La vie sociale à Plozévet dans les années 1850-1860

vue à travers le courrier administratif du maire Pierre Julien.

Le long travail de recherche et de saisie de cette page a été réalisé par Michelle Gourret. J'ai parfois rajouté quelques brèves notes en rouge.

Hygiène

Nous, Pierre Julien, maire de la commune de Plozévet, canton de Plogastel Saint Germain, arrondissement de Quimper, département du finistère,

Considérant que les moyens les plus propres à préserver et à arrêter les effets de toute maladie épidémique, sont de prescrire et de faire observer rigoureusement la propreté des habitations et cours, d’interdire l’amas de toute matière végétale ou animale en putréfaction près des habitations, de faire écouler les eaux stagnantes et de surveiller surtout l’assainissement des lieux où se trouvent réunis et agglomérés beaucoup d’individus.

Vu la loi du 16 et 21 août 1790, titre 11.

Avons arrêté et arrêtons :

Article 1er. Il est fait défense à toute personne de laver du linge, du fil, des herbages aux fontaines publiques, d’y rincer des tonneaux et vases quelconques, comme aussi d’y mener boire les chevaux et bestiaux ; en un mot, d’altérer, de quelque manière que ce soit, la pureté et la limpidité de l’eau des dites fontaines

Article 2. Défense est faite à toute personne de faire des dépôts de matières susceptibles de nuire à l’hygiène publique ou privée dans les cours, jardins et enclos.Tout dépôt de ces matières ne pourra être fait que trois cents mètres au-delà des habitations, et à cinquante mètres au moins de tout chemin public.

Article 3. Les étables et écuries devront être tenues dans un état constant de propreté.

Article 4. L’un de nos adjoints de Plozévet et le garde champêtre sont chargés de l’exécution du présent arrêté qui sera publié et affiché dans toute la commune afin que personne n’en ignore.

Fait en mairie à Plozévet le 15 octobre 1849

Le maire P Julien.

Police des cabarets

Nous Pierre julien, maire de la commune de Plozévet, canton de Plogastel Saint Germain, arrondissement de Quimper, département du finistère,

Considérant qu’il est du devoir de l’administration municipale de veiller au maintien de la moralité publique, d’assurer la sécurité des citoyens, et de prendre pour atteindre ce double but, toutes les mesures autorisées par la loi ;

Considérant que les tribunaux correctionnels du finistère ont condamné plusieurs fois des cabaretiers comme coupables d’homicide par imprudence, parce que des hommes qui s’étaient enivrés chez eux étaient morts des suites de leur ivresse et que dans tous les cas les citoyens sont responsables du mal qu’ils font ou laissent faire ;

Vu les articles 3 et 4 de la loi des 16 et 24 août 1790, l’article 46 , titre premier de la loi des 19 et 22 juillet 1791 et les articles 10 et 11 de la loi du 18 juillet 1837.

Arrêtons :

Article 1er.Toute personne qui veut ouvrir un cabaret dans la commune est tenue de faire une déclaration préalable à la mairie en indiquant l’emplacement.En cas de déménagement, le cabaretier est assujetti à une nouvelle déclaration.Article 2.Tout cabaretier devra placer au dessus de la porte d’entrée de son débit, une enseigne où son nom sera inscrit en caractère bien lisible.

Article 3.Tout cabaretier est astreint à avoir dans son débit la série complète des mesures légales que comporte son commerce ; Ces mesures devront être tenues en état de propreté constante ; L’usage de vases en cuivre et en plomb est interdit. Il est défendu sous les peines portées par l’article 479 du code pénal d’employer d’autres mesures que celles qui sont établies, et sous mêmes peines d’en avoir dans les magasins, boutiques ou maison de commerce ou dans les halles foires ou marchés.

Article 4.Les boissons mises en vente dans les cabarets seront soumises à des vérifications fréquentes. Celles qui seront trouvées falsifiées ou de qualités nuisibles seront immédiatement saisies, il sera dressé procès verbal et des poursuites seront requises par Monsieur Le Procureur de la République devant les tribunaux compétents.

Article 5.Défense est faite aux cabaretiers de donner à boire à des gens déjà ivres ou de recevoir des enfants au dessous de 16 ans, des vagabonds, des gens sans aveu et des filles de mauvaise vie.

Article 6.Les faits d’encouragement ou d’incitation à la débauche seront déférés à Monsieur Le Procureur de la République.

Article 7. Lorsque des rixes ou querelles s’élèvent dans un cabaret, le cabaretier doit prévenir immédiatement l’autorité chargée de la police ou la gendarmerie.

Article 8.Tous les cabarets situés dans la commune devront être fermés à neuf heures du soir depuis le premier avril jusqu’au 1er octobre, et à sept heures du soir depuis le 1er octobre jusqu’au 1er avril. Aucun cabaret ne pourra être ouvert avant le jour. Les heures d’ouverture et de fermeture ne pourront être modifiées qu’au moyen d’une permission exceptionnelle et par écrit du maire.

Article 9.Les cabarets devront être fermés pendant la durée du service divin, les dimanches et jours fériés.

Article 10.Toute personne trouvée dans les bourgs ou sur les chemins en état d’ivresse, troublant l’ordre ou la tranquillité publique, empêchant ou diminuant la liberté de la circulation, sera dans l’intérêt de sa sûreté individuelle, arrêtée et détenue jusqu’à ce qu’elle ait recouvré l’usage de sa raison, le tout sans préjudice de poursuites ultérieures.

Article 11.Il est défendu aux cabaretiers de faire tirer à la cible, de faire danser ou d’établir des courses ou des luttes, sans avoir obtenu chaque fois une autorisation par écrit du maire de la commune. Ils ne peuvent en aucun cas et sous aucun prétexte tenir dans leur cabaret des jeux de loterie ou d’autres jeux de hasard.

Article 12.Les infractions aux dispositions légales et réglementaires qui font l’objet du présent arrêté, seront poursuivies devant le tribunal correctionnel ou devant le tribunal de simple police, suivant les cas.

Article 13.Le présent arrêté sera affiché à l’intérieur et à l’extérieur des cabarets.

Article 14.L’arrêté concernant la police des cabarets, antérieur à celui-ci, demeure nul et non avenu.

Article 15.Les fonctionnaires municipaux, les agents de l’autorité judiciaire et généralement les agents de la force publique et le garde champêtre sont requis à concourir à l’exécution de cet arrêté et à constater les contraventions ou délits qui auraient lieu, et de déférer leurs constatations, suivant les cas, soit à Monsieur Le juge de Paix du canton, soit à Monsieur le Procureur de la République. Fait en mairie à Plozévet le 8 octobre 1849. Le Maire.

Réponse au Directeur des douanes d’Audierne

qui demandait le transfert du domicile d’un préposé de Kérongard au bourg.

le 26 novembre 1852[….] La raison pour laquelle il voudrait changer de résidence c’est que, dit-il, la santé des préposés est compromise par les émanations putrides qui s’ émanent du village. Mais, Monsieur le Directeur, en transférant la résidence de la Sous Brigade de Plozévet au bourg, on nuit beaucoup à l’activité du service, attendu que dans ce cas Mrs les préposés se trouveraient éloignés de la côte d’au moins trois kilomètres et n’auraient point de vue sur la mer, au lieu que dans la situation actuelle ils ne sont qu’à environ cinquante mètres et peuvent voir, même de chez eux tout ce qui s’y passe ; d’ailleurs ils ne trouveraient que très difficilement des maisons pour se loger au bourg. […..]

Vol à Kerguélen

L’an mil huit cent cinquante deux, le vingt huit novembre à quatre heures du soir, devant nous Pierre Julien, maire et officier de l’état civil de la commune de Plozévet, canton de Plogastel Saint Germain, département du finistère, a comparu Joseph Le Doux, cultivateur à Kerguélen en cette commune, lequel nous a fait la déclaration suivante.

Le vingt six du présent mois à cinq heures et demies du soir, étant entré dans mon habitation et ayant vu de la farine de blé noir répandue dans la maison, je m’empresse d’ouvrir mon armoire où j’avais renfermé environ vingt un kilogramme de cette farine dans un pot de grès et je remarque qu’on en avait enlevé environ dix kilogrammes. Le tiroir de mon armoire où j’avais aussi renfermé dans un sac de toile une somme de quatre francs en billets avait aussi été ouvert et la dite somme avait aussi été enlevée à l’exception de dix centimes que j’ai trouvés s ur l’aire de la maison.
Ma femme, en examinant ses hardes s’aperçut qu’on lui avait en outre enlevé de la même armoire, quatre coiffes et deux chemises, le tout en toile.
Au-dessus de la table on avait enlevé encore environ trois kilogrammes de pain de seigle. Ayant soupçonné comme étant l’auteur de toutes ces soustractions, la nommée D Henriette, cultivatrice demeurant au village de Kerguélen, j’ai pris les informations nécessaires dans le dit village et le nommé Claquin Jean, âgé d’environ treize ans, demeurant au sus dit village de Kerguélen, m’a dit qu’il avait vu même jour, vingt six du présent mois, la femme sus dénommée s’introduire dans la maison et refermer la porte derrière elle.
Ce jeune homme a cru que nous habitions la maison, ma femme et moi, qui étions employés tous les deux à semer du seigle, ne fit nulle attention aux manœuvres de cette femme, qui y entrait environ une heure et demie du soir.
Le jeune homme sus dénommé, s’est ensuite présenté devant nous et nous a fait la même déclaration. En foi de quoi nous avons dressé le présent procès- verbal, pour être envoyé à l’autorité compétente pour que des poursuites soient dirigées le plus tôt possible contre l’auteur de ces dits vols.
En mairie à Plozévet le vingt huit novembre mil huit cent cinquante deux.
Le Maire P. Julien.

Procès verbal d’incendie à Kerfurunic.

L’an mil huit cent cinquante trois, environ huit heures du matin, nous Pierre Julien, Maire de la commune de Plozévet, informé qu’un incendie éclatait à cet instant chez le nommé Le Corre Jean, cultivateur à Kerfurunic, nous y sommes immédiatement transporté à l’effet de prendre les mesures nécessaires pour arrêter le progrès de la flamme.
Par suite du grand nombre des personnes qui y ont accouru de toutes parts, on s’est rendu maîtres du feu environ huit heures du matin.
Nous avons ensuite examiné le dommage causé, par ce sinistre, au nommé Le Corre, et nous avons reconnu qu’il lui a été brûlé deux maisons, une grange et une maison d’habitation, et en outre une partie du mobilier.
Les toitures des deux maisons étaient en roseau et toutes neuves puisqu’elles avaient été posées l’année dernière. La valeur approximative de tout ce qui a été détruit est évaluée par nous à neuf cents francs environ.
Nous avons ensuite interrogé les différentes personnes de la maison incendiée, sur les causes de l’incendie, et elles nous ont répondu que le nommé Hélias Alain, domestique chez le dit Le Corre ayant pénétré dans le premier étage, et n’y étant pas suffisamment éclairé pour faire l’ouvrage dont il était occupé, avait appelé pour lui éclairer le nommé M. Yves, âgé de quatorze à quinze ans, employé comme journalier dans la même maison.
Ce dernier étant monté, porteur d’une chandelle l’avait élevée, sans y penser, un peu trop, et avait mis le feu dans du chanvre qui se trouvait sur les poutres et de là le feu s’était communiqué au toit et ensuite à tout le reste des deux maisons incendiées. De tout ce que dessus nous vous avons dressé procès verbal…….

Vol de légumes à Lestuyen

transcription (mot à mot)

L’an mil huit cent cinquante trois, le dix huit décembre, devant nous, Pierre Julien, maire de la commune de Plozévet, a comparu Pascal Q.. , cultivateur demeurant à Kergolier en cette commune, lequel nous a déclaré que le quatorze de ce mois environ neuf heures du matin, la nommée Catherine Q.. , femme C... Y, aussi du village de Kergolier, revenait de Kerfurunic où elle avait été allaiter un enfant à Jean Le C.. et était accompagnée de ses deux filles Jeanne et Hélène C..., la première âgée de quatorze ans et la seconde de douze, qui étaient allées à sa rencontre, la voyant arriver si tard, lorsqu’en passant dans mon champ, dit « parc an daler », elles crurent apercevoir deux individus occupés à tirer des carottes.

Soupçonnant que c’était des voleurs, elles accoururent chez moi pour m’avertir de ce qui se passait. Aussitôt je m’habille à la hâte car j’avais déjà retiré quelques pièces de hardes pour me mettre au lit et je me dirige avec ces trois femmes vers le dit champ qui se trouve à une très petite distance de la maison.

Lorsque j’arrive dans le dit champ, les individus qui tiraient des carottes m’ayant aperçu, l’un d’eux prit la fuite à toutes jambes et se dirigea vers le village de Kerfildro, et le second qui paraissait être le plus fort restait en arrière, parce qu’il s’obstinait à vouloir tirer les carottes qu’il avait tirées de terre ainsi qu’un sac et un panier dont ils s’étaient munis.

Lorsque je le vis prendre la même direction que le premier, je fis un petit détour pour le devancer, et aussitôt qu’il m’aperçu près de lui, il se dirigea vers Lestuyen, son village, car ils avaient pris une fausse direction croyant qu’ils auraient pu se sauver sans être reconnus, et qu’alors on aurait soupçonné quelqu’autre d’être l’auteur du dit vol. Lorsque je me trouvai à une faible distance de lui, je lui criai de s’arrêter, ce qu’il fit.

Il me dit alors qu’il avait été chercher des carottes pour son souper ; mais puisqu’il s’était muni de tant d’objets, ce n’était seulement pas pour son souper qu’il voulait des carottes ; je lui avais même dit que s’il avait été prendre un peu de pommes de terre, j’aurais cru qu’il aurait eu faim, mais il voulait probablement vendre les carottes à la foire de Pont Croix qui avait lieu le lendemain.

Je lui demande alors qui était l’autre individu qui l’accompagnait ; il m’a dit que c’était son fils Hervé M..., âgé d’environ dix ans. Je lui retire alors les carottes ainsi que le sac et le panier qu’il avait emporté de chez lui et je les dépose à la mairie, et nous Maire, déclarons avoir reçu à la mairie ce jour les objets indiqués par Q... Le sac peut contenir environ 5 kilogrammes de carottes, mais Q.. affirme qu’on lui a volé du même champ environ deux cents kilos de carottes et au moins quarante choux- pommes, et comme il n’a jamais entendu dire qu’aucun autre n’ait été prendre des légumes dans son champ, il est porté à croire que c’est le nommé M... qui est l’auteur de cette soustraction, car d’ailleurs il ne fait que le même métier, il prend à droite et à gauche, partout où il le peut.

Désirant avoir la déclaration de l’inculpé, nous l’avons fait appeler à la mairie où étant arrivé, il nous a déclaré qu’ayant été toute la journée chercher des pommes de terre et son fils chercher, ils n’avaient rien trouvé, puis qu’arrivé à la maison il avait pris un panier pour aller chez son frère Hervé M... à Kérongard anabadez lui demander un peu de pommes de terre pour son souper, que son frère n’étant pas à la maison il allait retourner chez lui lorsqu’il rencontre son fils muni de son sac dans lequel il n’avait rien non plus, et ils vont tous les deux dans le champ de Q... car exténués de faim.

Mais nous n’étions point venus de Lestuyen dans l’intention d’aller prendre des carottes, et il n’était pas plus tard que six heures et demies, et non pas neuf heures comme on l’a dit, car nous étions arrivés à Lestuyen environ sept heures. De tout quoi avons dressé le présent procès verbal, les jours, mois et an que dessus.

avortement.

16 décembre 1854

Monsieur Le Procureur Impérial.

Je viens d’apprendre par la rumeur publique qu’une jeune fille de Plozévet, la nommée Marie Anne L…, couturière âgée d’environ 24 ans, s’est débarrassée par des moyens coupables d’un enfant dont elle se trouvait enceinte depuis quelques mois et qu’elle veut faire croire à ses voisins et voisines qu’elle s’est trouvée malade par suite d’un dépôt de sang qui s’était formé en elle.

J’ai en conséquence l’honneur de vous prier Monsieur Le Procureur Impérial, d’ordonner une enquête à l’effet de connaître la situation de cette jeune personne, qui, d’après ce que j’ai ouï dire, se promet bien du plaisir pour les fêtes prochaines à débaucher les jeunes gens qui seront assez simples pour se laisser entraîner au mal.

D’ailleurs il est plus que temps que cette personne soit enfermée dans une maison de détention.

Recevez……..

L’adjoint au maire vient d’être condamné pour vol

29 avril 1856

Le nommé Le Quéré Alain, adjoint au maire de Plozévet, ayant été traduit en police correctionnelle le jeudi 17 du présent mois, sous la prévention de vol au préjudice du sieur Kérourédan Guillaume, habitant de cette commune, et ayant été condamné à une amende par le tribunal, se trouve , par suite de cette condamnation, complètement déchu de sa réputation dans l’esprit des habitants de Plozévet car il n’est bruit dans toute la commune que de cette affaire.

J’ai, en conséquence, monsieur le Préfet, l’honneur de vous prier de vouloir bien faire en sorte que le sieur Quéré soit remplacé dans ses fonctions d’adjoint au maire et cela, si faire se peut, dans le plus bref délai possible, car n’ayant aujourd’hui la confiance d’aucun des habitants de la commune, il lui est impossible de concourir de manière efficace à l’exécution des lois et règlements.

Je vous prie, Monsieur Le Préfet, d’avoir la bonté de me faire connaître la décision que vous aurez prise à cet égard, et dans le cas d’une décision conforme au désir que je vous exprime, de me faire savoir si le sieur Q….devra être révoqué, ou si vous l’inviterez à se démettre volontairement de ses fonctions. ...

Le 6 juin 1856, le conseil municipal enregistre le remplacement du 1er adjoint par le Sieur Moris

Michel Moris était aubergiste au bourg de Plozévet

renseignements sur une vagabonde

1857

Par lettre en date du 29 janvier dernier, vous me demandez des renseignements sur la nommée Anne Pérennou, prévenue de vagabondage.

Ne connaissant pas moi même cette personne, je me suis obligé de recourir à la personne qui l’a employée. Monsieur Kernillis m’a répondu que Anne P…. est arrivée chez lui le 26 octobre 1856, et que pendant deux mois elle a fait service à l’abri de tout reproche. Lorsque besoin de reprendre son existence vagabonde s’est fait sentir, elle a commencé à négliger son ouvrage et le 27 janvier dernier elle a disparu sans prévenir ni maître ni domestique.

Elle est très adonnée à l’ivrognerie, mais très active et très laborieuse.

Monsieur Kernillis me répond en outre que cette personne n’a jamais été mariée. Il consent encore à la reprendre à Poul ar Marquis aux mêmes conditions que précédemment.

Ces renseignements m’ont été confirmés par d’autres personnes du village.

Recevez……. Signé : Moris, adjoint.

Copie conforme par le maire

Attentat contre l’Empereur

Il s'agit de la tentative d'assassinat de Napoléon III par Orsini, le 14 janvier 1858. Napoléon III en sort indemne. Orsini montera sur l'échafaud en mars avec deux de ses complices.

janvier 1858

Plozévet , Finistère à S.M. l’Empereur des Français.

Sire, les habitants de la commune de Plozévet, dont nous sommes les fidèles interprètes, ont appris avec autant d’indignation que de douleur la nouvelle de l’exécrable attentat du 14 du présent mois.

S’il est des misérables qui ne reculent devant aucuns forfaits pour assouvir leurs haines sauvages, il est au dessus d’eux une Providence qui déjoue leurs lâches complots et protège d’une manière efficace et presque miraculeuse les jours précieux auxquels sont attachées les destinées de l’Empire.

Nous n’oublierons jamais, Sire, les nobles paroles que prononça Votre Majesté après un attentat semblable à celui qui vient de nous épouvanter. Je ne crains rien des tentatives des assassins. Il est des existences qui sont les instruments de la fortune. Tant que je n’aurai pas accompli ma mission, je ne cours aucun danger.Ces paroles sont prophétiques : la Providence vient de montrer que ce n’est pas en vain que Votre Majesté place en elle cette foi vive et sereine.

Après avoir remercié Dieu de la nouvelle preuve de protection qu’il vient de donner à la France, nous le prions du fond du cœur de continuer à veiller sur les jours de Votre Majesté, de l’Impératrice et du Prince Impérial, et vous, Sire, d’agréer les hommages les plus respectueux de vos très humbles et très obéissants serviteurs et sujets.

Signé : Le Bail ; Le Bolzer ; Moris ; Hénaff ; Le Dem et Julien, Maire.

Extinction de la mendicité : réponse au Préfet.

1858

Monsieur Le Préfet,

C’est avec le plus profond respect comme toujours que nous avons reçu votre circulaire relative à une question bien importante, à l’extinction de la mendicité.

La plus faible intelligence ne peut s’empêcher de reconnaître à l’esprit du rapport des vues des sagesse, une intention d’autant plus louable que l’exécution de ce rapport tient à la fois à pourvoir au bien moral et à satisfaire au besoin des corps. Nul de bonne foi et avec un peu d’examen ne contestera l’inconvénient de la besace,et ce qui revient au même , du vagabondage résultat de la mendicité telle qu’elle est pratiquée dans notre pays.

Il serait hors de propos pour nous d’en exposer les inconvénients, nous ne ferions autre chose qu’attester une étude impopulaire du rapport dont l’importance aura été reconnue par tous ceux qui savent apprécier les mesures qui tendent au bien. Nous aimons à croire que vous nous regardez toujours de ce nombre.

Monsieur Le Préfet, le rapport de la commission fait preuve d’une intelligence réelle quant à ce qui regarde le type et le caractère breton et surtout pour le département que vous administrez, où peut être plus que tout autre l’habitude devient une seconde nature.

Vous nous avez devancés dans les difficultés que nous devons rencontrer, nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas reculer que l’union fait la force et que l’autorité supérieure a droit à un concours loyal et généreux de la part de ses administrés. Aussi dès la réception de votre circulaire que nous avons appréciée, sinon à sa juste valeur, au moins selon les mesures de notre faible capacité, Nous Maire de Plozévet, de concert avec le recteur, avons réuni tout le conseil municipal, le conseil de la fabrique, de plus, croyant nous conformer à l’esprit de ce rapport nous avons cru devoir …donner avis à tous les notables, en un mot à tous ceux qui sont susceptibles d’être contribuables en fait d’aumône. Nous avons tâché de faire comprendre que la méthode de donner désormais n’était rien à la valeur, à la liberté de l’aumône du côté du donneur,ni à la reconnaissance du côté de celui qui est obligé de tendre la main.

Notre prochaine réunion a lieu jeudi 14 du courant, nous ne pouvions viser autre chose pour ce jour qu’à exposer aussi lucidement que possible l’état de la question. Nous avons jugé à propos, pour ne rien précipiter de laisser à chacun le temps voulu pour une étude aussi importante. La première réunion a été un peu plus nombreuse que la seconde, cependant vendredi dernier 22 du mois, nous avons encore vu avec plaisir plusieurs notables de la commune.

Ci-dessous le résultat des délibérations :

Dès la première séance, un très petit nombre était d’avis de concentrer toutes les aumônes dans la maison commune, seule maison du reste apte à l’exécution d’une œuvre de ce genre. On serait arrivé sans doute plus vite et plus directement à atteindre le but que l’on se propose, c'est-à-dire à établir un bureau de bienfaisance, un tant soit peu modelé sur les bureaux de bienfaisance établis dans nos villes.Comme la campagne n’offre pas les mêmes ressources que les cités, les membres d’une telle commission seraient nécessairement trop disséminés, et leurs occupations respectives les empêcheraient de vaquer à un emploi de cet intérêt avec l’exactitude voulue. En outre nous avons cru que ce serait rompre trop brusquement avec un usage de tout temps reçu et la conversion du pauvre à coup sûr sera plus difficile encore que celle du riche, pour l’application de la nouvelle mesure.

Nous avons pris ce qui nous semble un moyen terme :

  1. D’une voix unanime il a été reconnu de fermer la porte à tout mendiant venu des autres communes.
  2. On a été d’avis de partager la commune par sections, chaque section se chargera des pauvres les plus voisins ; les indigents seront mieux connus en fait de besoin, ce qui rendra l’aumône plus intelligente d’une part, d’une autre part plus fructueuse.
  3. Comme par le passé, l’aumône sera constituée en nature, nature plus ou moins variée selon les besoin, la nature, les circonstances. Pour ce point la campagne l’exécutera aussi facilement que la ville.
  4. Il a été signalé que si parfois le pauvre n’obtenait pas le nécessaire chez les personnes désignées pour le soulager, il serait loisible de se présenter chez les personnes charitables d’une section voisine, sauf à surveiller l’abus qu’il pourrait exister.
  5. On se montrerait très sévères pour les mères d’enfants illégitimes, afin de prévenir le vice et de l’écarter autant que possible.
  6. Statistique faite des différentes catégories de pauvres, on tiendra compte de ce qu’un valide pourra offrir de ressources pour un invalide.
  7. Il a été aussi décidé qu’une plaque devait être portée par chaque mendiant, laquelle plaque porterait le nom de la commune et un chiffre particulier selon le nombre des membres de la famille indigente ; il pourrait se faire par des circonstances imprévues qu’un membre fût obligé de remplacer un autre mais la plaque serait toujours de rigueur.
  8. Pour toute conclusion de ce qui nous prouve l’honneur de vous répondre, la réunion a reconnu d’un consentement unanime que ce procédé permettrait au bienfaiteur de bien connaître ses protégés nécessiteux, et que ceux-ci, restreints pour leurs courses dans des limites plus resserrées auraient plus de facilités à offrir leurs bras au travail qui leur serait offert pour l’occasion.

Voilà, Monsieur Le Préfet, notre appréciation plus ou moins intelligente et plus ou moins digne de votre attention. Nous espérons et désirons la réussite sans l’assurer. Bien des objections ont dû se faire ici comme partout ailleurs, nous y avons répondu de notre mieux et surtout avec modération pour ne blesser la susceptibilité de personne, et pour obtenir plus facilement la générosité d’une volonté libre. [……]

Plainte de Clévarec, Recteur

Voir également les courriers de Mathieu Clévarec

1858

J’ai loué la jouissance de la place de foire de La Trinité et j’en demande la paisible jouissance, et cependant depuis que je jouis de ce terrain j’ai éprouvé bien des tracasseries.

  1. Au long des jours on m’a enlevé la serrure puis coupé quelques barreaux de la barrière, on y met les moutons quand on y pense le moins.
  2. Samedi dernier des jeunes gens de la Trinité et de Plozévet se sont fait un plaisir d’abattre une partie de la clôture.

Tous ces faits doivent être à la connaissance de Mr Le Maire.

Je crois que légalement parlant il est obligé d’y porter remède ; toute commune doit avoir sa police : Mr Le Maire a à son service un garde champêtre rétribué plus ou moins par la commune et dont les attributions sont de signaler les délits et d’y porter remède.

Or il n’y a qu’une voix à Plozévet, pour dire que loin de faire son devoir, il fomente le désordre par ses ivrogneries et il est à craindre que si l’on continue à favoriser le désordre on ne puisse plus marcher en sûreté sur le terrain de Plozévet.

Je me permets de signaler ces faits à Mr le Maire pour qu’il y porte remède, c’est un devoir strict et rigoureux pour lui.

Signé : Clévarec, recteur de Plozévet.

plainte de Mr Clévarec….

un peu plus tard

Monsieur le maire, il y a un cri général à Plozévet à la vue des désordres qui se tolèrent au bourg le dimanche et même les jours sur semaine. Parmi les sauvages on ne se maltraite pas à ce point. Tous les dimanches, le bourg est plein, jusqu’à la nuit et probablement au-delà. On ne peut plus sortir de la maison sans voir le spectacle hideux d’hommes qui se battent comme des animaux, et cela à la vue de l’autorité qui craint de se montrer.

N’êtes–vous pas affligé, comme moi, Monsieur le Maire, de voir un si grand nombre d’hommes, manger dans les auberges de Plozévet le pain de leurs enfants, promener leur scandale un jour consacré au seigneur et faire porter aux quatre vents la réputation de la commune ? la chose est déjà passée en proverbe : Si vous voulez voir des désordres, si les désordres vous amusent, venez au Bourg de Plozévet, là, les auberges sont ouvertes à qui a de l’argent pour payer.

Aussi Plozévet est le rendez-vous de tout ce qu’il y a de mauvais dans les paroisses voisines, persuadé que l’on est qu’il y a pleine liberté.

Monsieur Le maire, je n’aime pas m’immiscer dans l’administration civile, mais le désordre est arrivé aujourd’hui à un tel point que je crois que c’est un devoir de conscience pour moi de vous le signaler, car il n’est pas douteux pour moi qu’il soit parfaitement en votre pouvoir de porter quelque remède à un si grand mal.

Ainsi, Monsieur Le Maire, si vous refusez à faire droit à ma juste demande, vous me mettrez dans l’obligation d’instruire Monseigneur et Monsieur Le Préfet de ce qui se passe afin qu’il aviser au moyen d’arrêter ces désordres. J’ai beaucoup tardé, peut être aurais-je dû les prévenir plus tôt.

Vous voyez M. Le Maire que je ne vous cache rien, ma détermination est prise, à moins que vous ne vouliez bien arrêter ce torrent...

Textes recopiés sur le registre de correspondance par Pierre Julien.

victoire de Magenta

Il s'agit de la victoire, durant la campagne d'Italie, de Napoléon III sur les autrichiens

Juin 1859

Lettre du Préfet.

Monsieur le Maire, la victoire de Magenta dont vous avez reçu la nouvelle, vient d’inaugurer d’une manière glorieuse la campagne d’Italie et d’ouvrir aux français les portes de Milan. L’Empereur et le roi du Piémont sont entrez hier dans la capitale de la Lombardie, aux acclamations enthousiastes des habitants qui Les ont reçus comme des Libérateurs.

Nous devons rendre grâce à la Providence de la protection qu’elle a accordée à notre Empereur et à notre brave Armée

En conséquence, un Te Deum sera chanté dimanche prochain 12 juin, dans toutes les église de France.

Je vous prie, Monsieur Le Maire, de convoquer à cette cérémonie, toutes les autorités et les anciens militaires, et de vous entendre à ce sujet avec l’Autorité Ecclésiastique qui, de son côté a reçu des instructions de Monseigneur l’Evêque .

bataille de Marignan

Juin 1859

Dépêche télégraphique : « Milan, 9 juin ; 10 heures du soir, Paris le 10juin. Les Autrichiens s’étaient retirés à Marignan. L’ Empereur a envoyé le Maréchal Baraguey d’ Hilliers les déloger ; il a pris le village avec peu de pertes ; le corps autrichien de Benedeck a été repoussé. On a fait 1200 prisonniers. » Pr Copie Cnfe , signé Ch. Richard.
Ce combat a été précédé de ceux de Montebello ; Casteggio ; Palestro, Magenta et l’entrée de Milan.

Charles Richard préfet du Finistère de fin 1851 jusqu'en 1868; ce fut l'un des rares préfets à rester à son poste dans la durée

Récolte du goémon

185x

Nous, Pierre Julien, Maire de la commune de Plozévet, canton de Plogastel Saint Germain, arrondissement de Quimper, département du Finistère, vu

  • 1°) les arrêtés de Monsieur Le Préfet de notre département en date du 30 août 1828 et du 15 novembre de la même année, inséres au bulletins administratifs n° 667 et 669 ;
  • 2°) la loi du 18 novembre 1814 (les travaux ordinaires doivent être interrompus les jours de dimanches et de fêtes religieuses.)

Considérant qu’il est dans le cercle de nos attributions de faire des arrêtés pour le maintien de l’ordre public et pour faire respecter la religion de la majorité des français ;

Que, malgré les avertissements multipliés donnés par nous aux habitants de Plozévet pour les empêcher d’aller à la côte ramasser du goémon les jours de dimanches et fêtes religieuses, ceux –ci continuent à ne tenir aucun compte des avertissements qu’on leur donne.

Avons arrêté et arrêtons ce qui suit :

Article 1er.

Il est expressément défendu à tout individu de Plozévet d’extraire du chiendent et autres racines des dunes ou falaises sur tout le territoire de cette commune.

Article 2.

La récolte et l’enlèvement du goémon sont à nouveau interdits avant le lever et après le coucher du soleil, et néanmoins il est permis à tous les particuliers d’en faire toutes les recherches et enlèvements depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, avec des charrettes, civières et harnais par les chemins de la côte depuis la commune de Pouldreuzic, jusqu’à celle de Plouhinec.

Article 3.

Il est aussi expressément défendu de récolter , de brûler et d’enlever du goémon sur le littoral de la commune de Plozévet, les dimanches et jours de fêtes légalement reconnues.

[….]

Demande d'établissement d'un octroi sur les boissons

septembre 1859

J'ai l'honneur de vous envoyer, ci-joint deux extraits d'une délibération prise par le conseil municipal de Plozévet dans sa séance ordinaire du mois d'août dernier, relative à la demande d'établissement d'un octroi sur les boissons qui seront à l'avenir consommées dans la commune ; j'y joins un état des droits présumés que doit produire l'impôt dont il est question.

Pour me conformer au désir exprimé parle conseil municipal, je viens vous prier, Monsieur Le Préfet de vouloir bien appuyer cette demande de tout votre crédit auprès du gouvernement de sa Majesté l'Empereur, car la création d'un octroi à Plozévet est appelé à faire un grand bien parmi les habitants qui en font partie.

D'un côté, elle produira à la commune quelques ressources qui lui permettront de faire aux édifices publics les réparations les plus urgentes, ainsi qu'aux chemins vicinaux, qui sont dans un état déplorables et peuvent même en certains endroits compromettre la sécurité des passants, et de venir en aide aux indigents de la commune dans les années où les ressources mises à leur disposition par les personnes charitables seraient insuffisantes. D'un autre côté elle détournera les habitants de leur penchant à l'ivrognerie, par la nécessité où ils se verront de payer un droit en sus des prix d'achat des boissons qu'ils consomment à domicile.

J'ose espérer, Monsieur le Préfet, que vous voudrez bien prendre en considération l'établissement dont il s'agit, et le recommander à toute la sollicitude du Gouvernement car vous connaissez l'état de gène dans lequel se trouve la commune par suite de défaut de ressources.

Recevez ...

signé P Julien

Longtemps la commune de Plozévet avait demandé la possibilité d'établir un octroi sur les boissons alcoolisées, mais cela avait été refusé par le Ministère. Cette fois-ci sera la bonne. Lors de la délibération du conseil municipal de février 1860 le maire met en avant la consommation d'alcool à Plozévet :
"Que la boisson qui se consomme à Plozévet est très considérable vu le passage de leurs 2 grandes routes de Quimper et de Pont l'Abbé vu aussi les foires mensuelles de Pont-Croix et le grand penchant des campagnards pour l'alcool.
Que dans la moyenne de la consommation annuelle fournie par la régie des contributions ne figurent que les différentes quantités chez les débitants de Plozévet.
Que par ailleurs on consomme dans la commune chez les provisionnaires, soit à l'époque du carnaval, de la moisson et des mariages qui sont en grand nombre, plus du double de cette quantité.
Qu'à l'époque de la tenue de la foire de la Trinité, il se rend sur cette place un très grand nombre de débitants étrangers à la commune et qui vendent également une grande quantité de boissons."

Recherche dans l’intérêt des familles

Octobre 1859

Monsieur Le Préfet,

J’ai l’honneur de vous prier de faire la recherche d’un nommé Vigouroux Jacques, habitant de cette commune, et qui a abandonné sa femme et un enfant en bas âge, sans aucun moyen de subsistance.

Cet homme était détenu dans la maison centrale de force et de correction de Fontevrault , il a été libéré le 27 août dernier, avec un passe-port pour Quimperlé. Sa femme a écrit à M le Maire de Quimperlé, et ce magistrat lui a répondu que son mari n’était pas dans cette commune.

On n’a pas entendu parler de lui depuis sa sortie de prison.

Agréez etc….(sic)

« Ian vras » et la vache Perennou à Bremphuez

Le 19 décembre 1859 a comparu à la mairie, Vincent Pérennou de Bremphuez, lequel nous a déclaré que hier il avait conduit sa vache pâturer dans un champ voisin de celui de B…. Jean (ian vras) aussi de Bremphuez, que celle-ci étant allée sur les légumes de B…. , il s’était mis à la maltraiter à coups de pierres. Pérennou dit à B…. qu’il ne devait point faire subir de mauvais traitement à sa bête mais faire payer le dommage qu’elle avait causé ; B…. lui répondit que s’il ne se taisait pas, il aurait été traité de la même manière.

Ce matin 19, il allait à Landudec trouver Maître Le Bail notaire, lorsque le B….le rencontre , le prend à bras le corps et le jette à terre en lui disant qu’il aurait perdu la vie entre ses mains et lorsque Pérennou était tombé à terre B…. lui avait donné deux coups de sabot et pendant qu’il s’éloignait il lui jetait encore des pierres.

J’ai offert de poursuivre B….en justice, Pérennou ne l’a pas voulu.

Fils, soutien de famille

1860

Monsieur Le Général de Brigade, comdt le finistère à Brest. J’ai l’honneur de vous adresser cette lettre pour vous prier de bien vouloir prendre en considération la triste condition du sieur Pochic, père du jeune P, soldat au 15ème régiment de ligne , actuellement en congé de réserve à Plozévet.

En effet, lors de la signature de la paix de Crimée, le sieur P est rentré dans ses foyers avec un congé de soutien de famille, car son père se trouvant alors seul à la tête d’une exploitation agricole assez importante, ne pouvait à cause de son âge et de ses infirmités, la diriger convenablement. Mais son fils est alors venu lui apporter un peu d’aide et de consolation.

Rappelé de nouveau à l’époque de la guerre d’Italie, il est revenu chez lui aussitôt après le traité de Villafranca, et aujourd’hui tout le fardeau attaché à une exploitation pèse sur lui.

Etant persuadé que si le sieur P est rappelé sous les drapeaux à l’expiration de son congé, son père se verra contraint d’abandonner sa ferme, je vous prie, Monsieur Le général d’user de toute votre influence et de tout le pouvoir dont vous disposez, pour faire en sorte que ce jeune homme reste dans sa famille. Personne ne le mérite plus que lui, car, outre que son père ne peut rien sans lui, il se conduit encore de manière à mériter la confiance de tous ceux qui le connaissent.

Dans l’espoir que vous voudrez bien agréer la demande que j’ai l’honneur de vous faire, je vous prie, Monsieur Le Général,

de recevoir mes remerciements et de me considérer comme le plus respectueux de vos serviteurs.

Le Maire de Plozévet, signé : P. Julien.

Instruction primaire : Maison d’école

juillet 1860

La description ci-dessous correspond à la fameuse maison Perrot construite sans autorisation dans les années 1820 sur le terrain du presbytère. Le terrain sur lequel était construite cette maison étant en pente, la façade, située à l'ouest, était enterrée sur une hauteur de 1m50. La nouvelle école sera enfin bientôt construite

Lettre de l’administration, adressée à M. Le maire et recopiée par lui.

Il résulte des renseignements que je reçois que la maison d’école de Plozévet qui appartient à la commune, se compose :

Au rez de chaussée d’un salon, d’une cuisine, d’un corridor où se dépose la provision de bois, d’une écurie et d’une étable.
Au premier étage, de deux chambres et d’un cabinet.
Au-dessus de cet étage et sur toute la maison est un beau grenier.
Le salon du rez-de-chaussée est affecté à une classe de filles dirigée par la femme de l’instituteur.

Une des chambres du premier étage est affectée à la classe de garçons, et dans le cabinet de cet étage est installée la mairie.

L’instituteur n’a, par suite, pour son habitation personnelle qu’une chambre et une cuisine. Il n’a qu’un enfant et ce logement, bien que restreint, ne peut être considéré comme insuffisant.

La classe, qui pour 36 élèves n’offre qu’une superficie de 32ca55 et un volume de 80m3 811, est trop petite, elle n’est éclairée que par deux croisées opposées de 1m sur 0.60m et doit être sombre en hiver. Une de ces croisées, celle donnant sur le jardin du presbytère étant condamnée , et ne pouvant s’ouvrir, l’air ne peut pas être facilement renouvelé.

La population de Plozévet étant 3053 habitants et le nombre des élèves devant, au moins avec le temps devenir plus considérable qu’il ne l’est, l’insuffisance de cette classe ne peut que s’accroître. Un des murs est adossé au jardin du presbytère, dont le sol, dans toute la longueur de cette maison est élevé de 1.50m environ au dessus du rez-de-chaussée . Le rez-de-chaussée est tellement humide qu’on ne peut y rien laisser et qu’on ne saurait y installer la classe.

Il a été, le 25 nov. 1845, dressé par Mr Bigot, un plan et un devis pour la construction d’une maison d’école à Plozévet et le 11 janvier 1846, le conseil municipal a refusé de donner son approbation à ces pièces en faisant observer qu’il était à désirer, que la mairie dont il n’était pas question, fût comprise dans la construction. [….]

Toujours est-il qu’il n’y a à ce jour aucune exécution. Le terrain sur lequel on se proposait de bâtir est un terrain communal. Il est situé au bourg et m’a été montré. On peut y construire une maison, y avoir une cour et un jardin.

[….] Une modification de ce qui existe me parait nécessaire.

Veuillez…

Mort du Prince

juillet 1860

Le plus jeune frère de Napoléon Bonaparte qui décède à l'âge de 75 ans.

Mort du prince Jérôme Napoléon. Convocation des autorités.

Monsieur l’Empereur a décidé qu’un service funèbre , auquel devront assister les autorités et les corps constitués sera chanté dans toutes les église de l’Empire le mardi 10 du présent mois pour le repos de l’âme de Son Altesse Impériale Le Prince Jérôme Napoléon, décédé le 24 juin dernier.

Batterie du Loch

23 juillet 1860

Lettre recopiée par le Maire :

Monsieur Le Maire,

Il existe sur votre commune une batterie de côte appelée batterie du Loch.

Cette batterie reconnue inutile au service militaire, vient d’être remise au Domaine par le Département de la Guerre, et l’administration de l’enregistrement se propose de la revendre aussi tôt que possible : c’est ce que m’apprend Mr le Directeur de Quimper par sa lettre du 21 juillet 1860 n° 1081 C.G ; Mr le directeur ajoute qu’il importe que je m’entende avec vous pour faire cesser immédiatement tous les empiétements qui pourraient exister aujourd’hui et qui seraient de nature à porter atteinte aux droits du domaine, et pour prévenir tous ceux qui pourraient être faits à l’avenir.

En conséquence de la réception des ordres, je viens prier monsieur le Maire de bien vouloir me donner tous les renseignements suivants, en raison des questions que je me pose, pour plus de clarté.

  • 1) De quoi se compose la dite batterie du Loch ?
  • 2) Quelle est l’importance de la construction ?
  • 3) Y a-t-il un terrain dépendant de la batterie et quelle est sa contenance et celle du terrain sur lequel est construit le bâtiment?
  • 4) Le bâtiment est-il occupé par quelque personne ?
  • 5) Le terrain est-il possédé et cultivé actuellement ?
  • 6) Dans le cas de l’affirmative, indiquez les noms, prénoms et domiciles de tous les individus qui habitent la batterie et jouissent du terrain.

La matrice et le plan de votre commune pourront vous donner facilement les indications que je vous demande en premier lieu, quant aux derniers il vous sera également facile de les procurer.

Si les bâtiments sont occupés , si le terrain est occupé ou s’il a été empiété et réuni à une autre propriété personnelle, je vous prie de vouloir bien signifier aux habitants cultivateurs ou usurpateurs l’ordre d’abandonner immédiatement les biens de l’état.

Si vous éprouvez un refus sur ce point, vous aurez l’obligeance de m’en informer tout de suite afin que je puisse mettre Mr Le Préfet à même de faire exécuter cette évacuation par la force armée.

Vous voudrez bien m’annoncer le déguerpissement s’il a lieu sous votre ordre et veiller à l’avenir à ce qu’aucun empiètement ne se produise.

Je vous prie également de me faire connaître la résidence de l’officier des douanes qui commande la brigade de Plozévet ; je dois écrire à cet officier pour le prier de surveiller par ses agents la propriété appartenant aujourd’hui au domaine.

Veuillez avoir l’obligeance de répondre le plus tôt possible en bas ou à la suite de la présente […]

Le Receveur de l’Enregistrement.

Signé Champier.

Réponse de Pierre Julien

Monsieur Le Receveur,

En réponse à votre lettre du 23 juillet, j’ai l’honneur de vous faire connaître que :

  1. La batterie du Loch se compose de trois parties, d’une maison principale ayant servi de logement, d’un autre distincte au nord et qui a dû être une poudrière, et enfin à l’ouest et contiguë à la maison principale, d’une petite guérite pour factionnaire.
  2. La construction est très peu importante, le toit de la maison principale est en pierres, mais elles sont tellement disjointes qu’il y tombe de l’eau de toutes parts ; la poudrière n’a plus de porte et la guérite est en ruine. Il ne reste aucun vestige de la batterie proprement dite.
  3. La contenance du terrain dépendant de la batterie est de 38 ares et celle du terrain occupé par les bâtiments 52.37ca, mesures prises sur les lieux.
  4. Le bâtiment principal, seul endroit où l’on puisse loger, est occupé par deux veuves, savoir : Catherine Le Gouill, veuve Moreau qui est mère de trois enfants en bas âge vivant avec elle et Angèle Hélias, veuve le Berre, qui n’a avec elle que son fils Yves (tous sont des indigents) Quant au terrain ,il sert à diverses personnes à étendre du goémon, et les nommés François Cogan, Alain le Berre (dit bian), et Pierre le Pape, les trois de Lestréouzien, y ont, le premier un tas de goémon et les autres chacun un feu pour brûler le leur.
  5. Le terrain n’est susceptible d’aucune espèce de culture.

Sur l’ordre que j’ai donné aux habitants d’abandonner la maison, il m’a été répondu qu’il leur était impossible dans ce moment, et même avant la St Michel, de pouvoir trouver à se loger en aucun autre endroit, ils demandent donc un délai jusqu’au 29 septembre , ce que je sollicite pour eux.

Le Capitaine des domaines commandant la Brigade de Plozévet demeure à Audierne, l’Inspecteur à Crozon et le Directeur à Brest.

Recevez de M. Le Maire… signé Moris, adjoint.

En août 1860 la mandat de Pierre Julien est renouvellé par le préfet. Pierre Julien refuse dans un premier temps, le justifiant par le fait qu'il perd la vue. Le préfet insiste et lui demande de revoir sa position. Pierre Julien finit par accepter.

Incendie au moulin Coign

26 avril 1861

Monsieur Le Préfet ,

photo étang Le Maire de la commune de Plozévet s’empresse de porter à votre connaissance que le 26 avril dernier à sept heures du soir un incendie s’est manifesté en cette commune au lieu du moulin Coign et a duré pendant environ 3 heures avec une grande activité. Deux maisons ont été atteintes par l’incendie.

Celle portant le numéro 1187 (*) de la section C appartenant au sieur Pouchoux Jean Baptiste où le feu s’est déclaré. Cette maison est entièrement détruite, ainsi que la 2ème portant le n° 1187 bis de la même section qui, ayant servi autrefois de maison d’habitation , était occupée actuellement par les bestiaux dudit Pouchoux.

La maison et ses dépendances étaient assurées ; la police d’assurance portant le n° 11418 a été passée entre le propriétaire et la compagnie mutuelle de Bretagne, l’immeuble y est estimé 3000fr, le mobilier à 260fr. Les pertes supportées par les victimes de cet incendie sont évaluées à quatre mille francs pour le sieur Pouchoux qui, outre son mobilier possédait encore dans l’un des bouts de la maison servant de moulin, environ 66 sacs d’orge, 4 de seigle, ¼ de blé noir et un peu de froment, tant pour lui-même que pour les personnes qui font moudre à son moulin.

Le sieur Le Guellec Corentin demeurant au même lieu, et dont la maison n’était distante du foyer de l’incendie que d’une quinzaine de mètres, a éprouvé un dommage de 300 fr environ.

Je vous prie, Monsieur le Préfet, de vouloir bien accorder à ces personnes un secours sur les fonds départementaux.

La cause de l’incendie est restée inconnue jusqu’à ce jour, et je suis assuré qu’on ne peut l’attribuer à la malveillance.

Beaucoup de personnes se sont rendues sur le lieu du sinistre, mais peu se sont livrées à un travail sérieux.

Parmi les personnes qui ont montré le plus de zèle et de dévouement, je me plais à vous citer le sieur Yves le Corre demeurant à Merros qui est monté sur le mur de la maison pour préserver d’une destruction complète les meules placées de ce côté, ainsi que les sieurs Deroff Charles, instituteur, et Le Goff Jules, débitant au Bourg de Plozévet, qui arrivés sur les lieux tout couverts de sueur, sont entrés immédiatement dans l’étang pour puiser de l’eau et donner l’exemple aux autres personnes qui s’y trouvaient.

Sieur Deroff, entendant le sieur Le Corre demander de l’aide sur le mur, voyant que personne ne répondait à son appel, y est monté immédiatement et y est resté exposé au feu jusqu’à ce que tout danger eût disparu, c'est-à-dire pendant une heure et demie environ. Il a eu les semelles de ses souliers entièrement consumées.

Fait à Plozévet le 4 mai 1861, signé Moris adjoint.

Charles Deroff était instituteur à Plozévet depuis 1850, époque à laquelle il sortait de l'Ecole Normale. Il était né en 1831 et était originaire de Saint Pol de Léon. Il donna satisfaction dans son travail comme on peut le lire certaines délibérations du conseil municipal. Il logeait dans la maison Perrot. Charles s'était marié en 1853 avec Marie Jeanne Guillou. Ils auront 6 enfants dont 3 décèderont en bas âge. Marie-Jeanne, son épouse, décèdera en 1865. Il était selon Pierre Julien de faible constitution et devrait bientôt arrêter ce métier d'instituteur. Ce sont les soeurs de Kermaria qui vont enseigner à Plozévet l'institutrice arrivant en mai 1863. Le coût pour la commune serait bien moindre car un instituteur avait un salaire minimum garanti de 600 frs par an. Il va devenir bientôt cabaretier/receveur d'octroi et secrétaire de mairie. C'est l'époque, 1863-1864 où les registres d'état-civil ne seront pas remplis pendant deux ans entrainant la destitution du maire et le remplacement du secrétaire de mairie. En 1866 il est installé au bourg comme cabaretier, il a 3 enfants, Marie-Marguerite âgée de 8 ans (x 1892-†1896), Henriette âgée de 5 ans (x1885) et Charles-Marie âgé de 3 ans(x1885). Charles Deroff décède un an plus tard , le 7 décembre 1867 à seulement 36 ans dans un certain dénuement. Il laisse derrière lui 3 orphelins..

Mort accidentelle

1862

Monsieur le Juge de Paix,

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance un accident arrivé avec une personne de Plozévet

Hier , en revenant de Pont Croix, le sieur Labory Jean Louis, boulanger monta dans la voiture d’un nommé Burel Guillaume de Kéribinou, lorsqu’en arrivant au bas de Ménez neis pic en Plouhinec , il tomba de voiture et l’une des roues en passant lui fracassa le crâne. La mort s’en est suivie.

Voici ce que dit le docteur Kerloch appelé pour le voir :

« Je ne sais pas dans quel état se trouvait Labory, ce qui est certain c’est qu’il n’est pas mort par suite d’ivresse mais par suite d’une fracture du crâne par la roue de la voiture, accident qui peut arriver à l’homme le plus sobre. »

[….]

Amende au sonneur du Carnaval

février 1863

Le 18 février 1863, nous, Maire de la commune de Plozévet, informé que le nommé Mathieu Lannou, joueur de biniou, demeurant à Ménez Kergabet en Plozévet avait formé une danse sur la route de Gde Communication dans la traversée du Bourg, et par suite, des rassemblements qui s’étaient formés autour de lui, gênait considérablement la circulation ; l’avons sommé de cesser immédiatement de sonner ; il m’a répondu qu’il avait reçu de l’argent des nommés Gella Alain et Gouzien Michel de La Trinité et qu’il était obligé de satisfaire à l’engagement qu’il avait contracté.

Nous lui avons en conséquence déclaré qu’il était en contravention avec la loi qui défend de gêner la circulation et, en second lieu, pour manque de respect à l’autorité.

En foi de quoi…….

Le mandat de Pierre Julien se termine en 1865

Internement

24 août 1873

L’an 1873, le 24 août, à une heure du soir, devant Nous , Pierre le Quéré, adjoint, remplissant pour le maire absent, les fonctions de Maire de la commune de Plozévet (Finistère).

Sont présents Jean Le M , tisserand, âgé de quarante ans, époux de l’aliénée ci après désignée, accompagné des témoins dont les noms suivent :

Yves F âgé de quarante trois ans,

Jean Le P, âgé de quarante cinq ans,

Henri H âgé de trente neuf ans ,

Jacques Q, âgé de soixante ans,

Les quatre témoins demeurant au village de Kermenguy en Plozévet, voisins de l’aliénée.

Lesquels nous ont déclaré que Marie Urbaine G , cultivatrice âgée de trente neuf ans, épouse du dit Jean Le Meur, demeurant au dit village de Kermenguy, est atteinte d’aliénation mentale depuis quinze jours, et que depuis le seize juillet courant elle est sujette à des attaques fréquentes de folie furieuse qui la rendent dangereuse pour elle-même et pour les personnes qui l’entourent.

Elle a déjà mordu deux de ses enfants , dont l’un âgé de quatre ans et l’autre de deux mois et leur a occasionné quelques meurtrissures .

Malgré la surveillance constante à laquelle elle est soumise, cette femme doit être admise le plus tôt possible dans l’asile des aliénés où elle a déjà été placée à deux reprises différentes, ses ressources ne lui permettant de supporter qu’une faible partie des frais d’entretien et de traitement.

De tout quoi le dit Jean le M et les quatre témoins nous ont fait le présent rapport qu’ils ont affirmé conforme à la vérité.

[…..]. seul, Le Hénaff signe

Le Maire est Guillaume Le Berre

L'hôpital d'aliéné était l'hôpital Saint Athanase situé à Quimper et à la bien triste réputation. Cet hôpital devint l'hôpital psychiatrique Gourmelen en 1959. Il existe un ouvrage datant de 2006 de Gaële Quenet-Nicolas: Etre fou au XIX ème siècle qui porte entre autres sur cet Hôpital.