Remèdes contre l'épidémie de dysenterie à Landeleau en 1798

Archives départementales de Quimper 10 L 161

Fin 1798, une épidémie de dysenterie s'est propagée autour de Chateauneuf et principalement à Landeleau, vers la même époque une autre a sévi sur la presqu'ile de Crozon.
Ces épidémies se déclarant un médecin et un officier de santé seront envoyés sur place. Ci-dessous 6 lettres faisant état de la situation et des remèdes apportés.
À l'époque on utilisait pour soigner la dysenterie des vomitifs, des laxatifs ainsi que les sangsues et les ventouses. On sait aujourd'hui que l'intérêt d'utiliser des sangsues réside dans la composition de sa salive qui contient entre autres des ... antibiotiques (voir hirudothérapie), mais on pouvait aussi transmettre bactéries, virus qui auraient infecté ces sangsues, surtout si on les utilise pour plusieurs patients.
Les quatre premières lettres concernent l'épidémie de Landeleau, la cinquième, émanant du Dr Belcour, concerne l'épidémie qui sévit sur la presqu'ile de Crozon. La sixième, concerne une épidémie sévissant du côté de Morlaix, fin 1798.
En fin de page j'ai ajouté un lexique des termes utilisés, dont des plantes médicinales parfois encore d'actualité !
Les documents originaux des Archives Départementales n'ont pas été faciles à déchiffrer.
Il est à signaler qu'il existe aux Archives une copie d'une des lettres du docteur Belcour qui elle-même possède des blancs, le copiste n'ayant pas su tout lire !!

Épidémie autour de Chateauneuf du Faou

1- Lettre de J: Maisonneuve (du 29 fructidor an 6 ou 15 septembre 1798 - ref : 105)

Chateauneuf le 29 fructidor an 6 de la République

Le commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale du canton de Chateauneuf.

Par ma lettre du 21 courant je vous ai parlé d'une maladie qui venait de se manifester dans la commune de Landeleau. Cette maladie s'étend sur tous les points de ce canton, elle a déjà fait de très grands ravage dans la commune de Landeleau où des ménages presqu'entiers ont péri. J'ai demandé au Citoyen Denoisy, le seul officier de santé que nous ayons dans le canton ce qu'il pensait de cette maladie et s'il la croyait contagieuse.

Il m'a répondu que c'était une dysenterie avec caractère de putridité et qu'elle était très contagieuse.

L'administration municipale, de l'avis du Citoyen Denoisy, vient d'ordonner des fumigations avec des genêts et autres plantes semblables répétées soir et matin. S'il est d'autres mesures de police à employer veuillez bien me le marquer s'il vous plait.

signé : j: Maisonneuve

2- lettre de l'officier de santé Denoisy- ref : 106

Chateuneuf le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798)

Citoyens administrateurs,

La lettre que vous m'avez adressée du 23 du courant ne m'est parvenue que le 29 au soir.

Vous me demandez mon opinion sur la maladie qui règne sur la commune de Landeleau.

J'ai l'honneur de vous observer que n'ayant vu aucun malade sur cette commune, je puis vous en donner qu'un aperçu fondé sur la relation de plusieurs personnes ; je n'ai même pas su qu'il y ai eu aucun officier de santé appelé.

Il me parait que cette maladie est une dysenterie épidémique portant un caractère de malignité, du moins j'en juge par la quantité de morts qu'on inhumme journellement. Depuis son invasion dans Landeleau elle s'est propagée sur une des sections de notre commune où il est mort plusieurs personnes.

Je viens d'inviter notre administration de recommander aux habitants de notre cité de faire faire des feux sur les différentes places et carrefours.

Cette précaution me réussit en 1779 pour la commune de Leuhan où je fus envoyé par ordre du gouvernement pour pareille maladie.

Salut et fraternité

Denoisy, officier de santé

3- Lettre du citoyen Belcour médecin en charge des épidémies( ref: 90)

Citoyens administrateurs,

Conformément à votre arrêté du 2 des complémentaires an 6 [18 septembre 1798] de la République française je me suis rendu à Châteauneuf pour reconnaître l'épidémie que vous avaient annoncé les citoyens Maisonneuve et Denoisy.

Nous avons, ce dernier et moi, visité ensemble les communes du Moustoir et de Saint Goazec ci-devant succursale de Châteauneuf et la commune de Landeleau. L'état des morts dans ces communes porte à 20 dans Landeleau, 10 à 12 à St Goazec, 8 en celle du Moustoir, tous morts de la dysenterie. Depuis qu'elle s'est manifesté dans ces communes il reste encore d'après nos recherches 40 malades au Moustoir beaucoup plus à Landeleau mais ce qui est fait pour caractériser d'une manière frappante cette épidémie c'est la contagion qui exerce sa fureur dans le village de Kermorvant en St Goazec où elle a frappé de contagion 40 victimes dont il était déjà mort huit adultes et les autres étaient mourant au moment de notre visite. Le caractère de cette épidémie est une dysenterie essentielle. C'est à dire qui fait maladie par elle-même et n'est pas, comme il lui est arrivé en 1779, symptôme de la fièvre maligne. Nous avons appris de l'agent de Landeleau voisin de Collorec trève de Plonevez le Faou que la maladie y faisait encore plus de ravages que dans les autres communes. Cette épidémie existe aussi dans Spezet et Leuhan. Ces communes sont voisines et peuvent être visitées et secourues par le même officier de santé en établissant le chef-lieu de dépôt des secours à Châteauneuf sous la direction du citoyen Denoisy officier de santé de cette commune.

Citoyens administrateurs, le traitement de cette maladie est bien simple et exige conséquemment peu de frais en médicaments. Vous exigerez peut-être que j'indique les causes qui ont donné lieu à cette épidémie les voici : l'eau et l'air. L'eau chargée d'une certaine quantité d'efflorescence d'antimoine dont notre province abonde devient extraordinairement irritante.

L'air très chaud et sec qui a régné pendant plusieurs mois consécutifs a épuisé en nous l'humide radical par des sueurs abondantes et soutenues même avant la récolte et à plus forte raison après ces travaux. À la suite de cette trop grande déperdition d'humeur perspiratoire perpiration : ensemble des échanges respiratoires , l'humeur, qui doit dans l'état de santé lubrifier nos intestins, s'est trouvée en trop petites quantités et trop épaissie, de là les engorgements inflammatoires des intestins. De ces engorgements la rupture des vaisseaux sanguins de ces parties. De cette rupture les déjections sanguinolantes. Vous ajouterez à ceci la cause déterminante qui a été une trop grande abondance de noisettes que l'on a récolté et dévoré avec la plus grande gourmandise dans les communes ci-dessus citées. L'huile que ce fruit contient en abondance se rancit à la moindre chaleur, celle du ventricule et des intestins a suffi pour lui donner toute la causticité dont elle est susceptible. Voila citoyens à mon avis les causes de cette épidémie.

Voici les moyens de la faire cesser. C'est :

1° d'empêcher la communication intime entre les malades et les personnes qui se portent bien
les séparer de lit, les malades et les personnes saines ne boiront pas dans les mêmes vases.
Ces derniers ne mangeront point les restes d'aliments qui auront été servis aux malades.
Qu'ils donnent de l'air à leurs maisons, à leurs lits qu'ils tiennent clos sur les malades.
Qu'ils ne rendent pas leurs excréments dans un trou au milieu de la maison comme nous l'avons vu faire, mais que l'on porte dehors les excréments des malades à chaque fois qu'ils auront été à la selle, qu'on porte les excréments loin de la maison, qu'on les enterre profondément au lieu de les jeter sur le fumier à l'entrée de la maison.
Qu'on arrose cette maison deux ou trois fois chaque jour avec une écuellée d'eau dans laquelle on aura mis un demi verre de bon vinaigre
on recommandra aussi la plus grande propreté. Changer le plus souvent possible de linges aux malades; cela est nécessaire aux malades et très avantageux pour ceux qui les soignent.
Encourager les malades en les avertissant que cette maladie si meurtrière cède facilement aux remèdes.

En faisant faire défense aux distributeurs de vin et d'eau de vie d'en délivrer pour les malades sans un billet de l'officier de santé chargé du traitement des malades. Ceci nous a réussi à faire cesser promptement l'épidémie dysentrique de 1779.

Traitement des malades.

D'abord les faire vomir en leur donnant de 18 à 24 grains d' ipécaquana sous-arbrisseau d'Amérique du Sud, possède des propriétés vomitives
, observant de ne pas faire vomir avec l'ipeca après le troisième jour. On aidera l'effet du vomitif par quelques tasses d'une infusion de camomille que l'on fera en faisant verser une chopine une pinte vaut un peu moins d'un litre, une chopine vaut une demie pinte d'eau bouillante sur quatre ou six têtes de camomille et le soir de ce vomitif, si le malade a été beaucoup travaillé, on lui donnera un gros de diascordium à base de scordium, peut remplacer le thériaque, contient de l'opium délayé dans un peu d'eau et de vin rouge, il suffira que l'eau soit rougie.

Le lendemain du vomitif 36 ou 40 grains de rhubarbe en poudre.

La boisson ordinaire sera une eau de riz dans laquelle on aura fait bouillir une once de racine de patience sauvage par pinte une pinte vaut un peu moins d'un litre, une chopine vaut une demie pinte avec un grain de tartre stubié, autrement d[it] émétique qui agit alors comme fondant de cette humeur épaissie des intestins et d'une bile érugineuse qui joue un très grand rôle dans cette maladie.

Des lavements, 2 par jour avec les plantes émolientes et même les substances grasses, mucilagineuses comme une forte décoction de racine de grande consoude et faire fondre dans chaque lavement 2 ou 3 gros de cristal minéral.

Lorsque les tranchées seront très vives et même insoutenables comme cela arrive très fréquemment on donnera de 30 à 40 gouttes de laudanum, liquide autrement dit gouttes anodines de Sydenham, dans une demie once de sirop d'althéa et 3 ou 4 cuillerées d'eau froide, mais il faut observer de ne donner ce remède qu'après plusieurs jours de la maladie car le donner le 1er ou 2e jour ce serait la rendre inguerissable.

Lorsque tout aura été ainsi bien conduit on donnera alors sur la fin de la maladie un doux laxatif et c'est quelque fois le seul spécifique parce qu'il titille doucement la fibre.

On purgera donc avec l'infusion d'un gros de rhubarbe, d'un gros de mirobolans et d'un gros de quinquina en grumeaux, on y fera fondre 2 onces de manne pour une dose.

Dans le cas où la dysenterie serait opiniâtre on aura recours aux mucilagineux qui vernissent les intestins depuis le haut jusqu'au bas et les met à l'abri de cette matière érugineuse. On fera donc fondre 2 gros de gomme arabique dans 6 onces d'eau de scorsonère plante contre les obstructions des viscères du bas ventre ou de grande consoude pour une dose que l'on pourra répéter plus d'une fois.

Nota : lorsque l'on aura à traiter des femmes délicates on les fera vomir avec l'huile d'amande douce dans l'eau tiède. Leur tisane sera une infusion légère de fleur de coquelicot avec une once de sirop d'althéa par pinte. C'est même à mon avis la meilleure tisane , on donnera aussi avec succès le petit lait, l'eau de poulet en y faisant fondre un gros de cristal minéral par pinte.

Lorsqu'il y aura complication avec la fièvre vermineuse, on fera la tisane avec la racine de fougère mâle et l'alleluya avec demi once de sirop d'althéa par pinte. On donnera aussi la potion huileuse avec les poudres vermifuges comme ci-dessous.

Prenez :

  • huile d'amandes douces une once
  • sirop de vinaigre aussi une once
  • semen contra en poudre, thériaque de chaque un gros

délayé le tout avec tisane vermifuge ci-dessus citée, dose un bon verre

On donne de cette potion 3 cuillerées à bouche d'heure en heure.

Je finis en avertissant de ne point faire usage des astringents, ils sont ici perfides et quelques fois donnent un resserement si fort des intestins qu'on ne saurait y introduire de lavements. C'est ce qui m'est arrivé lors même que dans des cas desespérés je me suis cru autorisé à en faire usage.

délibéré à Quimper ce 5 vendémiaire an 7 [26 septembre 1798]de la République

signé Larbre de lepine Belcour Docteur (?), chargé des épidémies par l'administration centrale du Finistère.

Note: j'observe encore qu'il faudrait recommander d'enterrer très profondément les morts car on ne fait que les couvrir d'un peu de terre.

Selon une lettre du 1er décembre 1798 ( 11 frimaire an7) l'épidémie avait cessée.
Du 15 septembre 1798, lettre de J Maisonneuve à l'administration centrale du Finistère il a demandé à l'officier de santé son avis ; dissentrie avec caractère de putridité et très contagieuse. Selon l'avis de Denoisy des fumigations avec des genêts et autres plantes semblables ont été répètées soir et matin.

4- Ordonnancé le 19 Nivose an 7e (7 janvier 1799 - Denoisy officier de santé; ref : 82)

Citoyens administrateurs,

Conformément à votre lettre du 7 vendémiaire dernier (28 septembre 1798), que je n'ai reçue que le 14, je me suis transporté le lendemain sur la commune de Landeleau où il paraissait que la dysenterie faisait plus de ravages, elle n'a pas été moins meurtrière sur les communes de Châteauneuf, Saint-Goazec, le Guilliou, le canton de Plonévez où elle s'est propagée n'a point été à l'abri de sa contagion.

Voici, citoyens, mes observations sur le caractère de cette maladie et les moyens dont je me suis servi pour la combattre. Le caractère de cette épidémie est réellement une dysenterie essentielle telle que vous l'a annoncé le citoyen Bellecour dans le rapport qu'il vous a fait le 5 vendémiaire an 7.

Les symptômes caractéristiques de cette maladie étaient dès son invasion des douleurs de ventre des envies de vomir, une prostration de force ou faiblesse, des déjections grasses et écumeuses (?) quelques fois striées de sang, le pouls faible et un dégout absolu pour toute espèce d'aliment, à tout cela joint une insomnie(?) continuelle. Telles sont en général les symptômes que j'ai observés, en ajoutant des déjections des voies par haut et par bas chez plusieurs sujets.

Traitements,

Dès que j'étais auprès d'un malade que je trouvais à jeun du moins d'aliments solides, je lui faisais prendre de 20 à 24 grains d' ipécaquana sous-arbrisseau d'Amérique du Sud, possède des propriétés vomitives. pulvérisés dans un verre d'eau tiède, ce qui faisait vomir plus ou moins de matière glaireuse et bilieuses, j'en soutenais l'effet par quelques verres d'une infusion de camomille, je leur laissais 8 grains d'ipécaquana pour prendre le lendemain comme dessus.

Leurs tisanes étaient composées d'orge ou d'avoine à laquelle j'ajoutais deux gros de crème de tartre bitrartate de potassium. Sous-produit de la fabrication du vin : fabriqué à partir des sédiments laissés sur les fûts après la vinification. que je faisais bien bouillir pour en saturer l'eau. Dans les parages où je pouvais trouver de la racine de grande consoude plante herbacée vivace, plante médicinale riche en calcium, potassium, phosphore, fer et silice je leur en faisais des tisanes. Le lendemain de la deuxième dose d'ipéca je leur donnais de vingt-cinq à trente grammes de rhubarbe en poudre c'est un laxatif , le soir un gros de diascordium à base de scordium, peut remplacer le thériaque, contient de l'opium . je mettais en usage des lavements émolients composés de mauve et de grains de lin mauve : traitement de la constipation et colite spasmodique
graines de lin : laxatif
dont j'étais amplement pourvu auxquels j'ajoutais du lait et quelquefois je le tranchais (?) pour y ajouter 2 gros cristal minéral cela suivant le plus ou le moins d'irritation que je trouvais au ventre.

Dans les douleurs atroces une potion composée de sirop d'althéa et de 25 à 30 gouttes anodines de Sydenham Sydenham, médecin anglais 1629-1689 dans 4 cuillérées d'eau froide.

Dans le cours de cette maladie j'ai observé chez plusieurs sujets des fièvres vermineuses auxquels je faisais prendre de la tisane de racines de fougères mâles et l'alleluia, avec le sirop d'althéa, une potion huileuse d'huile d'amandes douces, sirop de vinaigre, de chaque un gros, thériaque voir lexique aussi un gros, le tout délayé avec la tisane vermifuge ci-dessus un bon verre, à prendre trois cuillérées à bouche d'heure en heure.

Lorsque les accidents graves à vomir disparu et que je trouvais mes malades dans un état de convalescence je leur donnais un doux laxatif composé d'une infusion d'un gros de rhubarbe, un gros de mirobolan citrin et 2 onces de manne voir lexique pour une dose, d'après quoi les malades se trouvaient dans un état de convalescence bien établi. J'ai suivi le plan tracé par le citoyen Bellecour autant qu'il m'a été possible et je ne m'en suis écarté que dans des circonstances qu'il ne pouvait prévoir.

J'ai eu bien de la peine à détourner les malades de l'usage immodéré qu'ils faisaient du vin, de la liqueur et de l'eau de vie et je suis bien convaincu que s'ils s'étaient abstenus il serait mort beaucoup moins de personnes dans les conséquences (?) de cette maladie. De tous ceux que j'ai soigné il n'en est mort que quatre.

Tels sont, citoyens administrateurs, les moyens que j'ai employé pour combattre la contagion qui a infesté notre canton ainsi que celui de Plonevez le Faou et j'ai la satisfaction de croire que j'y ai fait le bien. Il ne reste que très peu de malades, encore sont-ils en convalescence. C'est pourquoi j'ai terminé ma mission.

Chateuneuf, le 22 brumaire an 7 (12 novembre 1798)de la République française.

Denoisy officier de santé

Lien vers la lettre originale ci-dessus.

Épidémie sur la presqu'ile de Crozon

5- Lettre du docteur Belcour concernant une épidémie sévissant à Argol, St Nic, Telgruc - ref : 108

Aux citoyens administrateurs du Finistère

Citoyens,

L’épidémie que vous m'avez envoyé reconnaître dans les communes d’Argol, St Nic et Telgruc est une fièvre maligne absolument la même qui nous fut apportée en 57 par l’escadre du commandant Bois de la Motte qui s’est remontré en 68, en 72 et 79 et que j’ai occasion de traiter journellement car depuis ce temps elle n'a pas quitté nos parages, cette épidémie est donc la fièvre maligne premier degré de la fièvre pestilentielle qui est aussi le premier degré de la peste.

Ce qu'il y a de consolant pour l'humanité c'est que ce cours d'épidémie actuel n'est pas la suite des émanations malfaisantes du sol que ces infortunés habitent ni celles des intempéries de l'atmosphère, c'est par contagion, c’est un jeune volontaire que l'on a été prendre à Brest qui a donné la maladie à 7 personnes dans son village et de ces 8 malades il est aujourd'hui le seul existant.

Je reviens Citoyens à ce que je vous ai annoncé de consolant dans cette épidémie et j'y ajoute qu'il y a fort peu de nouveaux malades dans ce moment, qu'il y en a de guéris, beaucoup en convalescence, et que nous devons beaucoup au vent d'est nordet qui purge l'air dans cette contrée depuis 15 jours ou trois semaines, qu'il a presque continuellement régné, c'est un excellent antiputride et le meilleur qu'on pouvait opposer à cette cruelle maladie. Je dois aussi faire rendre grâce à la citoyenne Desnos domiciliée de st Nic qui a fait prendre à ces infortunés malades des boissons acidulés qu'elle préparait avec du sirop de tamarin et plus encore aux bons conseils et aux consolations qu'elle portait dans l'âme des malades qu'elle visitait sans cesse.

J'ai rendu son zèle plus fructueux en lui donnant à connaitre quelques moyens curatifs. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'y envoyer un officier de santé. Le citoyen Desnos domicilié de st Nic nous avertira si la maladie reprend et alors on pourra envoyer un officier de santé et le traitement de cette maladie que je donnerai à la suite de sa description ci-après.

Invasion de cette maladie

Symptômes de l'épidémie qui a ravagé les communes d'Argol, St Nic et Telgruc s'annonce par des lassitudes dans les membres, que ces malades désignent par "Drouc Yzili" cette lassitude accompagnée d'anéantissement, de prostration de forces dure 3 ou 4 jours pendant ce temps les malades vont et viennent avec la plus grande paresse, aiment le lit, ne veulent rien faire, sont tristes mélancoliques, puis le 4e jour le mal de tête, les envies de vomir ou les douleurs dans le ventre se font sentir avec violence. Le pouls alors est dans l'état naturel, les fonctions se font comme dans l'état de santé, les déjections sont louables accompagnées d'une sorte d'appétit. Les malades digèrent assez bien, la langue est nette, les yeux seulement ont quelque chose de triste sans être égarés, les malades disent "je ne puis travailler, je suis anéanti, j'ai une espèce de courbature, mais il faut remarquer ici que dans la courbature il y a fièvre, voilà le symptôme qui différencie ces deux maladies. Or cet état dure quelques fois 7, 8 jours pendant ce temps les malades ont une fausse faim, ???ont une mauvaise digestion.

Sur mauvaise digestion, la cause en est aisée à trouver, c’est l'esprit vital qui manque et qui est sapé dans cette cruelle maladie.

Accroissement de la maladie

Le mal de tête parait, on vomit une bile porvané [?] acre, on a des cardialgies, le ventre se me??corise, dans ce temps la poitrine commence à s'engager, les urines sont afres becces [?] et dans la proportion qu'elles coulent. La poitrine est aussi libre ou chargée quelque fois. Les malades crachent du sang ce qui en a souvent imposé aux gens de l'art qui l'ont prise pour la fluxion de poitrine et cette faute a couté la vie à bien des milliers d'hommes. Les envies de vomir, les cardialgies reconnaissent pour cause la stase des matières acres dans les premières voyes. Dans ce temps encore la tête est lourde, les reins sont brisés, on se plaint de douleurs vagues dans les bras, on essuie une insomnie insupportable, une agitation qui force de se tourner à droite à gauche. Des rêves insupportables qui tracassent dans les faux sommeils. On observera encore ici que le pouls s'écarte à peine de l'état naturel excepté chez ceux qui ont bu beaucoup de vin et d'eau de vie. La peau est douce, humide et la chaleur est la même que dans le corps le mieux constitué. Rien jusqu'à présent d'effrayant dans ces symptômes mais la langue et le visage nous tireront bientôt de cette fausse sécurité. Les yeux qui dans le premier moment de la maladie avaient quelque chose d'altéré sont à présent sinistres. Le visage est tiré, la langue est tremblotante, le malade peut à peine l'allonger sur les lèvres et ne saurait l'y retenir, elle s'y allonge en pointe, les gencives et les lèvres sont encore bien. Les malades ne s'inquiètent de rien, ne se plaignent que de la tête, et se fait stase [?] au cerveau, et c'est cette stase qui est le sujet de la douleur de tête ce qui a?? à la tête cause aussi douleur dans la fistule épinière et dans les reins où l'on sent une grande gêne. Le pouls prend alors quelque chose de lent et si on le tient longtemps on le sent inégal.

Etat de la maladie

Bientôt la scène va changer, ce n'est plus douleur de tête c'est le coma et si le malade se réveille c'est pour délirer avec tranquillité delirium fugax chez les uns chez les autres le délire dure toujours et ne parait cesser que lorsque vous leur faite quelque question, alors ils vous répondent avec assez de raison, ce n'est cependant qu'un délire raisonné, ceux-là ne sommeillent jamais. La physionomie change, la langue devient aride, se fend, elle est dure et âpre au toucher; le palais l'est de même, la bouche est entièrement brulée, et le malade n'a pas soif. Ce qui vient du peu de sentiment [?] Les pétéchies, les tâches pourprées, la porcelaine même paraissent alors à la peau. La respiration est en raison des urines, un peu plus haute dans le sommeil et plus difficile quand les urines sont rares. La toux, le crachement de sang sont très rares et n'ont gère lieu que dans les putrides dégénérées, la peau qui dans le commencement était douce et humide est ici sèche, brulante. Cependant cette sécheresse n'est pas en raison du pouls qui est vif ?? inégal et se serre de jour en jour d'avantage. Il faut observer que ce n'est que sur la fin de l'état et vers la déclinaison de la maladie que le pouls devient si vif et la peau brulante, dans l'état encore les soubresauts des tendons se manifestent et quoique tout s'aggrave pour le malade, lui seul est dans la plus grande sécurité et répond qu'il n'a mal nulle part et qu'il est assez bien.

Déclin de la maladie

Enfin viennent de petites défaillances, des convulsions qui s'étendent jusqu'à la face, la vue est égarée, le malade n'a presque plus figure humaine, il se coule sur le derrière vers le bas de son lit et veut toujours attraper des flouons.[?] D'autres ont les yeux baissés et font leur paquet [??]. Voilà les symptômes de cette cruelle maladie que nous a apportée l'escadre de Bois de la Motte en 1757 et qui est restée ici depuis ce temps. Cette maladie ne dure jamais moins de 20 jours et en comptant de laug?? il y aura 6 jours pour chaque état, elle croît par exemple pendant ce temps mais l'état peut durer quelque fois pendant 40 jours, deux mois même et j'ai souvent quelques malades guérir et beaucoup d'autres mourir le 76e jours.

Il ne s'est point passé d'année depuis plus de trente ans que je fais la médecine dans le Finistère que je n'ai occasion de voir cette cruelle maladie. En occasion

2 - Diagnostic de l'épidémie.

Quoique dans un premier temps on ne puisse pas aisément reconnaitre les fièvres malignes, on reconnait cependant celle-ci aux symptômes précurseurs que je viens d'établir dont j'ai donné l'histoire bien détaillée. La fausse courbature, le mal de tête, les envies de vomir, les maux de reins, l'état de paresse, la propension au sommeil et surtout le défaut de fièvre feront suspecter avec raison l'épidémie mais bientôt on verra que le malade délire sans se mettre en colère, les soubresauts des tendons, la langue noire ???? et le malade est dans la plus grande sécurité. Oh ! il est difficile alors de ne la pas reconnaitre. Le moyen de la confondre avec le causos ? Dans le causos [?) il y a transport avec les putrides. Dans les putrides il y a un grand frisson, au commencement, la tête ne se prend que tard, la prostration de force n'est pas si grande ; avec la tierce dans celle-ci il y a des redoublements qui ne se trouvent pas non plus dans la maligne que la chaleur est en raison de la fièvre et que dans cette épidémie les symptômes ne sont point en raison de la fièvre et surtout encore qu'il y a eu pendant 7 à 8 jours une prostration de forces sans fièvre apparente. Dans certaines années elle s'est annoncé le caractère de double tierce, elle donnait d'abord 2,3 et quelque fois 4 années de double tierce puis paraissait dégénérer par le mauvais traitement.

Pronostic

C'est une maladie d'autant plus terrible qu'on ne s'en doute pas. Elle cause sommeil quelque fois mortel. La nature se débarrasse en partie par plusieurs moyens et cela vers le 15 ou 16e à la rigueur en comptant de tout le commencement; c'est vers ce temps qu'il se forme des pétéchies, des petits grains à ceux qui ont sué au commencement de la maladie. Ces pétéchies rentrent et sortent à leur place vient quelque fois le pourpre la porcelaine. Quand cette maladie veut se juger , c'est parfois par des flots d'urine chargée quelque fois par des devoyements d'une puanteur excessive qui durent 15, 20 jours sur la fin de la maladie lorsque les devoyements n'ont pas eu lieu il se fait des parotides, des bubons, des anthrax on sera fondé à espérer favorablement du malade toutes les fois que la prostration de force aura été modérée, que le délire n'a pas été considérable, que les urines auront coulés avec abondance, qu'elles ont déposé beaucoup. Que les pincements d'estomac et les sypothimes (??) ne sont pas venus, quand bien même il y aurait eu sommeil profond c'est une bonne chose. C'est encore d'un bon augure quand le s?? et les pétéchies durent, quand les malades entendent toujours bien et voient de même.

Signes fâcheux

Quand les malades courent après des flouons [?] qu'ils ont été 7,8 jours avant de tomber, quand le devoyement est séreux, quand la langue est toujours sèche brulée, que les malades ne demandent pas à boire, le danger encore plus présent quand il ne se fait aucune crise, quand le pouls devient comme une petite cordelette et qu'il s'enfonce, quand les signes de dissolution s'annoncent, quand ils rendent des urines ensanglantées et c'est la mort prochaine quand les mines [?], la porectine [?] rentrent. Enfin lorsqu'il arrive que les dépôts ayant commencé à paraitre, font délitescence que la maladie semble recommencer, de 20 malades il n'en réchappe pas un.

Traitement de l'épidémie

Dans cette maladie on doit se proposer d'empêcher la pourriture de s'accroitre et les antiputrides seront ici les remèdes qui conviendront, après avoir vidé les premières voyes que nous avons vu être toujours embarrassées dans l'invasion de la maladie il faudra commencer par donner 2 grains d'émétique ou tartre stibié ou bien l'eau minérale émétique suivante, Prenez de l'eau commune une chopine, dissolvez y, de sel d'Epsom ou de Glauber, demi once, tartre émétique 4 grains ou 6 suivant sa force, partager le tout en 4 verres pour donner dans la matinée ayant soin de supprimer la 4e dose supposé que les 3 premières ont evainé suffisamment il ne faut point donner ni l'ipécacuana, ce n'est pas la vestre [ ?] fondante que l'on cherche, tout est engourdi il faut un moteur puissant pour réveiller. Le tartre émétique videra plus copieusement poussera par en bas et réveillera, il est utile dans ce temps, quand on donne l'émétique seul, de donner aussi un doux laxatif, après son effet, on donnera donc alors une once et demie ou deux onces de manne dans un verre de petit lait et par-dessus 3 ou 4 verres de petit lait. Après ceci on croit le malade guéri, tant il est bien et on est surpris de voir après 36 heures les symptômes apparaitre. Il faut ici s'armer de constance, ne point oublier que cette maladie durera 20 jours au moins. Dans tout le cours de la maladie plus de purgatif, ce sera pour la fin ou il faudra en faire litière, mais de doux minovatifs ( ?) de petits laxatifs, du tartre stibié dans la boisson pour entretenir le petit devoyement. Voici les boissons qu'il convient d'administrer.

Boissons antiputride et toniques

Prenez 5 ou 6 feuilles de scolopendre, 8 ou 10 têtes de camomille, 10 grains de nitre et une once de sirop de tamarin ou de limon ou de vinaigre ou à leur défaut un peu de vinaigre et de sucre, y ajouter aussi un grain de tartre émétique, il ajoute seulement à la vertu laxative.

Chez les pauvres gens du vinaigre et du sucre dans l'eau, ne pas fatiguer le malade de trop de boissons, la lui varier on se trouvera bien de donner alternativement la boisson aromatique et amère préparée avec la camomille que l'on nitrera. Les amers ont la propriété de soutenir l'estomac, mais ne donnez jamais le quinquina. J'ai remarqué qu'il était mortel surtout sur la fin de la maladie; en tout temps il crispe et empêche la coction digestion des aliments dans l'estomac . J'en donnerai les raisons lorsque j'écrirai des épidémies malignes. Mais la camomille qui est en même temps antiputride, stomatique qui combat les affections de la bouche et fébrifuge qui combat la fièvre . On peut encore donner l'écorce d'orange, la fleur d'orange dans de l'eau pa??ée avec le nitre, les tamarins avec l'émétique. Si ces boissons fatiguent le malade, de l'eau de riz, une once de racine de guimauve, de grande consoude ou de scorsonère plante contre les obstructions des viscères du bas ventre dans une pinte d'eau avec le tartre vitriole à la dose d'un gros et un peu de sucre, ou deux gros de bois de réglisse, cela tient lieu de bouillon qu'il faut ici proscrire absolument comme propre à augmenter la ?? et la putridité dans cette maladie.

Contre le mal de tête trop violent on appliquera les sangsues, les ventouses mais point de saignées quoique qu'elles paraissent soulager pendant 2 ou3 heures ce qui a fait à quelques praticiens trompés par cette folle espérance la réitérer à donner la mort, elle est ici je l'annonce mortelle. J’en donnerai les raisons en temps et lieu. Les sangsues au contraire dégorgent sans occasionner d'affaiblissement et sans diminuer le principe de la vie qui est attaqué, sapé dans cette cruelle maladie.

Est bien le camphre, le safran avec le nitre. On donnera donc 5 ou 6 grains de camphre dans un jeanne d?? ; 5 grains de nitre de façon qu'on en prenne un grain à chaque fois le matin, à midi et le soir il le tranquillise surtout pendant la nuit. On peut le donner en substance ou en boisson dans une infusion de camomille, mais cela est détestable n'importe de quelle manière pourvu qu'on le prenne.

Si dans l'état de la maladie il survenait une moiteur, il faudrait ajouter le ?? qui ferait suer, mais le bien donner de garde de faire suer dans le commencement car les sueurs épuiseraient, il ne faut cependant pas les supprimer mais vers la fin de la maladie elles sont salutaires. Nous avons vu que la nature cherche à faire des dépôts ce qu'elle annonce par les pétéchies, les m??, les parotides et d'où il suit qu'il serait très avantageux d'opérer ces crises salutaires. He bien ! nous avons encore ce puissant moyen dans les cantharides insecte coléoptère desséché et réduit en poudre ; pour la préparation des vésicatoires , mais comment et quand s'en servir le voici. Lorsque le malade s'affaisse ne ?? pas un grand emplâtre aux 2 jambes, le coma dure, deux autres aux cuisses puis cela ne passe pas encore un vésicatoire aux reins et vous en retirerez un grand succès, c'est alors le temps d’insister [?] aussi sur le camphre et les boissons nitrées, il ne faut point ici une fausse tendresse ne craignez pas d'écorcher. On entretient l'effet des vésicatoires par l'onguent basilicum ou par le mélange suivant : Prenez d'onguent rosat deux parties et une partie de l'onguent vésicatoire se dit de remèdes qui ulcèrent la peau . Suivant, prenez des cantharides réduits en poudre très fine une demie once, mêlez-les exactement avec dix gros de levain délayés dans un peu de vinaigre et servez-vous en pour l'usage ci-dessus. On entretiendra la suppuration le plus longtemps possible.

Processus curatif

Procéder lentement et avec patience, varier un peu les médicaments, ne pas trop tracasser de boissons, entretenir le ventre libre, ne pas épargner les vésicatoires, faire litière de purgatifs à la fin de la maladie.

Pendant tout le cours de la maladie renouveler l'air dans l'appartement des malades, leur changer de linge, leur passer des alaises des bras sous eux, faire du feu et entretenir un courant d'air, faire arroser la maison avec de l'eau et du vinaigre ou bruler lorsque les malades ne toussent pas. Il nous reste à traiter les parotides. Il faut autant qu'il est possible en chercher la résolution et purger dans la proportion que l'humeur se résout on doit craindre la répulsion opérée par les caustiques elle rallume la fièvre dans la proportion que les fondants agissent, il faut donc je le rappelle purger à mesure que l'humeur rentre elle sortira par les urines, les selles ou les sueurs, il faudra alors lui donner la main [?]. Quand les parotides abudent [?] il faut avoir recours aux caustiques jamais les ouvrir avec le fer des trainées [?] de pierre à cautère en forme de couronnes qui détruisent la glande qui n'est qu'effleurée par la suppuration. J'ai constamment observé qu'en suivant ce traitement, il n'est point arrivé de surdité, point d'aveugles et quelque chose d'important c'est que la convalescence est courte. A la suite d'un autre traitement les malades sont sujet à la fièvre erratique au marasme affreux qui les emporte au bout d'une convalescence en mieux [?].

Belcour docteur et officier de santé pour les épidémies

Épidémie de dysenterie autour de Morlaix

6- Lettre de l'officier de santé Chartier (ref: 95)

Morlaix le 20 brumaire de l'an 7 [ 10 novembre 1798] de la République française

Citoyens

Il règne depuis 2 mois une dysenterie épidémique qui désole les communes de Plouvorn, Guiclan (?), St Thégonnec, plusieurs ménages entiers, même des villages en ont été victime. Chaque jour on voit inhumer plusieurs pères et mères de famille. Chez le Cors et Tanguy cultivateurs il est mort cinq à six personnes dans chaque maison. Enfin les bras les plus utiles à l'agriculture sont chaque jour enlevés et nous prive de bons citoyens pour les travaux de nos campagnes, jusqu'à Commana vers la montagne d'Arrée (?) le ??? et C??? de même que Gui???, toutes ces communes sont plus ou moins affectée.

Il est de toute urgence qu'on arrête le fléau destructeur ou bientôt ??ant de proche en proche il infectera même les villes. Si les champs deviennent incultes faute de bras comment pourvoira-t-on aux besoins des défenseurs de la patrie. Enfin il en coutera peu de chose au gouvernement en envoyant un ou deux officiers de santé pour rendre compte de l'état des choses.

Par leurs soins et conseils on pourrait trouver la cause du mal et en arrêter le progrès. On sait déjà que la mauvaise qualité des eaux, les mauvais fruits ont beaucoup contribués à développer la première origine de la maladie. Leur maison trop basse, mal aérée entretient le mal, de même que leur malpropreté. Enfin il existe des moyens sûrs qu'on a déjà employés qui pourra s'il est encouragé par les autorités constituées sauver beaucoup de malheureux des bras de la mort.

Salut, votre concitoyen dévoué Chartier

7- Épidémie dans des communes voisines de Morlaix (ref : 15)

Écrit au canton de Morlaix le 28 frimaire an 7 [ 18 décembre 1798]

Le Citoyen Chartier officier de santé à l'administration municipale de Morlaix, département du Finistère

Citoyens

Nous avons été nommés Guegot et moi par un arrêté du département pour visiter et traiter ceux de nos concitoyens attaqués d'épidémie : plusieurs commune circonvoisines de Morlaix tels que : Guimeque, Plégat, Callac, Sérignac, Borsorhel, Pleibert, Plouvorn, Guiclan, Guimiliau et quelques autres endroits, ont été plus ou moins victimes de ce fléaux destructeur. Maintenant que la contagion pourrait s'éloigner de quelque quartier, elles ne laissent pas de faire encore beaucoup de mal. Des pères et des mères, des domestiques et beaucoup des bras utiles à l'agriculture sont encore souvent enlevés à nos campagnes, déjà nos champs en beaucoup d'endroits presque déserts par les mortalités et autres évènements suite ordinaire d'une guerre longue et destructive. Il ne suffit pas citoyens administrateurs de nommer des officiers de santé pour visiter les pauvres malades, ils ont aussi besoin de remèdes et de secours alimentaires, soit qu'on envoie des boites de remèdes aux municipalités où la contagion fait encore subir ses funestes effets, il faudrait y envoyer du riz, des farines de gruaux d'avoine ou autres, afin d'aider les malheureux convalescents qui restent languir faute de secours, ne pouvant aller chercher leur subsistance. Il faudrait aussi une lettre circulaire des administrateurs pour engager la municipalité des campagnes d'aider aux moyens que le gouvernement donne pour arrêter le mal de suite.

Observations

Les causes éloignées de cette maladie sont leur extrême malpropreté, les maisons trop basses, mal aérées et leur nourriture mauvaise, trop salée, mal cuite, mal préparée. Cela joint aux eaux de mauvaise qualité. Enfin beaucoup de fruits sauvages à peine mûrs qu'ils ont mangés l'été dernier, tels grégons, noisettes, et autres, toutes ces causes réunies joint aux drogues incendur [?] dont ils se servent au commencement et au début de leur maladie aggravent le mal et font périr beaucoup de monde. Il en couterait peu de choses à chaque municipalité pour aider leurs pauvres, et il est de l'intérêt général de faire cesser la contagion ou les filles même pourraient en devenir les victimes.

Ces habitants des campagnes du Finistère pour le plus grand nombre, quoique très à l'aise du côté de la fortune, s'empoisonnent par leur malpropreté, les bestiaux étant couchés sous le même toit séparés seulement d'un ratelier, les émanations infectes qui sortent des fumiers qui les environnent dehors et dedans pénètrent en leurs lits clos où ils avalent à longs traits pendant leur sommeil des exhalaisons qui leur deviennent funestes. Ils s'inoculent aussi très souvent le farcin [?] en pansant leurs bestiaux de manière à avoir la gale et autres maladies de peau presque enérant [?] Et lorque les grands froids succèdent aux chaleurs de l'été, l'humeur de gale se répercute [?] en se confondant dans la masse des humeurs formant des métastases qui leur donne souvent la mort ou d'autres accidents qui les tuent tôt ou tard.

Enfin par des leçons répétées on pourra avec le temps détruire leurs préjugés et leur ouvrir les yeux pour leur faire adopter des usages plus salubres.

Salut votre concitoyen le Chartier.

8- lettre des officiers de santé Guégot et Chartier (ref : 98)

Le 22 ventose an 7 tranmis copie au ministre

Guégot et Chartier officiers de la commune de Morlaix

Aux administrateurs du département du Finistère

note : reçu le 5 nivose an 7 [25 décembre 1798]

En éxécution de votre arrêté du 25 brumaire année 7eme[15 novembre] de la République française nous nous sommes rendus dans les cantons environnant Morlaix et nous avons visité les malades qui nous ont été indiqués par les administartions municipales.

Partout la maladie a présenté des nuances absolument différentes ; nous n'avons deux malades parcourir la même période. Les uns ont aggravés les symtômes par un usage indiscret et trop répété des boissons spiritueuses.

D'autres ont contracté cette maladie en gardant trop longtemps des vêtements mouillés.

En répercutant l'humeur lexivielle de la transpiration, en mangeant des fruits crus indigestes, des farines moisies de l'an 6 etc ...

Le plus grand nombre enfin était malade par la simple contagion

D'après ces données il a fallu donner divers préceptes et prescrire autant de méthodes curatives qu'il s'est présenté de malades.

Le médecin marchait sans la médecine et de retour dans sa maison il procurait à ces malheureux tous les secours qui étaient à sa disposition.

L'un de nous, le citoyen le Chartier a fourni tous les secours ; on lui en demande encore tous les jours car quoique la maladie paraisse tirer à sa fin, elle se manifeste souvent partiellement et nous connaissons aujourd'hui une vingtaine de malades qui viennent demander notre assistance.

Vous pouvez, citoyens administrateurs, nous mettre à même de ne pas la refuser. Envoyez un mandat pour nous faire payer :

  • 1° les 12 journées de course que chacun de nous a faites et que vous pouvez taxer à 340 livres
  • 2° un autre pour les déboursés du citoyen le Chartier montant à 50 livres
  • 3° un ordre de continuer nos soins au petit nombre de malades qui pourrait encore réclamer notre présence.

Nous sommes avec respect, Citoyens administrateurs, vos très dévoués concitoyens.

[suivent les signatures de Guégot et le Chartier]

9- lettre des officiers de santé Guégot et le Chartier (ref : 101)

Le 7 ventose an 7 [ 25 février 1799]transmis copie au ministre

Les Citoyens Guégot et Chartier officiers de santé de la commune de Morlaix

Citoyens administrateurs,

En exécution de l'arrêté du départemnt du Finistère en date du 26 brumaire dernier et de votre délibération. Nous avons visité les communes où la dysenterie faisait des progrès. Nous avons eu le bonheurde conserver plusieurs bras à l'agriculture. Et si la maladie n'a pas entièrement disparue de nos campagnes elle est presqu'éteinte.

l'administration départementale a été instruite de l'état de l'épidémie, par un mémoire que nous lui avons adressé. Ce mémoire contenait la demande d'une somme de 50 livres pour médicaments fournis aux nécessiteux.

Une autre somme de 340 livres pour 24 journées de courses à cheval.

Vous citoyens qui connaissez les peines que nous avons eues, les dépenses qu'il a fallu faire et la justice de notre réclamation pouvez hater la rentrée de la somme qui nous est due.

Salut et respect

[suit la signature de Guégot et Chartier]

[ci-dessous la réponse de l'administration]

Vue la pétition ci-dessus, l'administration municipale qui a une parfaite connaissance des soins aussi intelligents que secourables que les officiers de santé dénommés ci-dessus ont rendu aux citoyens qui ont été affectés de la maladie épidémique qui s'est manifestée dans ou ??? communes rurales est d'avis que le traitement qu'ils réclament leur est parfaitement acquis et prie l'administration centrale d'en ordonner le paiement.

En l'administration municipale de Morlaix ce 7 ventose an 7 [ 25 février 1799] de la République

[suivent les signatures de Briand Postic (?) et Dusquesne]

lexique : sources principales Encyclopédie Diderot et D'Alembert, Wikipédia
le grain = 1/72eme de gros
le gros = 1/8eme de l'once = 72 grains (soit environ 3,8 grammes)
la pinte vaut un peu moins d'un litre; la chopine vaut une demie pinte

alleluia : ou oxalis , utilisée pour ses effets diurétiques et anti infectieux
althéa : ou altéa arbuste aussi appelé hibiscus
anodines : calmantes
cantharides : insecte coléoptère desséché et réduit en poudre ; pour la préparation des vésicatoires
citrin : qui est de couleur jaune citron
consoude : plante herbacée vivace, plante médicinale riche en calcium, potassium, phosphore, fer et silice (wikipédia)
crème de tartre : bitrartate de potassium. Sous-produit de la fabrication du vin : fabriqué à partir des sédiments laissés sur les fûts après la vinification.
crystal minéral : (ou sel de prunelle) obtenu par opération chimique entre une livre de nitre et un gros de fleur de soufre (Encyclopédie Diderot.d'Alembert)
cuillère à bouche : cuillère à soupe
devoyement : diarrhée
diascordium : à base de scordium, peut remplacer le thériaque, contient de l'opium
émétique : qui fait vomir
érugineuse : qui a une couleur vert-de-gris.
fébrufuge : qui combat la fièvre
fougère mâle : contre le ver solitaire avec un fort purgatif
graines de lin : possèdent un effet laxatif
ipécaquana : sous-arbrisseau d'Amérique du Sud, possède des propriétés vomitives
limon : fruit du limonier(citronnier), utilisé pour faire la limonade; pouvait être ajouté à des purgatifs
louable : qui est de la qualité requise
manne : frêne à manne; par incision des rameaux ; propriétés purgatives.
mauve: plante sauvage médicinale (fleur mauve) : traitement de la constipation et colite spasmodique
mirobolan, myrobolan : prunier-cerise, le fruit est soit jaune (ici citrin) ou rouge
nitre : salpêtre
onguent rosat : onguent dans lequel il entre des roses : contre toutes sortes d'inflammations
parotides : deux glandes derrière les oreilles
perspiration : ensemble des échanges respiratoires
pétéchies : taches rouges semblables à des morsures de puces ou de cousin
pierre à cautère : pierre utilisée pour entretenir la suppuration d'une incision ( à base de potasse caustique à la chaux et chaux vive, ramollie à l'eau de vie)
poudre de rhubarbe : laxatif
stomatique : qui combat les affections de la bouche
scolopendre : espèce de fougère, considéré alors comme efficace contre les infections du foie et de la rate
scorsonère : plante contre les obstructions des viscères du bas ventre
sel d'Epsom : sulfate de magnésium
sel de Glauber : sulfate de sodium, utilisé comme laxatif
semen contra : plante aux propriétés vermifuges
Sydenham: médecin anglais (1624-1689)
tamarin : fruit du tamarinier; sirop de tamarin : effet laxatif
tartre : produit obtenu lors de la fermentation du vin sur les parois des cuves. En médecine il est utilisé dans beaucoup de préparations.(Voir Encyclopédie Diderot-Alembert.
tartre, crême de : en médecine les préparations à partir de tartre sont utilisées pour oter toutes sortes d'obstructions (constipation)
tartre stibié ou émétique : préparation d'antimoine; vomitif
tartre vitriole : désobstruant, est utilisé dans les lavements
thériaque : anti poison
tranchées : douleurs au ventre
vésicatoire : se dit de remèdes qui ulcèrent la peau