Mathieu Clevarec recteur de Plozévet 1858-1872

Archives diocésaines Quimper série 1P Plozévet

Lettres

J'ai retranscris ici les lettres d'un recteur de Plozévet Mathieu Clévarec dont les courriers reflètent l'air du temps, c'est à dire les années 1858-1872. Mathieu Clévarec était généreux dans ses intentions et désintéressé. Ces qualités ne furent pas toujours récompensées. Les lettres originales ont parfois une encre très pâle et de ce fait je n'ai pu décoder certains mots (très peu en fait) d'où les points d'interrogation ajoutés dans le texte. Si les points d'interrogation sont entre parenthèses cela signifie que j'ai eu un doute dans la retranscription du mot qui précède.

La lettre suivante est écrite par le recteur Mathieu Clévarec le 6 juillet 1858, peu après son arrivée à Plozévet. Sa hiérarchie lui demande de verser une indemnité à son prédécesseur, Jean Marie Cudennec, qui lui a laissé un verger et un potager en bon état. Il voudrait, que de même, on lui verse une indemnité pour ce qu'il a laissé derrière lui à Plogoff et qui bénéficie au recteur Hingant qui lui considère qu'il n'y a pas lieu de payer quoique ce soit puisque la pousse des légumes, du foin est spontanée.

Monsieur Dufeyner,

Je viens de recevoir une lettre de M Cudennec qui vous a consulté relativement aux produits du jardin de Plozévet ; votre décision est qu’il faut les estimer selon leur valeur à mon arrivée dans cette paroisse. Je vous avoue que j’étais bien de cet avis dès le début, mais mon successeur à Plogoff se basant sur l’autorité des avocats de Toulouse, a prétendu aussi qu’on ne me devait aucune indemnité pour les produits de Plogoff ; cependant il est impossible qu’il n’y ait pas réciprocité. Je vous prierais donc Monsieur Dufeyner de vouloir bien me donner une décision.

  • 1° j’ai créé le petit jardin de Plogoff, il était positivement en friche quand j’y suis arrivé et aujourd’hui il est en plein rapport du moins pour les légumes.
  • 2° il existe à Plogoff une prairie dont un bon tiers n’est pas susceptible d’arrosement et M Yveu y faisait paître ses vaches. Or j’ai défriché tout ce terrain, dans une partie j’ai planté des pommes de terre, dans une autre de la luzerne et dans une autre un très beau carré d’artichauts.
  • 3° Il y a à Plogoff un champ contenant de 34 à 40 ares, qui n’avait pas été ouvert depuis plus de 25 ans. J’ai fait casser à la pelle la moitié de ce champ pour y semer des plantes fourragères (tel que carottes, panais, etc.. ;) Je croyais du moins qu’il était de toute justice de payer au moins les semences, le fumier et la main d’œuvre.
  • 4° il existe encore à Plogoff une prairie qui contient au moins un journal et ¼ (*) or la prairie a été entièrement fumée, il a fallu au mois de novembre employer plus de 12 jours pour y faire les rigoles pour la conduite des eaux, il a fallu toute les semaines et même plus souvent leur changer de direction ; et quand mon changement est venu, j’étais à la veille de faire couper mon foin, il était déjà parfaitement mûr. Ne serait-il pas juste ou d’avoir une partie du foin ou d’avoir une indemnité.
D’après M Hingant c’est un fruit spontané, mais outre la spontanéité, il y a aussi de l’industrie et de la peine. J’ai dit à M Hingant que je me reporterais entièrement à la décision de mes supérieurs. Voudriez-vous Monsieur Dufeyner avoir l’obligeance de me donner une décision à cet égard, décision que je pourrai communiquer à M le recteur de Plogoff. Je vous dirai en terminant que M. Yveu mon prédécesseur à Plogoff, ne m’a laissé à son départ qu’un demi millier de foin (*) quoique nous ne fussions encore qu’au 15 novembre. Veuillez agréer ...
Clévarec recteur à Plozévet
Le 6 juillet 1858

* 1 journal vaut environ 48,6 ares et donc ici nous avons une prairie de 60,75 ares (6075 m2)
* un demi millier de foin : comprendre un demi millier de bottes de foin (Dict. de l'Académie française 5eme ed. 1814)

Lettre de M Clévarec à l'évêché en date du 14 juillet 1858 : il ne retrouve pas les comptes de la fabrique

Monsieur Dufeiner,
Je vous expédie le compte de 1857 et le budget de 1859. Je ne sais si vous les trouverez bien rédigés, car pour le compte il m’a fallu travailler sans base et malgré la peine que je me suis donné je n’ai pu rien voir de clair dans le journal de M Cudennec. Tout ce que j’ai fait c’est à l’aide de quelques renseignements que le trésorier m’a fourni. Il m’a été impossible de savoir qu’elle a été la recette, qu’elle a été la dépense de 1857, ni qu’elle a été la nature de la dépense. Tout ce que je puis constater c’est que la caisse de la fabrique est vide et que d’autre part on doit aux ouvriers une somme de 350frs, d’après les notes fournies. Je présume qu’on a fait une forte dépense pour le mur du jardin car par ailleurs je ne vois rien. La toiture de l’église est en grande partie à renouveler et les 3 chapelles sont dans le plus triste état possible. Je vous prie donc M Dufeiner d’être le plus indulgent possible pour cette année car je ne vois d’autres moyens de rendre le compte que celui que j’ai employé ; d’ailleurs Monseigneur, à Pouldreuzic, m’a dit de faire de mon mieux et qu’on ne regarderait pas de si près pour cette année.

Je vous dirai aussi que je n’ai pu trouver le budget de 1858. Je vous serai très obligé si vous vouliez bien me le faire passer de l’évêché.

J’ai l’honneur d’être votre très humble serviteur
Clévarec, recteur de Plozévet
Plozévet le 14 juillet 1858.

Lettre de Mathieu Clévarec au préfet en date du 8 novembre 1860. Il y défend l'idée de faire venir à Plozévet des soeurs de charité en lieu et place de l'instituteur. Il s'inquiète de l'immoralité des femmes à Plozévet ainsi que de leur manque de modestie.

Archives départementales Quimper 2O 1472

M. Le préfet

Permettez-moi de vous témoigner ma juste reconnaissance pour le secours que vous avez bien voulu nous accorder pour la toiture notre Eglise.

J’ose encore aujourd’hui faire un nouvel appel à votre bienveillance pour une œuvre d’une plus haute importance, c’est relativement à une maison d’école que la commune voudrait bâtir ; mais comme l’école dirigée depuis plusieurs années par un instituteur n’a pas jusqu’à présent de résultats, toute la population fait des vœux en faveur de deux sœurs de charité, une pour une école mixte et une autre pour voir les malades indigents. Je crois qu’une école dirigée par une sœur de charité serait un avantage appréciable surtout pour l’instruction des petites filles qui sont aujourd’hui totalement abandonnées or cet abandon et cette ignorance sont la principale cause de la démoralisation(*) chez la femme. Il est à votre connaissance sans doute M. Le préfet que la femme à Plozévet est beaucoup plus désordonnée que l’homme et plus que lui peut-être, livrée au vice dégradant de l’ivrognerie ; or ce vice surtout chez la femme mène directement à l’immoralité et à des désordres sans nombre. Par suite de cette démoralisation l’éducation des enfants est totalement négligée, les ménages sont en désordre et par suite de ce malaise qui pèse sur presque toute la population. Je vois donc M. Le préfet que le moyen le plus efficace de moraliser peu à peu cette malheureuse population, ce serait de commencer par la femme et lui donner de bonne heure des principes de modestie et d’économie.

Je vois aussi qu’une sœur pour voir les malades indigents serait une ressource précieuse et d’autant plus précieuse qu’il y a à Plozévet un très grand nombre d’indigents qui ne peuvent jamais avoir la visite du médecin et par ailleurs ceux qui les entourent ne savent même pas leur faire un peu de tisane. C’est à ne pas y croire combien ces pauvres malades sont délaissés. Une autre plaie existe à Plozévet, outre un assez grand nombre de mendiants, il existe un assez grand nombre voisins de la mendicité ; la soude n’a que manquer une année et voilà 4 à 500 pauvres de plus. Or à l’aide d’une sœur dévouée nous pourrions établir plus tard un bureau de bienfaisance pour venir en aide à ces familles nécessiteuses, du moins pour pouvoir utiliser ces bras, des terrains à défricher ne manquent pas à Plozévet. Je crois que la partie aisée de la population ne manquerait pas de dévouement pour une pareille œuvre si vous pouvez une bonne fois lui donner une bonne direction.

Mais hélas M. Le préfet, les ressources nous manquent ! Il y a bien l’ancienne maison d’école que l’on pourrait vendre à peu près 4000 FRF. J’ai aussi un peu de patrimoine dont je ferai volontiers le sacrifice pour aider à si bonne œuvre ; mais toutes ces sommes réunies ne suffiraient pas encore. Une maison convenable nous coûterait de 8 à 9000 francs, un mobilier strictement indispensable de 10 à 1200 francs, plus une somme de placée pour parer aux éventualités. Nous avons il est vrai un terrain, à moins que M. Hignard de Pont-croix ne nous suscite des difficultés ; nous aurions dans la bonne volonté des paroissiens les pierres et les charrois. Mgr que j’ai consulté à cet égard est d’avis que les 600 FRF donné à l’institutrice soient consacrés à la pension des deux sœurs. L’année dernière à Land[ illisible :udec ?] j’ai eu l’honneur de vous demander votre avis relativement à cette affaire, et vous avez eu la bonté de me dire que pour une pareille œuvre vous pouviez mettre à la disposition de la commune de 4 à 5000 francs. Cette somme est très importante mais je crains qu’elle ne suffise pas. Ici M. Le préfet, je fais humblement un appel à votre grande générosité et soyez persuadé qu’elle n’aura jamais été mieux placée car je ne crois pas que vous ayez dans votre département des administrés qui aient un plus grand besoin de votre bienveillance. Ayez l’extrême bonté M. Le préfet, de nous aider, et nous ferons ce qu’il sera possible. J’ai pris la liberté de vous écrire moi-même car je sais que l’administration compte beaucoup sur mon concours ; j’aurais l’honneur M. Le préfet de vous voir sous peu. Veuillez agréer M. Le préfet les sentiments très respectueux de votre très humble serviteur.

Clévarec recteur Plozévet le 8 novembre 1860

* démoralisation : perte de moralité

Lettre de Clévarec écrite en juin 1861 à l'évêché pour défendre l'idée d'une école mixte, gérée par des religieuses. Il semblerait que l'action de Mathieu Clévarec ait été décisive dans la création de cette école.

Monseigneur,
J’ai déjà eu l’honneur d’entretenir votre grandeur du projet relatif à une institution de sœurs à Plozévet pour la direction d’une école mixte. Le conseil municipal a adressé à M. Le Préfet deux délibérations à cet égard. Monsieur le Préfet qui désire vivement cette institution s’est empressé d’expédier les pièces au ministère, mais son influence, vu le chiffre de la population et le nouveau décret relatif aux nouvelles maisons de l’école veut bien accorder l’autorisation d’une école mixte ; mais M. Le ministre appuyé sur la loi demande une maison tellement spacieuse que la commune se trouve dans l’impossibilité de faire face à cette dépense même avec la subvention de l’Etat.
Une maison de cette dimension d’ailleurs ne serait d’aucune utilité à Plozévet car c’est un fait bien avéré, on y a pas de zèle pour l’instruction.
Nous croyons donc Monseigneur que le nombre des élèves même des deux sexes, ne dépasserait pas 60 à 70, du moins pour les premières années. Nous avons comme preuve l’école des garçons dont le nombre n’a jamais dépassé 30 à 35. Cela tient à deux causes :
1° les père et mère de famille ne savent pas lire et sont par-là, très indifférents à l’instruction de leurs enfants.
2° à Plozévet la plupart sont domaniers et très peu aisées et dès lors les enfants de 10 à 12 ans sont utilisés soit à la garde du bétail, soit à d’autres occupations en rapport avec leurs forces.

Nous sommes donc persuadés Monseigneur qu’une maison, assez spacieuse pour contenir 60 à 70 élèves et de plus le logement convenable aux sœurs, serait suffisante pour plusieurs années.
Si plus tard nous pouvons réussir à atteindre le zèle des pères de famille nous pourrions avoir deux écoles. Une exclusivement pour les garçons et l’autre pour les petites filles.
Pendant les six ou sept ans consacrées à essayer notre projet la commune économiserait une grande partie de la somme nécessaire à une nouvelle construction pour les garçons. Nous désirons Monseigneur une école mixte :
1° parce que les garçons seuls ne donnent que très peu d’élèves et les deux sexes réunis ne donnerait pas un chiffre trop élevé même pour un instituteur seul.
2° parce que nous voulons faire participer à l’instruction non les garçons seuls mais aussi les petites filles qui en ont tant besoin dans ce pays.
3° parce que la commune n'est pas à même d’entretenir deux instituteurs, or avec les 600 frs consacrés actuellement à l’instituteur communal, nous pouvons payer deux sœurs, l’une donnerait une instruction à 60 à 70 enfants l’autre verrait à domicile les indigents malades qui sont si nombreux et si délaissés.
Nous sommes persuadés Monseigneur, que des sœurs de charité sont appelés à faire un très grand bien dans ce pays où l’instruction est si négligée ; le vice dégradant de l’ivrognerie règne même chez la femme. Nous voyons avec douleur le nombre des indigents augmenter et les désordres graves régner dans les familles aisées, et ce mal ne peut que croître vu la mauvaise conduite de la femme.
Nous voyons au contraire avec plaisir les communes où l’instruction est répandue, l’ordre, l’économie, les bonnes mœurs règnent, l’homme comprend sa dignité, est plus dévoué pour ses semblables, est plus attaché aux institutions de son pays et comprend mieux combien d’amour et de dévouement il doit à son prince dont les bienfaits lui sont plus connus et plus appréciés ; or Monseigneur nous désirons vivement procurer à la paroisse le même bienfait, nous demandons avec d’autant plus de confiance que Sa Majesté notre empereur bien-aimé ne désire que le bien de son peuple.
J’ose donc Monseigneur prier Votre Grandeur, de vouloir bien employer auprès de M. Le Ministre votre haute influence et le prier d’avoir la bonté de faire une concession en faveur de Plozévet, et de vouloir bien l’autoriser à bâtir ou à acheter une maison suffisante pour 60 à 70 élèves, s’est mon vœu personnel, c’est le vœu vivement exprimé par toute la population ; en le faisant Monseigneur vous aurez rendu un grand service à Plozévet, et son excellence M. Le Ministre n’aura qu’à se féliciter d’avoir fait une exception pour cette commune qui est aussi réellement dans les exceptions.
Veuillez agréer Monseigneur, les sentiments très respectueux de votre très humble serviteur. Clévarec, recteur de Plozévet le 11 juin 1861.

Lettre de Clévarec au Préfet Richard, en date du 15 novembre 1862. Il informe le Préfet que la personne qui lui avait promis 2000frs pour participer à la construction de la nouvelle école mixte ne le veut plus.
D'où son embarras, car il s'était engagé vis-à-vis du conseil municipal.

Monsieur le Préfet,

Je suis allé le 13 du courant pour avoir l’honneur de vous voir et vous exposer les embarras dans lesquels je me trouve relativement à la maison des sœurs. Déjà M. Le Préfet je vous ai donné connaissance de la promesse à moi faite et même par écrit par une personne de me donner 2000 frs pour cette œuvre ; je pouvais donc compter sur cette somme et je l’avais promise en mon nom vu que la personne ne voulait pas se faire connaître.
Aujourd’hui cette personne s’est mise à la tête d’une autre bonne œuvre et elle m’a déclaré qu’il était impossible de tenir à sa promesse. Je ne puis employer auprès de cette personne que l’arme de la prière et des procédés très délicats car elle m’a déjà beaucoup aidé dans les réparations de mes édifices religieux.
Cependant M. Le Préfet je ne suis pas en position de faire face à une dépense si forte. Je veux bien contribuer à la bonne œuvre dans la mesure de mes ressources mais la somme est trop forte pour un prêtre sans fortune; car d’un côté il y aurait 2000 frs pour aider à la construction et de l’autre près de 2000 frs pour le mobilier, la pharmacie, et le voyage de ces dames. Or M. Le maire m’a dit qu’il ne pouvait rien après la construction de la maison et qu’il lui resterait même des dettes.
J’ai fait part de mon embarras à Monseigneur, il m’a dit qu’il ne voyait d’autres moyens que de s’adresser à vous M. Le Préfet ; tout mon espoir est donc dans votre bienveillance. Je sais M. Le Préfet que vous n’avez promis officiellement que 5000 frs à l’administration de Plozévet, à moi personnellement vous avez eu la bonté d’en promettre 6000 frs et même quelques chose en plus pour aider à monter le mobilier.
Si vous aviez donc la bonté, M. Le Préfet, de vouloir bien affecter au mobilier et à la pharmacie les sommes qui dépasseraient les 5000 frs promis officiellement j’en ai déjà parlé à M. Rabot(?) et il m’a dit qu’il croyait bien que cela pouvait se faire. Voilà M. Le Préfet la position difficile dans laquelle je me trouve, je me suis adressé à l’administration de Plozévet, elle croit qu’elle s’est imposée assez de sacrifices.
Veuillez agréer M. Le Préfet les sentiments très respectueux de votre très humble serviteur
Clévarec recteur de Plozévet
15 novembre 1862

Nous sommes en novembre 1863 et la nouvelle maison d'école a été construite sur le terrain Verret Nevez, face à l'église. Malheureusement, à peine quelques mois plus tard, elle prend l'eau ...Clévarec écrit au Préfet Richard.

Monsieur le Préfet,
Je sens le besoin de porter à votre connaissance quelques observations relatives à la maison des sœurs de Plozévet. J’ai cru devoir faire, à mes propres frais et après le refus de M. Le maire, un plafond au dortoir des enfants ; mais je vois avec peine que c’est en pure perte.
Le toit de la maison fait eau par plus de 15 endroits à la fois. Si on n’y porte remède sans trop tarder les planchers pourriront et le plafond tombera. Les boiseries de toute la maison ont tellement travaillé qu’à peine peut-on fermer ni porte ni fenêtre, et que toutes les cloisons sont à jour. J’ai fait examiner cette maison par un ouvrier compétent, et après l’avoir vue et revue il m’a dit : "toute exagération à part c’est un travail fait en courant et avec du bois vert".
J’ai voulu savoir plusieurs fois, de M. Le maire, si la maison avait été approuvée par l’architecte et il a fini par me dire qu’il ne savait pas lui-même. Il est cependant à craindre M. Le Préfet, que les sœurs ne se lassent de cet état de choses, et ce serait un grand malheur car l’école va très bien et elle est nombreuse, 104 enfants. Je crois donc M. Le Préfet qu’un voyage de l’architecte serait indispensable.
J’ai aussi, M. Le Préfet, fait passer à la Préfecture les pièces relatives à une demande de secours pour le dallage de l’église paroissiale de Plozévet. J’ai déjà eu l’honneur de vous exposer cette affaire et vous avez eu la bonté de me faire une promesse.
Je vous dirais aussi M. Le Préfet que je n’ai pas pu toucher les mille francs que vous avez eu l’extrême bonté de m’accorder pour m’aider à payer le mobilier des sœurs. Le percepteur exige tant de formalités que le secrétaire de la mairie ne sait plus comment s’y prendre. Il est cependant très facile à constater que j’ai dépensé non seulement 1000 frs, mais bien près de 2000 frs. M. Rabot m’a dit au début de cette affaire qu’il suffisait de produire une note signée d’un marchand, note indiquant une dépense de 1000 frs, or c’est ce que nous avons fait ; ayez la bonté M. Le Préfet de nous dire ce que nous avons à faire pour pouvoir percevoir cette somme.

Veuillez agréer, M. Le Préfet, les sentiments très respectueux de votre très humble serviteur.

Clévarec recteur de Plozévet
Plozévet le 17 novembre 1863.

En janvier 1864 Clévarec se rejustifie vis-à-vis du Préfet Richard au sujet des 2000 frs qu'un particulier n'a finalement pas donné. Le maire est P Julien et le secrétaire de mairie est Charles Deroff.

Monsieur le Préfet,
J’ai l’honneur de soumettre à votre appréciation quelques renseignements relatifs à une délibération du conseil municipal de Plozévet. Il a été question dans cette réunion de voter des centimes pour payer la maison des sœurs. A cette occasion on a beaucoup parlé des 2000 frs promis par un particulier à l’occasion de cette maison.
Mais je sens le besoin de vous dire M. Le Préfet que le conseil a été laissé dans une ignorance complète de ce qui s’est passé. On a fait accroire au conseil que le desservant de Plozévet avait avancé une somme de 1800 frs pour payer le mobilier des sœurs, mais les retirait impérieusement ; de là des plaintes, des murmures exprimés d’abord au sein du conseil et colportés plus tard dans les débits de Plozévet.
Or M. Le Préfet j’ai l’honneur de vous dire que le conseil municipal de Plozévet a été induit en erreur par la raison qu’on ne lui a pas présenté la question sous son vrai jour. Voici littéralement ce qui s’est passé : quand la personne qui avait promis de 2000 frs a répondu qu’il lui était impossible de les remettre j’en ai parlé aussitôt à M. Le maire et je lui ai promis de compléter moi-même les 2000 frs autant du moins que mes ressources me le permettrait. Dans mon embarras M. Le Préfet j’ai fait appel à votre bienveillante et vous avez eu la bonté de me promettre 1000 frs pour m’aider à solder cette somme. Et quoique je n’ai pas pu encore recevoir cette somme, j’ai déjà fait une dépense de 1800 frs persuadé que je rentrerais plus tard dans cette somme. Car j’ai toujours cru que je ne m’étais pas trompé sur la valeur de votre parole ni sur le sens de votre lettre que j’ai eu l’honneur de recevoir de vous en 1862. J’ai tout expliqué à M. Le maire et à plusieurs reprises j’ai tout expliqué à M. Le secrétaire.
J’ai même communiqué votre lettre à M. Le percepteur et malgré toutes ces explications on a fait accroire au conseil que cette somme 2000 frs était promise à la commune et non à moi, et que j’avais mauvaise grâce de les réclamer. Quand j’ai donné mes explications au conseil il est parfaitement revenu de son erreur et il m’a témoigné toute sa reconnaissance ; mais il n’est pas moins vrai que M. Le maire est blâmable dans cette affaire et surtout M. Déroff qui mieux que M. Le maire sait saisir une affaire. Voilà M. Le Préfet les explications que j’ai cru devoir soumettre à votre juste appréciation afin que vous puissiez rétablir les faits dans leur véritable jour. J’oserais M. Le Préfet vous prier humblement de vouloir bien donner un mot d’explication à M. Le maire de Plozévet.
Veuillez agréer M. Le Préfet les sentiments très respectueux et très reconnaissant de votre très humble serviteur.
Clévarec recteur de Plozévet
Plozévet le 22 janvier 1864.

Lettre de Clévarec, écrite en février 1864 au Préfet Richard, avec un avis sur le maire Pierre Julien; il s'y insurge contre la trop grande liberté laissée aux aubergistes à Plozévet.

M. Le Préfet,
J’ai l’honneur de vous adresser le mémoire montant à 1000 frs et relatif au mobilier des sœurs. J’aime à croire M. Le Préfet que ce mémoire aura toutes les conditions voulues pour que vous puissiez autoriser le percepteur à les verser à qui de droit. Je crois du moins avoir suivi tout ce que M. Rabot m’a prescrit. Il est possible que M. Le percepteur exige d’autres formalités mais il m’a dit dès le principe que vous étiez le maître souverain de le dispenser de toutes les formalités que ses règlements demandent.
J’ai sans doute M. Le Préfet dépensé une plus grande somme pour le mobilier, mais le mémoire, d’après M. Rabot, doit monter juste à 1000 frs. Je regrette beaucoup de vous distraire un moment de vos nombreuses occupations, mais j’aime à croire que ce sera la dernière fois, au moins pour cette affaire. Je m’adresse souvent M. Le Préfet à votre bienveillance, et votre concours ne m’a jamais manqué. Je [vous] en remercie sincèrement et c’est grâce à vos bontés que j’ai pu établir à Plozévet une institution qui commence déjà à porter ses fruits et plus tard en portera de plus grand encore, on n’en avait bien besoin à Plozévet, et une œuvre pareille n’est nulle part ailleurs plus utile.

Désormais avec le concours d’une administration intelligente et d'un bon vouloir, on pourra opérer quelques biens à Plozévet et c’est tout mon désir M. Le Préfet. Je voudrais surtout y diminuer cette passion funeste pour la boisson, qui est la cause de tant de désordres et du malaise d’un si grand nombre de familles. J’ai bien souvent prié M. Le maire de m'aider dans cette tâche et de surveiller de près les aubergistes, mais malheureusement il ne fait pas tout ce qu'il pourrait faire. M. Le maire de Plozévet est un très bon homme, mais par malheur il est très faible. Si je vous en dit, M. Le Préfet, c’est simplement pour vous éclairer car je n’ai que des relations très bonnes avec M. Le maire.

Veuillez agréer M. Le Préfet les sentiments très respectueux de votre très humble et très reconnaissant serviteur.
Clévarec recteur de Plozévet
Plozévet le 1er février 1864

Réunion du conseil de fabrique

Le 3 janvier 1869, le conseil de fabrique de l’église paroissiale de Plozévet, dûment prévenu au prône de la grand-messe du dimanche précédent, s’est réuni en séance ordinaire au presbytère.
Etaient présents : MM. Clévarec recteur, le Berre maire, le Goff trésorier, Kersual président, le Dem, Vigouroux et Gueguen conseillers.
Le conseil étant au complet, M. Le président a ouvert la séance, après quoi M. Le secrétaire a exposé au conseil le mauvais état d’une grande partie de la toiture de l’église paroissiale, et qu’il était urgent de la faire en neuf, vu que les réparations n’était plus possibles.
Sur cet exposé le trésorier a répondu que le travail est urgent mais que la fabrique n’était pas en position de faire cette dépense ; vu que d’après un ouvrier compétent les dépenses se monteraient à peu près à 1000 frs ; un membre a proposé de s’adresser au conseil municipal qui légalement était dans l’obligation de venir en aide à la fabrique, vu que c’était une grosse réparation mais tous les membres ont répondu que c’était une démarche inutile vu que la commune était encore endettée. Après ces difficultés proposées [sans doute exposées], le conseil, à l’unanimité, a été d’avis de faire dresser un devis estimatif des travaux à exécuter et d’adresser une demande de secours au département, et que si M. Le Préfet avait la bonté d’accorder une somme de 500 frs, la fabrique, soit par des dons volontaires soit par ses propres ressources, compléterait la somme nécessaire à ce travail ; le conseil a ensuite chargé le trésorier de faire, sans trop tarder, un devis estimatif des travaux et de l’expédier, avec cette délibération, à M. Le Préfet.
Fait à Plozévet le jour et an que dessus. Ont signé la présente délibération MM. Clévarec recteur, le Berre maire, Kersual président du conseil, le Goff trésorier, le Dem conseiller, Vigouroux et Gueguen ont déclaré ne savoir signer.

Pour copie conforme Clévarec recteur

Lettre du 23 février 1869 au nouveau Préfet Boby de la Chapelle. Clévarec propose une somme de 15000frs pour participer à la création d'une maison de charité à Plozévet.

Monsieur le Préfet,

J’ai l’honneur de vous soumettre un devis estimatif et une délibération du conseil de la fabrique qui ont pour fin de vous démontrer la nécessité de faire faire en neuf une partie de la toiture de l’église paroissiale et de vous prier instamment de vouloir bien accorder un secours à la fabrique, vu qu’elle n’est pas en position de faire face à cette dépense qui est cependant très urgente.

Le deuxième projet est la construction d’une maison de charité destinée à recueillir quelques malheureux qui ne peuvent plus aller solliciter cette charité à domicile. Vous savez M. Le Préfet qu’il y [en] a toujours un certain nombre dans toutes les paroisses, et à Plozévet plus peut-être que partout ailleurs. Je crois que si je puis réussir dans mon projet j'aurais fondé une œuvre bien précieuse pour les pauvres de la paroisse. Cette maison en outre, pourrait servir à recueillir des domestiques malades et qui n’auraient pas de famille pour leur venir en aide : des gens aisés même, auxquels dans leur maladie, on prescrirait un traitement bien suivi ; des vieillards aisés de la paroisse et qui voudraient y venir pour y passer leurs vieux jours : ces derniers payeraient les dépenses faites pour eux. Voilà M. Le Préfet un projet que je nourris depuis longtemps.
J’ai prié un ouvrier que je crois compétent de faire un plan et un devis. Ce devis et ce plan pourraient être modifiés. Les sœurs désirent une salle d’asile, et Monseigneur que j’ai consulté n’est guère de cet avis, je crois cependant que ce serait très utile. Mais dans tous les cas si on érigeait une salle d’asile elle pourrait être de moindre dimension : si on la supprimait, la dépense de la construction serait moindre. Les ouvertures ne sont pas très développées mais c’est un pays très exposé et où l’air ne manque pas. Voici M. Le Préfet mes intentions : je donne 15 000 frs pour cette œuvre. Si le département venait à notre aide ; si la commune ne voulait se charger des charrois et de l’extraction des pierres et de quelques secours en argent 1000 ; si le ministre de l’intérieur taux mais aussi quelque chose (l’ancien Préfet m’avait promis 3000 frs pour la construction) M. Du Coïdic m’a dit qu’il croyait qu’on pourrait obtenir une somme du ministre de l'intérieur. La maison pourrait se construire sans entamer grandement la somme de 15 000 frs qui placée à intérêts, produirait de 6 à 700 francs de rente. La maison étant auprès de celle des sœurs, il n’en faudra personne de plus pour la servir. Or la supérieure m’a assuré que pour 100 frs elle pourrait entretenir un pauvre, donc s’il y avait six ou 700 frs on pourrait en entretenir six ou sept, se serait immense pour une paroisse.
Je mets pour conditions d’avoir une chambre et mon entretien dans le cas où je ne pourrais plus plus exercer le ministère, mais dans ce cas, même la maison ne perdrait rien.
Quelles seraient, M. Le Préfet, les formalités à remplir pour cette affaire ? Je crains une chose M. Le Préfet, c’est l’inertie de M. Le maire et des conseillers qui probablement ne comprendront pas cette œuvre ; même je sais déjà les grandes difficultés que j’ai éprouvé pour l'érection de la maison des sœurs. Mon intention est pure mais je ne puis réussir qu’avec concours.
Veuillez agréer M. Le Préfet le profond respect de votre très humble serviteur.
Clévarec, recteur de Plozévet

Plozévet le 23 février 1869

Cette généreuse proposition du recteur Clévarec fut refusée par la commune, car si les rentes, liées aux 15000frs placées, permettaient d'assurer le fonctionnement de la maison de charité , encore fallait-il pouvoir assurer la dépense de sa construction. La commune avait déjà accepté beaucoup de sacrifices ...

Lettre écrite en août 1870 par Clévarec à l'évêché. Le sujet concerne la venue d'un vicaire; M Pellé, 1er vicaire à ce moment là, est souffrant et on discute de la possibilité d'en avoir un deuxième pour le seconder. Evidemment il faudra le payer. On y trouve quelques considérations sur les habitants de Plozévet

Monseigneur,

Hier j'ai eu l’honneur d’expédier à M. Jégou une délibération du conseil de fabrique relative au deuxième vicaire à Plozévet et au traitement jugé nécessaire. J’ai assemblé le conseil dimanche dernier à l’issue des vêpres et de prime abord j’ai compris qu’il ne voulait guère un deuxième vicaire. Quatre des conseillers se sont prononcés pour mais pas franchement, deux se sont prononcés contre et tous ils ont dit :

« que ferait à Plozévet un deuxième vicaire puisque jusqu’à présent le service ne laisse rien à désirer ? »
Nous ne voyons pas le moindre espoir de voir s’approcher des 5 :5 ceux qui se sont refusés jusqu’à ce jour répondant :
« M. Le recteur a déployé tout le zèle possible, si M. Pellé n’est pas assez fort, Monseigneur peut lui donner une place plus facile, et envoyer à Plozévet un vicaire plus vigoureux. » A ces raisons j’ai répondu :

« si M. Pellé n’a pas demandé à changer, quant à moi je suis parfaitement décidé à ne pas provoquer ce changement ; M. Pellé il est vrai n'est pas très bien depuis cinq mois, mais j’ai l’espoir de le voir se rétablir ; que jamais je ne sollicite un changement de vicaires que dans la nécessité absolue. Qu’à Plozévet d’ailleurs les vicaires se plaisent peu, que depuis plusieurs années aucun vicaire n’y est resté quatre ans : qu’il suffisait de présenter la situation à Monseigneur qui jugerait l’affaire dans sa sagesse. Qu’à Plozévet sous peu il faudra absolument un 2eme vicaire. »

Je crois Monseigneur, que la question d’argent est pour eux l’affaire principale, cependant je suis décidé à augmenter le moins possible le casuel noir, car outre qu’ils sont mauvais payeurs, ils sont en outre peu portés à recommander des services. Je crois que si Votre Grandeur voulait bien réduire à 4 frs les huit messes des octaves, il aurait là un casuel suffisant pour un deuxième vicaire ; les petits enterrements et les services anniversaires et de dévotion aujourd’hui à 3 frs, il faudrait les augmenter de 60 à 75 centimes. Je ne vois pas par ailleurs d’autres modifications à porter.

Si dans le moment Monseigneur, vous voyez quelques difficultés à envoyer un deuxième vicaire à Plozévet, je ne verrais aucun inconvénient à différer à cinq ou six mois ; la besogne jusqu’à cette époque n’est pas considérable. Enfin Monseigneur je vous ai exposé la vraie situation, quelques décisions que vous portiez, ce sera toujours pour le plus grand bien ; j’ajouterai que dans le cas où il plairait à votre grandeur de donner un deuxième vicaire, ce serait très utile de donner souvent une messe dans une des chapelles, ce serait un bien pour cette partie de la population et une occupation pour les vicaires qui, sauf erreur, ne seront pas très occupés par ailleurs.
Veuillez agréer Monseigneur les sentiments très respectueux de votre très humble serviteur.
Clévarec recteur de Plozévet.
Plozévet le 2 août 1870

Nous sommes en juin 1871 et Monsieur Clévarec avait prêté une somme d'argent à un misérable gendre ... Michel Strullu avait épousé en 1838 Corentine Thomas et avait eu trois enfants dont Catherine qui avait épousé, en 1857, un certain Guillaume Colin, le "misérable gendre". Catherine est décédée en 1869.

Monsieur l’official,
Voici une petite affaire qui doit vous êtes communiqué, j’aime mieux vous en instruire d’avance. J’ai fait appeler trois fois un nommé Michel Strullu de Plozévet, de venir me trouver à l’occasion des bans de son fils, et il s’est refusé positivement. Sur son refus j’ai négligé de publier les bans de son fils pour la deuxième fois.
Même s’il y a faute on peut la réparer en accordant la dispense d’une publication.
Je vous avoue, ce monde de Plozévet devient ingouvernable : si à quelques-uns on demande quelques mots de religion avant d’inscrire leurs bans , si vous voulez détourner pour un mariage entre parents, lors même que vous ne voyez aucune raison canonique, on vous menace immédiatement de [en informer] Quimper.
Cependant je ne crois pas que je sois un homme a susciter des affaires, et je crois être aussi large que possible mais je ne voudrais jamais agir contrairement à ma conscience : Voici la raison pour laquelle je voulais parler à cet homme : le gendre de ce Michel Strullu est venu il y a trois ans me supplier de lui prêter une somme ; à force d’être importuné, le désir d’obliger l'a emporté sur la prudence : je lui ai versé la somme pour un mois ou six semaines ; depuis ce temps je l’ai prié de me remettre cette somme et toutes les fois il a prétexté mille et une raisons ; aujourd’hui il affirme qu’il m’a payé. Comme ce Michel Strullu a perdu sa fille, on a inséré cette dette dans l’inventaire de ses petits-enfants ; la moitié resterait à la charge du grand-père pour ses petits-enfants. Il avoue lui-même que son gendre n’est pas un homme de probité, il dit formellement que son genre ne m’a pas payé ; je crois donc qu’il est aussi injuste que son gendre, en se refusant de s’expliquer devant témoins.
Voilà pourquoi j’ai voulu lui parler. Ai-je eu tort, je vous établis en juge. J’ai fait l’impossible pour tenir cette affaire cachée, mais ce misérable gendre l’a ébruitée. Je laisserais là l’affaire jusqu’à l’arrivée de Monseigneur, je veux avoir son avis et son approbation. Si je suis obligé de perdre la somme, je ne la perd pas pour moi, mais pour une bonne œuvre, et Monseigneur en sait quelque chose. Voilà simplement l'exposé de l’affaire, s'il y a imprudence ayez la bonté de la réparer en accordant une dispense d’une publication.
Veuillez agréer M. l'official les sentiments très respectueux de votre très humble serviteur
Clévarec recteur de Plozévet
Plozévet le 11 juin 1871

Lettre de Clévarec en en avril 1872 à l'adresse de l'évêché concernant entre autres son "prêt" de 3300 frs

Monseigneur,
J’aurai l’honneur de voir votre grandeur mardi 9 avril mais auparavant je crois devoir vous soumettre par écrit quelques difficultés, afin que vous puissiez répondre avec plus de connaissance.

1° j’ai eu en 1868 l’imprudence de prêter une somme de 3300 francs à un particulier de Plozévet, et depuis un an il affirme qu’il m’a soldé. J’ai soumis mon affaire à Monseigneur Sergent, il m’a conseillé de la mettre entre les mains d’un avoué et de me tenir tranquille. C’est ce que j’ai fait. Depuis six à sept mois l’affaire est entre les mains de M. Laplace, il n’y a pas encore de décision. Il y a à peu près 15 jours, j’ai écrit à ce Monsieur de vouloir bien retarder l’affaire, jusqu’à avoir pris l’avis de votre grandeur.

Cette somme était destinée à une bonne œuvre. J’ai vendu mon petit patrimoine et en attendant l’exécution de la bonne œuvre j’ai eu la pensée de faire fructifier la somme principale mais je vois que je me suis trompé. Voici Monseigneur la bonne œuvre que je projetais. Fonder à Plozévet une maison de charité, placer une somme de 15 000 frs sur l’Etat et consacrer les intérêts à entretenir six ou sept malheureux. M. le Préfet m’avait promis 3000 frs pour aider à la construction de la maison et il pria le conseil municipal de faire le reste, mais le conseil s’est refusé, me donnant pour motif les dettes de la commune. Depuis j’ai cessé mes démarches en ne perdant pas de vue mon projet. Si j’avais réussi à cette époque à réaliser mon œuvre, je n’aurais pas eu la douleur aujourd’hui de penser à cette triste affaire.
Malgré cette perte car c’en est une selon toute probabilité, je n’abandonne pas encore mon projet à moins Monseigneur que vous ne soyez d’un avis contraire. Après avoir pris votre avis je dois consulter le Préfet actuel qui semble bien disposé pour ces sortes d’œuvres. Si l’œuvre ne réussissait pas j’en ai encore une autre en vue ; de créer une institution de religieuses pour la direction d’une école dans ma paroisse natale, Lannédern. Voilà Monseigneur les deux affaires principales que j’ai à soumettre à votre sagesse.

2° relativement au deuxième vicaire j’ose demander à votre grandeur si le traitement de 250 frs est suffisant, si pour les octaves je puis prendre sur la part de l’église pour lui procurer un petit casuel ; J’ai le projet d’augmenter de 50 c aussi le tarif des services particuliers et des petits enterrements. Quant aux grands enterrements je cèderai 50 c de mon propre casuel en y rajoutant 50 c aussi de la part de l’église. Si vous le trouverez bon mgr, il aurait ainsi un casuel suffisant et il serait dispensé d’élever le chiffre du tarif car je vois aujourd’hui plus que jamais une difficulté à élever ce chiffre. Il y a à Plozévet deux chapelles, serait-il utile d’y faire dire une messe alternativement pour les commodités des paroissiens. La confirmation a lieu à Plozévet le dimanche 16 juin ; quel serait l’ordre à suivre pour la 1ere messe, messe des enfants et grand-messe, procession si vous le jugez à propos.

Veuillez agréer, Monseigneur, les sentiments très respectueux de votre très humble serviteur

Clévarec recteur de Plozévet
Plozévet 3 avril 1872

Nous ne disposons, dans le cas de cette histoire de prêt, que de la version de Mathieu Clévarec mais je l'imagine mal inventer une telle histoire. Qu'en advint-il par la suite : il y a lieu de penser que malheureusement le recteur dû passer cette somme prêtée par perte et profit. Mathieu Clévarec devait bientôt quitter la commune de Plozévet, en 1872, pour retourner dans son village natal Lannédern : son séjour ne devait pas lui laisser que d'heureux souvenirs, entre sa grande oeuvre qui avait avortée, cette histoire de prêt qui lui avait fait passer plus d'une nuit sans sommeil, et son si antipathique vicaire Clet Kerloch qui lui pourrissait la vie (voir ci-dessous). Cependant il pouvait aussi se vanter d'avoir largement favorisé la création d'une nouvelle école mixte et d'avoir lutté contre l'ivrognerie qui règnait dans les auberges de la commune du fait du laxisme, en tous cas selon lui, de la municipalité en place.

Quant au "misérable gendre" le destin ne lui fut guère favorable, il finit ses jours tout au fond d'un puits qu'il creusait avec Jean Strullu son beau-frère. Ils succombèrent à une asphyxie, sans doute la corde qui les retenait avait-elle cédée sous leurs poids, certains diraient sous le poids des remords de Guillaume. Les autres, plus factuels, se contenteront de l'article paru dans "Le Finistère" du 9 septembre 1876 et qui relate un accident du travail bien pénible pour les familles si durement touchées :

Plozévet, on nous écrit le 6 septembre:
"Un grand malheur a mis en émoi, lundi matin, les habitants du village de Kerlaëron. Deux ouvriers puisatiers, nommés Guillaume Colin et Pierre Guillou (*) sont tombés dans un puits qu'ils creusaient et sont morts asphyxiés. On a retiré dans la journée les cadavres de ces malheureux qui étaient tous deux mariés et père de plusieurs enfants."

(*) il s'agirait en fait non pas de Pierre Guillou mais de Jean Strullu beau-frère de Guillaume et époux de Catherine le Gouill, comme l'attestent les registres de l'état-civil. L'acccident eut lieu le 29 août 1876. - "Le Finistère" journal consultable en ligne depuis le site des archives départementales du Finistère.

La cohabitation entre le recteur et son vicaire n'est pas toujours des plus aisée. En ce mois de mai 1872 Mathieu Clévarec,58 ans, se plaint au grand vicaire... mais il va bientôt quitter Plozévet. Le 1er vicaire est Clet Kerloch, 40 ans, originaire de Plogoff et le second Pierre Marrec, 26 ans, de Plonevez-Lochrist. Il y a sur Plozévet, une petite communauté de religieuses, toutes originaires du Morbihan, sous la direction de la mère Scholastique. Outre la mère supérieure et sa nièce, il y a 5 institutrices.

Monsieur le grand vicaire

Vingt fois j'ai eu la pensée de vous en écrire relativement à M. Kerloch, et j'ai été arrêté par cette considération que jamais encore, je n'avais demandé le changement d'aucun vicaire quel qu'il fut. Dès le début j'ai éprouvé une grande antipathie pour ce monsieur. Antipathie qui va toujours croissant malgré mes efforts pour la combattre. J'avais témoigné à Monseigneur Sergent combien j'étais contrarié de ce placement, mais il n'a pas tenu compte de mes observations. Je connaissais déjà M Kerloch, il n'était alors que simple clerc, et à Plogoff il fit son possible pour indisposer sa famille contre moi; depuis qu'il est prêtre je connais sa manière d'agir à l'égard de M. Treguer à Hanvec, à l'égard de M. le Berre et à l'égard du recteur de Combrit. Mais s'il était difficile alors, s'il se plaignait alors de tout, à plus forte raison aujourd'hui, habitué qu'il a été à Riec à trancher(*) du recteur aussi.
Lorsqu'on peut arracher quelques mots de lui, c'est toujours le thème de Riec; les merveilles qu'il y a opéré malgré la faiblesse de l'administration écclésiastique. M. Marrec me disait l'autre jour qu'il était absolument lassé du narré (*) de ses hauts faits à Riec.

Au mois d'août dernier je vis le supérieur du grand séminaire et il me dit :

"il faut avouer M. Clévarec que vous avez eu à subir de tristes vicaires et celui que vous avez dans ce moment est un homme dévoyé, il semblerait qu'il lui manquât un grain; il est venu ici lorsqu'il allait à Plozévet et il a voulu me raconter tant d'extravagances et de l'évêque et de M. Jégou, et de tous les supérieurs, que j'ai été obligé de lui tourner le dos."

Effectivement dès son arrivée à Plozévet, pendant plus de trois mois, on n'a entendu d'autres conversations. Il se plaint de tout, son vicariat est insuffisant, sa quête n'est pas une quête; il se plaint de la pension, il se plaint de son recteur, à qui veut l'entendre non seulement aux ecclésistiques mais aussi aux laïcs. On voit que c'est vraiment un homme dévoyé, le temps qu'il ne passe pas à bavarder dans les maisons du bourg et des villages, il le passe à regarder de sa fenêtre, il ne s'occupe pas. A table il est tellement désagréable qu'à peine puis-je lui arracher un mot. Je lui laisse cependant toute liberté de se promener et il en profite largement. Je ne lui demande jamais un service, que le strict nécessaire. J'ai trouvé dans M. Marrec un bon vicaire mais il ne sera pas à bonne école si vous tenez à maintenir Kerloch à PLozévet. L'été dernier je lui ai fait dire par son confesseur que puisqu'il se déplaisait tant à Plozévet, de demander mieux et que j'aurais appuyé sa demande; mais rien ne s'est fait, au contraire, il fait son possible pour se mettre bien avec les prêtres voisins afin de se faire appuyer au besoin. Le 1er jour de son arrivée, il m'a dit qu'il avait dit à Monseigneur de le mettre à pied et que si dans 15 mois, il n'était pas placé, il s'y mettrait lui-même. Les 15 mois sont passés, et je ne vois pas qu'il se presse. Ma santé s'altère depuis l'arrivée de ce monsieur, et je crains qu'elle ne s'altère davantage si je me vois obligé de le subir longtemps. Si Mgr Sergent avait une pénitence à me poser, je la trouve assez longue. Si l'administration voulait bien placer M. Kerloch chez le plus méritant des recteurs, et si dans un an les plaintes cessent, je consens à avoir tort. Je ne voudrais pas cependant son déplacement avant le 16 juin jour de la confirmation à Plozévet. Je crois que M. Marrec irait très bien comme 1er vicaire avec un second de l'ordination. Pour empêcher les cancans si vous pouviez lui donner la plus humble des paroisses ou tout autre chose minime, ce serait je crois pour le mieux. C'est un homme, quoiqu'ayant une valeur très ordinaire,[qui] a des prétentions énormes. Enfin monsieur le grand-Vicaire j'ai un devoir, vous donner toute ma pensée. Vous verrez dans votre sagesse quelle conduite tenir.
Veuillez agréer Monsieur le grand vicaire mes sentiments très respectueux.
Clévarec

* trancher : se donner de grands airs, ici vis-à-vis du recteur de Riec
* narré : discours, récit