887 l'Inspecteur d'Académie remonte l'information que l'èécole de soeurs a besoin d'urgence de travaux de réparation.

Archives départementales 2O 1473

Monsieur L'Inspecteur d'Académie
L'école des filles de Plozévet a besoin de réparations, le plancher des classes est en très mauvais état : des accidents sont à craindre.Les portes et fenêtres ont également besoin de réparations. Le toit a été réparé depuis peu, mais les ardoises ne peuvent tenir, le plancher étant pourri.Le cuisine a besoin d'être crépie.
Mr le Maire voudrait fire toutes les réparations nécessaires; mais une partie du conseil municipal y paraîtrait opposé. Pour vaincre cette opposition , il désirerait une lettre de Mr le préfetl'invitant à soumettre cette question au conseil municipal.
Veuillez, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, prier Mr le préfet d'écrire en ce sens à M le Maire de Plozévet.
... L'inspecteur primaire

Lors de la délibération du 22 mai 1887 le Maire met en avant une lettre du Préfet demandant, suite à une tournée de l'inspecteur d'Académie, à délibérer sur l'urgence des réparations à effectuer sur l'école des filles. A cet effet un devis à été demandé à l'entreprise Gorgeu de Pont-Coix qui s'élève à 2800 frs. Le conseil reconnait la nécessité et l'urgence de ces réparations mais attendu le peu de ressources de la commune qui la mettrait dans l'obligation de faire un emprunt ... fait appel à l'intervention du département ...

En juillet de la même année le préfet se fait plus directif et demande à la commune de voter un emprunt de 2800frs remboursable au moyen d'une imposition extraordinaire de deux centimes pendant trente ans; cette somme est destinée à solder les travaux de réparation de la maison d'école des filles de la commune.

Le conseil décide de reporter la décision à une époque de l'année plus favorable et considère que le toit ayant été récemment réparé, la maison d'école pourra encore passer un hiver.

En février 1888 le conseil propose de reporter la décision au mois de mai car ils ne sont pas au complet.

En mai 1888 Lucien le Bail est réelu maire. Lors de la délibération du conseil, le maire remet sur la table l'emprunt à effectuer pour réparer la maison d'école des filles. Le conseil vote à l'unanimité les centimes additionnels nécessaires mais demande l'aide de l'administration supérieure pour parer aux travaux non prévus dans le devis.

Un bureau de charité sera également créé lors de la délibération d'Août 1888.

Le 12 juin 1890 un nouveau recteur arrive à Plozévet, il s'agit de Ollivier-Dominique Henry.

Lucien le Bail démissionne de sa charge de notaire et est remplacé à ce poste, par décret du Président de la République en date du 5 juillet 1890, par Marie-Henri-Paul Manière (remplacé en octobre 1896 par Jean Guillaume le Nir).

Les relations avec le clergé sont tendues, temoin cette lettre du Maire à l'évêché

Archives diocésaines série 1P Plozévet

Plozévet le 3 février 1892
Monseigneur
Maire de la commune de Plozévet depuis 20 ans passés, de cette commune où mon vénéré père remplissait ces mêmes fonctions il y a plus de un demi-siècle, je me suis constamment appliqué à entretenir les rapports les plus corrects avec les nombreux desservants qui s’y sont trouvés, persuadé qu’une bonne entente entre les autorités ne peut que produire un bon d’effet sur les habitants.
Toutefois, je n’ai pas toujours réussi à obtenir de la part de quelques-uns de nos vicaires ce résultat désiré. En effet, il y a quelques années (M. Gragnon était alors préfet du Finistère) je me vis dans la nécessité de refuser à M. Le Calvez, encore vicaire à ce moment chez nous, le certificat de résidence réglementaire pour se faire payer de son trimestre, par ce motif qu’arrivé depuis déjà neuf mois dans la commune il ne m’avait pas fait visite à l’effet de se faire connaître et affectait au contraire même en public de ne pas me donner ou rendre le salut.
M. Le préfet ne m’ayant pas désapprouvé, M. Calvez se résigna à se faire connaître du maire. Je croyais le fait oublié, mais il n’en est rien paraît-il, le même vicaire est toujours la bête noire que le vicaire combat dans l’ombre.
Ainsi il y a quelques semaines un dimanche, M. Calvez prêcha sur la Foi s’exclamant sur un ton qu’il essayait de rendre ironique : "vous avez ici dans cette commune un petit monsieur, pauvre hère, qui a pour suivants trois ou quatre petits laquais ; ce ne sont pas ceux-la qui vous l’enseigneront sans doute car ils n’en ont pas." Ceux présents comprirent l’allusion car le recteur et son vicaire détournèrent la tête. Ils sentirent, je le suppose, les paroles trop brutales. On visait parait-il Maire et instituteurs.
Dernièrement encore, on entendait dire dans un sermon : « ah, la France n'est pas dans une situation à faire envie ; après l’Italie, c’est la nation la plus obérée ; elle a un passif de 33 milliards dont 20 milliards proviennent du gouvernement de la République.
Je n’étais pas au prône à ce moment mais la critique tombant du haut de la chaire fit sur les auditeurs une impression fâcheuse au point que plusieurs vinrent me demander plus tard si le chiffre était réel.
Enfin, en ce moment on distribue de la part du vicaire un petit écrit imprimé tournant en ridicule un de nos députés du Finistère, M. Cosmao-Dumenez(1) à-propos de l’incident survenu à la chambre, entre celui–ci et Paul de Cassagnac, à propos d’une interruption faite par le député du Finistère, alors que M. De Cassagnac parlait à la tribune. L’écrit n’est pas méchant, je dois le constater et n’empêchera pas de M. Cosmao de retourner se rafraîchir à la buvette ou y ??user comme le cœur lui en dira, mais le fait d’en faire répandre le commentaire écrit dans la foule, ne constitue pas chez son auteur un acte de charité bien entendu.(2)
Dans toute autre circonstance, Monseigneur je me serais peu préoccupé de ces intempérances de langage dont je laisse l’appréciation à votre sage esprit, mais comme elle paraissent dictées par un sentiment politique visant les prochaines élections et ayant pour but de détourner les esprits de cette voie d’apaisement, dans laquelle les autorités les plus éminentes depuis Paris jusqu’à Rome nous convient à entrer (3), j’ai cru de mon devoir, comme maire, de porter les faits à votre connaissance, prévoyant que Mr Calvez ne s’arrêtera pas sur cette pente quand approcheront les élections. Vous jugerez en conséquence, Monseigneur, si dans la circonstance, le séjour plus prolongé de Mr Calvez dans cette commune ne pourrait avoir pour résultat de faire durer, en l’aggravant, je le crains, un état de choses regrettable à tous les points de vue.

Veuillez me pardonner cette trop longue lettre, Monseigneur, et croire à l’assurance de mes sentiments les plus respectueux.
Le maire de Plozévet
L le Bail

(1)Selim-Marie Cosmao-Dumenez était républicain, député du Finistère de 1889 à 1902.
Paul de Cassagnac, anti-républicain, était lui du camp adverse, impérialiste (bonapartiste) il soutiendra néanmoins le comte de Paris
(2) Il s'agit d'un échange à la Chambre où M de Cassagnac a vertement répondu à Mr Cosmao. On en retrouve la trace dans un article du 'Courrier du Finistère' en date du 12 décembre 1891 intitulé "Cosmao à la buvette!". Suivait le texte d'une chansonnette en breton sur le sujet. La réponse de de Cassagnac était : « Je suis interrompu violemment par un collègue qui ferait bien mieux de venir me répondre ici, car je ne le connais pas, ne l'ayant jamais vu à la tribune et ne l'ayant jamais rencontré qu'à la buvette. »
(3) Lucien le Bail fait ici allusion à la position du Pape Léon XIII qui prône un ralliement des catholiques français (sans forcément adhérer aux idées) à la IIIème République, ce qui ne plaira pas aux monarchistes !

Dans une toute aussi longue lettre le recteur Henry va répondre à l'évêché.

Archives diocésaines série 1P Plozévet

Plozévet le 8 février 1892
Monseigneur
Je viens répondre à la lettre que Mr le Bail maire de Plozévet a écrite à votre Grandeur contre le clergé de cette paroisse.
D'abord, Mr le Bail reproche à Mr Calvez, vicaire, d'avoir, dans une instruction sur la foi, dit cette phrase : vous avez ici, dans cette commune, etc.... Cette accusation est absolument fausse; je nie que Mr Calvez ait prononcé cette phrase ; Mr Bouzélac, mon vicaire, et moi étions présents, quand Mr Calvez a prèché sur la foi, il y a de cela un mois et demi ou deux mois; aucun de nous deux ne se rappelle avoir entendu ces mots. Mr calvez a du dire que pour apprendre les vérités à croire, il ne faut pas s'adresser à des gens qui n'ont ni foi ni religion; malheureusement Mr le Bail et les instituteurs ne sont pas les seuls personnage, même à Plozévet qui n'ont ni foi ni religion ; les paroles de Mr Calvez s'adressaient donc à d'autres, aussi bien qu'à ces messieurs
Quant aux mots : Pauvre hère, petits laquais, ils n'ont pas été prononcés par Mr Calvez; et Mr Bouzélac et moi nous n'eûmes pas occasion de détourner la tête en écoutant les paroles Brutales de Mr Calvez.
En second lieu, Mr le Bail dit : Dernièrement on entendait dire dans un sermon :(cet on Monseigneur c'est moi ) Ah! la France .... etc.... je prêchais sur les perfections de Dieu, et en particulier sur la Justice Divine. Je disais dans mon instruction que Dieu ne punit pas toujours les particuliers en ce monde-ci; mais quant aux peuples et aux Royaumes ils sont punis comme tels dès ici bas, quand ils s'éloignent de Dieu : je citai comme exemples, le peuple juif et quelques autres peuples.
J'ajoutai : "prenons garde que la main de Dieu ne s'appesantisse aussi sur notre pays, si nous venons à l'oublier; Dieu a entre les mains plusieurs fléaux ; ceux d'entre vous, mes frères, qui savent lire et qui lisent des journaux, ont pu voir que le Gouvernement lui-même a avoué officiellement ces jours derniers que la France est grevée de 32 milliards de dettes". Je n'ajoutai pas autre chose ; s'il y a faute Monseigneur, d'avoir prononcé cette phrase je vous en demande humblement pardon, parce que je ne voudrais point susciter des tracas et des embarras à l'administration diocésaine.
En troisième lieu, Mr le Bail accuse Mr Calvez de distribuer un petit imprimé, dans la paroisse, contre Mr Cosmao. Ici encore s'il y a a un coupable c'est moi, Monseigneur. Je venais de recevoir, de la part de l'administration du Courrier du Finistère, un certain nombre d'exemplaires d'une cantate contre le député Cosmao ; j'en donnai une partie au sacristain, en lui disant d'en faire l'usage que bon lui semblerait. Il parait qu'il en a distribué quelques exemplaires. Quant à Mr Calvez il est innocent dans cette affaire.
J'espère que Votre Grandeur n'ira pas déplacer Mr Calvez pour des paroles et des actes dont il n'est pas coupable. Je sais que Mr le Bail en veut à Mr Calvez depuis longtemps et il a peut-être pensé que nous ne travaillons contre lui, aux élections prochaines. Mais Mr le Bail peut être sans inquiètude sous ce rapport ; nous resterons calmes et tranquilles.
Si les explications que je viens de vous donner, Monseigneur, ne suffisent pas, je suis prêt à aller jusqu'à Quimper, sur le moindre désir de votre grandeur.
J'ai l'honneur d'être
De votre Grandeur
Le très humble et bien respectueux serviteur
Henry recteur de Plozévet

* Journal anti-républicain et catholique

Les élections dont fait part Lucien le Bail sont celles d'avril. Lucien le Bail n'avait pas de craintes à avoir ! Le temps passe mais il semble que la lutte entre républicains et réactionnaires bat son plein, en effet Lucien le Bail demande une protection pour le maintien de l'ordre lors des élections de 1892 :

Plozévet le 25 avril 1892
Monsieur le Préfet,
Prévoyant une lutte très animée pour la journée du 1er mai à l'occasion de l'élection municipale, j'ai l'honneur de vous prier de me donner pour ce jour 2 gendarmes de la brigade de Plogastel-St-Germain.
Il se prépare une forte lutte pour ce jour. Les adversaires ayant reçu en vue de cette élection des conseils en conséquence.
Recevez Monsieur le Préfet, l'assurance de mes meilleurs sentiments de dévouement.
Le maire de Plozévet, L. le Bail

La préfecture prend au sérieux la demande du maire et répond en confirmant la présence de deux gendarmes à Plozévet.

La commune est divisée entre les Républicains, dont la liste de Lucien le Bail, et les réactionnaires comme Paul Manière ou Yves le Goff. Les réactionnaires de manière générale sont favorables au clergé et parfois monarchistes. Deux listes vont donc s'opposer ce 9 avril 1892, il y a alors 777 votants. Lucien le Bail est élu par 22 voix sur 22 ! Les conseillers municipaux élus étant de son camp. Pierre Kéravec et Jean le Guellec seront ses adjoints.

Aux élections de 1896 le conseil municipal est tout acquis à Lucien le bail qui est élu par 21 voix sur 22.

En date du 6 août 1896 Mr Grall est nommé vicaire à Plozévet.

Le 13 janvier 1898 Lucien le Bail perd son épouse, Marie Laplace, qui décède à l'âge de 66 ans.

Le 19 novembre 1898 Lucien le Bail décède, l'intérim est assuré par Pierre Kéravec. En décembre 1898 Georges le Bail est élu conseiller municipal pour remplacer un des membres du conseil décédé en 1896. Il est, dans la foulée, le 26 décembre, élu maire de Plozévet sans discussion.

Dans un aricle du numéro du 13 juillet 1901 du 'Courrier du Finistère' qui évoque la façon de faire de Georges le Bail pour se faire élire, nous trouvons quelques éléments sur Lucien :

' ... Nous ne croyons pas nous tromper en disant que M le Bail [Georges] n'aime pas plus les religieux que le chapelet. Nous avons vu jadis un paysan distingué - nous maintenons le mot - de Plozévet qui nous disait :"j'estime beaucoup M le Bail ; son père était un brave homme de notaire qui buvait la goutte avec les paysans et l' apéritif de grand prix avec les bourgeois - ce qui lui avait donné un nez unique dans les annales de l'alcoolisme - puis M le Bail fils fait honneur à la paroisse par sa notoriété d'avocat. Mais je ne vote pas pour lui parce qu'il n'est pas religieux et pour moi la religion passe avant tout. J'ai été à l'école communale avec M. Georges. Déjà à cette époque, quand il était à l'église, il faisait comme il fait à présent : il passait son temps à se ronger les ongles avec ses dents."

Inutile de présiser que le 'Courrier du Finistère' est un journal clérical , pour le moins, peu favorable aux le Bail.



Yves le Goff