Archives départ. du Finistère Quimper 4Z art.1

L'agriculture au début au début du 19 ème siècle à Plozévet

Dans les années 1814/1815 une enquête avait été demandée par le sous-préfet de Quimper, de Martillat, aux maires. Cette enquête portait sur la production agricole dans la sous-préfecture qu'était Quimper à cette époque. Charles le Guellec avait alors envoyé un tableau renseigné avec les valeurs fournies par les cultivateurs les plus productifs. Le sous-préfet avait fait parvenir aux maires quelques questions :

  • 1- Combien y-at-il en votre commune d'hectares ensemencés en chaque graine ?
  • 2- Combien de fois, chaque hectare, rend-t-il d'année commune la semence pour chaque espèce de graines
  • 3- Combien de fois chaque hectare a-t-il rendu en 1814 de semences pour chaque espèce de graines
  • 4- Quel a été en hectolitre le produit d'un hectare pour chaque espèce de graines
  • 5- Quel a été en hectolitre le produit total de la récolte de chaque espèce de graines ??? le nombre d'hectares ensemencés

Charles le Guellec répond à de Martillat en octobre 1814:

" je vous fais passer l'état de la récolte de cette année dont il se trouve une grande diminution; je me suis informé de ceux qui récoltent le plus , je suis très respectueusement ..."

En fait Charles le Guellec n'a pas répondu dans l'ordre des questions ; de plus il n'a pas précisé qu'il répondait en boisseaux(1) et non en hectolitres. On sait qu'il a répondu en boisseaux car l'année suivante il y fait référence dans un autre courrier. On peut donc en déduire qu'en 1814 il y a eu sur Plozévet 214 ha de froment d'ensemencés avec un rendement de 12 boisseaux par hectare ce qui fait une production estimée de 2568 boisseaux. On sait que pendant la Révolution un boisseau valait 0,66 hectolitre.

  • 1- Nombre d'hectares ensemencés
  • 2- hectares année commune
  • 3- produit d'un hectare en boisseaux
  • 4- hectares année présente
  • 5- total de la production en boisseaux pour l'année présente (colonne 1 x col 4)
Culture 1 2 3 4 5
Froment 214 14 16 12 2568
Meteil
Seigle 112 14 16 12 1234
Orge 206 16 16 813 2628
Avoine 260 16 16 8 1200
Sarrasin 100 14 16 12 3120
Pommes de terre/farineux 8 30 40 36 288

En octobre 1815 il annonce une récolte plus faible qu'en 1814 :

" ... celle en grain n'a pas valu celle de l'an passé qui était de 12 boisseaux par hectare. Le seigle à cette année ne produit que huit et le sarazin qui était aussi de douze le produit qui n'est allé qua dix qui fait une grande diminution. Je suis très respectueusement ...

L'agriculture dans l'arrondissement de Quimper vers 1814

Terres labourables

La grande culture emploie dans l'arrondissement environ 31000 hectares; elle n'est ni augmentée ni diminuée depuis un bien grand nombre d'années, les cultivateurs de ce pays ne cherchant pas à rendre labourables les terres que leurs ancêtres ont laissées incultes.

Chaque corps d'exploitation ou tenue est tout à fait séparé dans l'arrondissement, et chaque chef d'exploitation n'emploie ordinairement qu'une charrue. On peut ab??tir à quatre ou  cinq hectares l'étendue des terres qu'une charrue ouvre ou laboure annuellement.

Les bœufs et les chevaux sont simultanément employés au labourage.

Presque toutes les terres de l'arrondissement sont cernées de fossés plantés de bois courant. Ces fossés sont généralement assez bien entretenus.

On trouve sur les côtes quelques terres cultivées non closes mais leur étendue est bien peu considérable.

La petite culture emploie tout au plus 3400 hectares, elle est augmentée d'environ un 10e depuis sept ou huit ans depuis que la culture de la pomme de terre a pris de l'accroissement.

Les plantes cultivées en grand dans l'arrondissement sont le froment, le seigle, il n'est pas besoin de parler ici de l'importance de cette culture, l'orge, le sarrasin, l'avoine, on y cultive peu de méteil.

On y cultive le chanvre mais en petite quantité et seulement pour les besoins de chaque ménage.

Point de plantes tinctoriales (7) ni de tabac.

Les légumes qui s'y trouvent en abondance sont les choux, les navets, les carottes, et les panais. Ce dernier légume se cultive principalement dans les cantons de Plogastel et de Pont-Croix, il est d'une grande ressource pour les habitans; on l'emploie également dans les deux cantons pour nourrir et engraisser les animaux.

Il en est de même de la pomme de terre qui se cultive dans l'arrondissement avec extension. Enfin on y cultive des petits pois et des haricots.

Le chaulage(8) des grains n'est pas en usage dans l'arrondissement de Quimper.

Prairies et pacages

Nous n'avons pas à proprement dire de prairies artificielles dans l'arrondissement, quelques propriétaires, mais un petit nombre, sèment du trèfle mais on ne le coupe pas pour en faire du fourrage d'hiver.

L'étendue de nos prairies naturelles est d'environ 8000 hectares elles sont presque toutes situées dans les bas-fonds et soumises à une irrigation naturelle et continuelle ; il n'en est peut-être pas une sur cinquante qu'il soit nécessaire d'arroser extraordinairement. En général les prairies sont mal soignées on n'y pratique pas assez de canaux pour l'écoulement des eaux qui y sont stagnantes sur presque tous les points.

Environ 9000 hectares sont consacrés aux pacages on y envoie les bœufs, les vaches, les chevaux. Le pacage dure toute l'année, il est difficile de déterminer le nombre d'animaux qu'un hectare peut nourrir habituellement car après la coupe des foins et des bléds les prairies et les terres labourables servent aussi de pacages, ainsi une exploitation de 10 hectares peut nourrir vingt animaux tant bêtes à corne que chevaux et élèves.

On peut dire qu'il n'y a ni marais ni tourbières.

Plantations

Sous futaies et sous taillis on peut compter 6000 hectares dans l'arrondissement. Les futaies s'exploitent habituellement tous les soixante ans. Elles se composent surtout de chênes et de châtaigniers.

Agriculture : réponse de la préfecture au ministère

Réponses aux questions proposées à Monsieur le sous-préfet de Quimper relativement à l’agriculture de son arrondissement.

1. l’étendue superficielle approximative

  • des terres labourables est de 34000 hectares
  • Les prairies de 8000 ha
  • Les pacages de 9000 ha
  • Les bois de 6000 ha
  • Les landes ou les terres incultes qui ne sont ensemencées que très rarement après avoir été fécondées en réduisant en cendres les mottes qui les couvrent de 60 000 ha
  • Les routes chemins et eaux peuvent recouvrir une surface de 2000 ha

2. La grandeur moyenne des exploitations rurales est d’environ 18 journaux ou 9 ha. Sur une exploitation de cette nature il y a ordinairement 20 bêtes à corne, deux chevaux ou juments, et plus communément une jument et un poulain.

3. Le prix d’achat et de louage des terres de chaque qualité, affecté à chaque espèce de culture, varient beaucoup dans l’arrondissement de Quimper Les terres qui avoisinent les bords de la mer sont infiniment plus fertiles que celles de l’intérieur. Les premières sont productives tous les ans et les secondes chaument(2) au moins cinq ou six ans, et souvent plus longtemps. Sur les côtes l’hectare de terre est loué plus communément en bleds qu’en argent pour une valeur de 80 frs, et les terres de l’intérieur sont rarement affermées plus de 20 ou 30 frs l’hectare, et encore l’on doit observer à l’égard de ces dernières, qu’on entend parler que des terres connues sous le nom de terres chaudes, ou terres à bled ; car celles connues sous le nom de terres froides ou landes ne sont pas affermées au-delà de 5fr l’hectare et souvent moins. C’est d’après cette évaluation que l’on peut calculer le prix d’achat de ces diverses qualités de terre. Le taux ordinaire est le denier vingt du revenu (4), aussi : un hectare dans les communes de côtes se vend communément 160 frs. [ 1600 frs erreur d’écriture sans doute]
un hectare dans les communes de l’intérieur 500 frs.
Un hectare de terres à lande 120 frs
Un hectare de prairie dans tout l’arrondissement 800 frs
Un hectare de pacage 500 frs.
On doit observer que les exploitations rurales de l’arrondissement de Quimper ne se divisent presque jamais pour être vendues ou partagées entre parties interessées, elles se vendent en corps d’exploitation.

4. La durée des baux est de 3, 6, 7 et plus communément de 9 ans. On ne connait pas les baux à long terme. Les clauses ordinaires des baux ou conventions entre les propriétaires de bien-fonds, et les cultivateurs auxquels ils en confient la culture, consistent dans un prix de ferme en argent ou en grain, souvent en l’un et l’autre, établi d’après la qualité locale des terres ainsi qu’il a été dit dans la 3eme réponse. Beaucoup de propriétaires imposent à leurs fermiers l’obligation de leur fournir une certaine quantité de beurre, de volaille, de foin, de paille. Très peu de fermes sont à mi-croit de bestiaux et à mi-récolte. Il n’y a guère que quelques propriétaires résidant à la campagne qui font des conditions de cette nature, pour la ferme attenant à leur habitation.

5. Les habitations rurales sont habituellement composées d’une longère de six à sept pied de hauteur, fermé par deux pignons, cette longère plus ou moins longue suivant la valeur de l’exploitation est divisée intérieurement en deux ou trois chambres. Les écuries, étables et granges sont construites dans la même forme, et diffèrent peu de l’habitation du colon. Ces bâtiments sont tous construits en moëlons, ou pierres de maçonne, liées avec de la terre glaise et couvertes en chaumes. Quelques-unes ont la façade en pierres de taille et sont couvertes en ardoises ; mais c’est très rare dans l’arrondissement de Quimper.

6. Il n’y a que deux systèmes d’assolement mis en pratique, l’un pour les terres de côte, l’autre pour les terres de l’intérieur. Les premiers qui ne chaument jamais sont successivement ensemencés d’orge, ou avoine, de froment et de seigle. Quand on ouvre les secondes qui reposent cinq ou six ans, on les ensemence la 1ere année du sarrasin, la 2eme en seigle et la 3eme en avoine ; cet ordre d’ensemencement se répète par trois solaisons, d’où il résulte que ces terres sont en rapport pendant 9 ans consécutifs et chaument (2) ensuite pour servir de pâturages. Les fermiers ont la liberté d’adopter tout autre système d’assolement et jamais les baux ne les astreignent à ne point en changer.

7. On donne deux labours aux terres destinées à être ensemencées en céréales, cependant pour l’avoine il est très ordinaire de n’en donner qu’un. On ne connait point de noms particuliers pour ces différents labours. Les planches de labour sont bombées, mais elles ne sont dessinées que par la charrue ; elles sont ensuite fermées par le cultivateur avec un outil connu sous le nom de tranche ; cette manière de cultiver emploie beaucoup de temps, et on n’en connait point d’autres pour élever les planches de manière à préserver la semence d’être inondée par les eaux fluviales qui tombent en abondance pendant cinq mois de l’année.

8. On est dans l’usage de répandre 200 kilogrammes de froment pour ensemencer un hectare de terrain, autant de seigle ; 225 kilogrammes d’avoine, autant d’orge et 90 kilogrammes de sarazin. Un hectare ainsi ensemencé en froment rapporte année commune huit fois la semence en seigle, 10 fois en orge, et avoine 15 fois et en sarazin 25 fois et souvent 30 fois. Les autres genres de productions tels que pois, haricots, chanvre, lin sont cultivés en si petite quantité dans l’arrondissement de Quimper que le rapport entre la semence et la récolte parait ne mériter aucune considération.

9. Sur les bords de la mer le défaut de prairies naturelles et artificielles ne permettant de nourrir qu’une très petite quantité de bestiaux on supplée aux engrais venant des étables par le varreck ou göemon dont l’emploi fertilise singulièrement les terres. Dans l’intérieur où les prairies naturelles sont plus étendues, mais si généralement si mal soignées qu’elles ne produisent pas le fourrage suffisant pour élever une quantité de bestiaux proportionnée à l’étendue des terres labourables on mêle au fumier des étables des couches de jonc marin connu sous le nom de lande et quand le tout est convenablement échauffé on s’en sert pour fumer les terres destinées à être ensemencées en sarrasin ou seigle. Les terres destinées à recevoir la semence d’avoine ne sont pas fumées.

10. Aucune extension n’a encore été donnée aux prairies artificielles, quelques propriétaires habitant la campagne et un très petit nombre de cultivateurs sèment du trèffle, mais en petite quantité, et seulement pour faire consommer en verd aux chevaux et bestiaux pendant l’été ; mais nulle part on n’en dessèche pour fourrage d’hyver.

11. Les terres sont en général toutes encloses par des talus sur lesquels chênes et châtaigniers et du bouleau dans quelques parties de l’arrondissement, qui sont recépés (3) comme les taillis tous les 9 ans. Après chaque coupe les talus sont réparés et exhaussés s’il est nécessaire, pour mettre les nouvelles pousses hors d’atteinte des bestiaux. Sur les côtes où les terres sont plus précieuses et où les vents de mer sont nuisibles à la pousse des bois, beaucoup de terres ne sont pas encloses et les héritages ne sont séparés que par des pierres bornales ou par un simple exhaussement de terre, connu dans le pays sous le nom de turon.

12. Le parcours et la vaine pâtures sont inconnus dans l’arrondissement il n’y existe pas de communaux (6). Les bestiaux attachés à chaque exploitation ne sortent pas de son enceinte.

13. Les charrues sont uniformes dans tout l’arrondissement de Quimper.

14. Dans toutes les communes de l’arrondissement de Quimper on emploie pour le labourage simultanément des bœufs et des chevaux (5)

1- un boisseau vaut 0,66 hectolitre
2- chaumer : Dégarnir une terre du chaume (ici laisser la terre se reposer je suppose)
3- recéper : tailler les arbres en ne laissant que les branches principales. A Plozévet il y avait très peu d'arbre d'essences nobles comme le chêne. En effet le domanier ne possèdant pas les arbres comme le chêne, le châtaignier, il n'avait aucun intérêt à en planter etc...
4- denier vingt du revenu : 1 denier d'intérêt pour 20 deniers de revenu, ou encore 5 %
5- simultanément : il a sans doute voulu dire "aussi bien des bœufs que des chevaux"
6- il existe sur Plozévet des communs qui sont des terres partagées par un ou plusieurs villages.
7- plantes tinctoriales : plantes produisant des colorants
8- chaulage : action de chauler, ici passer du blé par l'eau de chaux avant de semer.(Littré, édition de 1874)